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Le nom du policier qui a tué Nooran Rezayi doit-il rester secret?

Un an après la mort de Nooran Rezayi, 15 ans, lors d’une intervention policière à Longueuil, la ville et le Service de police de l’agglomération refusent toujours de dévoiler l’identité de l’agent qui a ouvert le feu. Le dossier illustre une tension difficile à résoudre entre le droit du public à la transparence et la sécurité réelle d’un policier menacé.

La famille de Nooran Rezayi poursuit la Ville de Longueuil et le Service de police de l’agglomération de Longueuil pour 2,2 millions de dollars, après que leur fils eut été tué lors d’une intervention survenue le 21 septembre 2025. Le Bureau des enquêtes indépendantes a confirmé qu’aucune arme à feu n’avait été retrouvée sur l’adolescent, qui aurait plutôt esquissé le geste d’en sortir une. En mars 2026, la famille a déposé une requête pour obtenir la divulgation du nom du policier qui a ouvert le feu, ainsi que celui de son coéquipier présent sur les lieux. Le Procureur général du Québec s’oppose à cette demande, une opposition que le tribunal n’a pas encore tranchée; l’audience prévue pour trancher la question a d’ailleurs été reportée à octobre en raison d’un arriéré dans le rôle du tribunal.

La Ville a choisi de se protéger d’un scénario où cette opposition serait rejetée.

Plutôt que d’attendre l’issue de ce débat entre la famille et le Procureur général, Longueuil a déposé sa propre requête, réclamant une ordonnance de confidentialité provisoire pour protéger l’identité de l’agent, au cas où la demande de non-divulgation formulée par le gouvernement serait refusée par le tribunal. Dans sa requête, la municipalité fait valoir que le policier concerné a déjà fait l’objet de menaces de mort, et invoque notamment un contrat d’assassinat diffusé sur les réseaux sociaux trois jours après l’intervention. Ce contrat, révèle la requête, visait en réalité un autre agent du SPAL, étranger à l’événement, identifié à tort comme le tireur par un adolescent qui a depuis été reconnu coupable de harcèlement criminel. Cet agent et sa famille ont dû être placés sous protection, dans une résidence sécurisée. La Ville soutient que ce précédent démontre que le risque de violence, de harcèlement et de menaces à l’encontre des policiers impliqués dans cette affaire est bien réel et ne saurait être qualifié de négligeable ou de spéculatif. Elle reconnaît toutefois que, dans ce cas précis, la personne visée n’était pas le véritable tireur.

Cette affaire pose une question qui dépasse largement ce dossier individuel.

Le principe de la publicité des débats judiciaires, qui veut que la justice se rende au grand jour, existe précisément pour permettre au public de vérifier que les institutions, y compris les corps policiers, rendent des comptes lorsque leurs interventions entraînent la mort d’un citoyen. La famille de Nooran Rezayi a évidemment un intérêt légitime à connaître l’identité de la personne impliquée dans la mort de leur enfant. Pour elle, cette information n’est pas un simple détail procédural : elle touche directement à la possibilité de comprendre les circonstances du décès et d’exercer pleinement ses recours.

Mais la sécurité physique d’un policier visé par des menaces sérieuses n’est pas un enjeu accessoire non plus.

L’épisode du contrat d’assassinat visant par erreur un policier non impliqué montre que de telles menaces peuvent frapper des personnes qui n’ont rien à voir avec l’intervention elle-même. Si les menaces alléguées par la Ville s’avèrent fondées, la question de savoir comment concilier la transparence judiciaire avec la protection d’une vie humaine devient donc beaucoup moins simple qu’un débat de principe abstrait. Le tribunal n’a pas encore eu l’occasion d’évaluer la solidité de ces allégations dans le cadre précis de la requête de la Ville, et il serait prématuré de présumer, dans un sens ou dans l’autre, du poids qu’elles devraient avoir dans la balance.

Ce que ce dossier révèle, au-delà de son issue judiciaire à venir.

Le Québec ne semble pas disposer, à ce jour, d’une règle simple et uniforme permettant de déterminer, dans ce type de situation, quand l’identité d’un policier impliqué dans une intervention mortelle peut être maintenue confidentielle, et pour combien de temps. Chaque cas se règle au cas par cas, devant les tribunaux, ce qui signifie que des familles endeuillées comme celle de Nooran Rezayi doivent mener un combat juridique distinct chaque fois qu’un cas similaire survient, sans point de référence établi à l’avance. Le Bureau des enquêtes indépendantes a d’ailleurs remis son rapport sur l’intervention au Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui doit maintenant décider si des accusations criminelles seront déposées. Cette décision déterminera, selon la requête même de la Ville, si l’identité du policier finira par être rendue publique. Une réflexion plus large sur ce cadre, menée par le gouvernement du Québec en concertation avec les corps policiers et les familles touchées par ce type de tragédie, permettrait au moins d’éviter que chaque dossier ne reparte de zéro sur une question aussi fondamentale que celle de savoir qui, en démocratie, a droit de savoir quoi, et à quel moment.

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