Top 5 This Week

Articles similaires

173 000 $ pour les commerces de CDN–NDG, pendant que Montréal peine à trancher sur les locaux vacants

Des arbres en pot, une rue piétonne pour une troisième année et une enveloppe modeste : voilà la réponse d’un arrondissement à une crise commerciale que Montréal, dans son ensemble, peine encore à nommer clairement.

L’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce a annoncé mardi un investissement de 173 000 $ pour dynamiser ses artères commerciales situées hors des territoires des sociétés de développement commercial, financé par un programme municipal dédié à la vitalité économique des secteurs commerciaux hors SDC. La plus grande partie de cette enveloppe — 80 000 $ — servira à financer la piétonnisation de l’avenue Monkland pour une troisième année consécutive, dans le cadre du projet Imagine Monkland 2026, tandis qu’une démarche de mobilisation des commerçants sera lancée dans le secteur Victoria/Van Horne. L’arrondissement a par ailleurs récemment ajouté 25 arbres en pot sur l’avenue Somerled, à des fins d’apaisement de la circulation et de réduction des îlots de chaleur.

Ce sont de bonnes initiatives locales — mais l’échelle du problème auquel Montréal fait face les dépasse largement.

Trois semaines avant cette annonce, une enquête de La Presse documentait l’ampleur de la crise des locaux commerciaux vacants sur les artères des quartiers centraux de la métropole : 423 commerces vacants recensés sur 35 kilomètres de rue — un chiffre qui porte sur ce recensement précis, et non sur l’ensemble du territoire montréalais, mais qui a néanmoins ravivé les inquiétudes du milieu des affaires face à des solutions jugées trop lentes à venir. Sébastien Ridoin, directeur général de l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal, estime que les amendes actuelles pour les bâtiments mal entretenus sont insuffisantes pour forcer les propriétaires à agir, et qu’il faut une gradation des mesures pour les inciter à s’impliquer — un mécanisme distinct de la taxe d’inoccupation proprement dite, qui viserait spécifiquement la vacance commerciale plutôt que l’état des bâtiments. De son côté, le député solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, a réitéré son appel à ce que la Ville impose une telle taxe d’inoccupation, une demande qu’il porte depuis mai dans sa propre circonscription.

Le contraste entre les deux échelles d’intervention est frappant.

D’un côté, un débat public sérieux sur un outil fiscal structurant — une taxe d’inoccupation — qui viserait notamment les propriétaires qui maintiennent des locaux vacants malgré l’existence de locataires potentiels, une situation que des élus et des acteurs du milieu associent parfois à des loyers jugés trop élevés. De l’autre, un arrondissement qui investit dans le verdissement d’une avenue et prolonge, pour la troisième fois, une piétonnisation estivale qui a déjà fait ses preuves. Reconduire un succès n’a rien de mauvais en soi ; mais consacrer près de la moitié d’une enveloppe dédiée à la « dynamisation économique » à un projet déjà bien établi laisse une portion nettement plus mince pour d’autres secteurs, notamment le secteur Victoria/Van Horne, ciblé par la démarche de mobilisation mais sans montant précis annoncé.

La bonne nouvelle : au moins un arrondissement essaie quelque chose. La mauvaise : ce n’est toujours pas une réponse à la mesure du problème.

Il faut donner crédit à Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce pour ne pas rester les bras croisés. Mais tant que la Ville centrale n’aura pas tranché sur des outils structurants comme la taxe d’inoccupation réclamée depuis des mois par des élus et des commerçants, chaque arrondissement continuera de gérer, à coups de 80 000 $ ici et de 25 arbres en pot là, un problème dont l’ampleur — 423 locaux vides recensés sur 35 kilomètres de rue dans les quartiers centraux — appelle une réponse coordonnée et non une mosaïque d’initiatives locales, aussi bien intentionnées soient-elles.

Ce que Montréal devrait clarifier avant l’automne.

La question qui compte n’est pas de savoir si Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce a bien fait d’investir dans ses artères commerciales — c’est un pas dans la bonne direction. La vraie question, qui revient à l’administration centrale et non aux arrondissements pris individuellement, est de savoir si Montréal se dotera enfin d’un outil fiscal capable de cibler les propriétaires qui choisissent de laisser un local vide plutôt que de baisser un loyer jugé trop élevé — ou si la Ville continuera de répondre à une crise structurelle avec des enveloppes locales dont la portée, par définition, s’arrête aux limites de chaque arrondissement.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Populaires