Top 5 This Week

Articles similaires

Une entente avec les pompiers, deux ans et demi après l’échéance. Un test à venir avec la police, dans moins de quatre mois

La Ville de Montréal et l’Association des pompiers ont annoncé mardi une entente de principe pour le renouvellement de leur convention collective, échue depuis le 1er janvier 2024. C’est une bonne nouvelle qui arrive tard, et qui rappelle un problème structurel plus large dans la gestion des relations de travail à l’hôtel de ville.

L’entente, dont le contenu reste confidentiel jusqu’au vote des membres dans les prochaines semaines, a été qualifiée par le président du comité exécutif, Claude Pinard, de résultat de longs mois de négociation active. La mairesse Soraya Martinez Ferrada a affirmé que la Ville avait su concilier la reconnaissance du travail des pompiers avec sa capacité de payer. Ce sont les formules attendues dans ce genre d’annonce, et il n’y a pas de raison de douter du sérieux du travail accompli.

Mais le délai écoulé mérite d’être mis en contexte, parce qu’il n’a rien d’exceptionnel dans l’histoire récente de ce dossier.

La convention précédente des pompiers montréalais, échue le 31 décembre 2017, n’avait été renouvelée qu’en octobre 2020, presque trois ans plus tard, sous l’administration Plante. Cette fois, l’échéance de janvier 2024 aura mis deux ans et demi à trouver une résolution. D’une administration à l’autre, malgré un changement complet de gouvernance municipale à l’élection de novembre dernier, le même schéma se répète : des conventions collectives qui restent échues pendant plusieurs années avant qu’une entente de principe ne soit finalement conclue.

Et ce dossier n’est qu’un maillon d’une chaîne de négociations qui restent, elles, toujours en suspens.

La Ville négocie actuellement le renouvellement des conventions collectives des cols bleus, des cols blancs et du syndicat des professionnels, sans qu’aucune de ces négociations n’ait encore abouti. Les cols bleus ont déjà fait la grève à deux reprises depuis le début de l’année, une première journée en février puis trois jours à la mi-avril, et viennent de déposer un nouvel avis de grève de sept jours prévu du 22 au 28 septembre. Ce débrayage tomberait en pleine tenue des Championnats du monde de cyclisme sur route à Montréal, l’un des plus grands événements sportifs à se tenir dans la métropole depuis les Jeux olympiques de 1976. Pendant ce temps, la convention collective des policiers arrivera à échéance le 31 décembre, dans moins de quatre mois.

C’est ce dernier échéancier qui mérite une attention particulière, compte tenu du contexte actuel du SPVM.

Le service traverse déjà une crise de confiance liée aux allégations de racisme au poste de quartier 39, qui ont mené jusqu’ici à la suspension de quatre policiers et à plusieurs enquêtes toujours en cours. Les premières caméras corporelles doivent par ailleurs faire leur apparition d’ici un an, dans le cadre d’un déploiement qui s’échelonnera sur environ quatre ans. Et le débat sur un moratoire concernant les interpellations discrétionnaires reste ouvert. Négocier une nouvelle convention collective avec les policiers montréalais dans un tel contexte exigera une gestion particulièrement délicate. Si l’historique récent de la Ville en matière de négociation syndicale se répète, une convention échue en décembre pourrait rester en suspens pendant des mois, voire des années, précisément au moment où la population montréalaise a le plus besoin d’un service de police stable et engagé dans ses réformes internes.

Ce que cette entente avec les pompiers devrait inciter la Ville à faire différemment pour la suite.

Il faut reconnaître un mérite réel à cette entente : elle a été conclue sans grève ni moyen de pression public, contrairement au conflit toujours actif du côté des cols bleus. Mais la Ville de Montréal ne peut pas se permettre de laisser s’accumuler, année après année et administration après administration, le même retard chronique dans le renouvellement de ses conventions collectives essentielles. Avant l’échéance de la fin de l’année pour les policiers, l’administration Martinez Ferrada devrait démontrer qu’elle a tiré une leçon structurelle de ce dossier des pompiers, plutôt que de simplement se féliciter d’avoir réglé, avec deux ans et demi de retard, ce qui aurait dû l’être bien avant.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Populaires