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Le taux de participation baisse d’élection en élection. Des vidéos suffiront-elles à inverser la tendance?

Élections Montréal souligne aujourd’hui la Journée internationale de la démocratie avec quatre capsules vidéo destinées à encourager le vote. L’organisme aurait avantage à d’abord se pencher sur ses propres chiffres, qui racontent une histoire moins encourageante que le message qu’il diffuse.

Pour la Journée internationale de la démocratie, Élections Montréal a présenté aujourd’hui quatre vidéos destinées aux jeunes et moins jeunes, rappelant que le vote est un droit fondamental et un geste fort en démocratie. L’organisme souligne lui-même que la participation électorale s’est établie à 38 pour cent lors des élections de 2021, un chiffre déjà jugé préoccupant, et que la participation chez les jeunes s’est arrêtée à seulement 21 pour cent.

Or les chiffres les plus récents, ceux de l’élection de novembre dernier, montrent que la situation ne s’est pas améliorée. Elle a plutôt empiré.

Lors du scrutin du 2 novembre 2025, qui a porté Soraya Martinez Ferrada à la mairie avec 43,40 pour cent des voix contre 35,05 pour cent pour Luc Rabouin, le taux de participation s’est établi à 37,07 pour cent, en baisse de 1,25 point de pourcentage par rapport à 2021. Autrement dit, malgré une course à la mairie disputée, marquée par une alternance à la mairie après huit ans d’administrations dirigées par Projet Montréal, la participation électorale montréalaise a continué de reculer plutôt que de rebondir.

Le propre bilan d’Élections Montréal, publié en juin dernier, reconnaît d’ailleurs cette réalité en des termes soigneusement équilibrés. Il révèle du même souffle un paradoxe qui mérite qu’on s’y attarde.

Ce document décrit à la fois des avancées démocratiques et des défis qui s’accentuent. Fait notable, la participation chez les jeunes a légèrement progressé en 2025 par rapport à 2021, un frémissement bien réel, contrairement à ce qu’on pourrait croire à première vue. Ce frémissement, aussi bienvenu soit-il, n’a toutefois pas suffi à inverser la tendance générale. La participation globale a continué de s’effriter, et le choix de s’abstenir demeure, selon les mots mêmes d’Élections Montréal, le plus populaire à tout âge. Le principal indicateur de la participation démocratique d’une élection continue donc de se dégrader, malgré des efforts de sensibilisation et des mesures d’accessibilité renforcées.

Il faut d’ailleurs reconnaître que 2025 n’a pas été une année de statu quo pour Élections Montréal. L’organisme a innové en introduisant le vote étudiant sur les campus universitaires et collégiaux, une première au Québec. Il a aussi déployé des bureaux de vote dans plus de 70 résidences pour personnes aînées, triplé le nombre de lieux de vote par rapport à 2017 et ajouté les photos des personnes candidates sur les bulletins. Réduire l’action de l’organisme à la diffusion de capsules vidéo chaque année serait donc inexact. C’est justement ce qui rend le recul de la participation globale plus difficile à expliquer: les outils structurels se sont multipliés, sans que la courbe d’ensemble ne se redresse.

Ce contexte donne un relief particulier à une lettre ouverte publiée aujourd’hui même dans La Presse.

Le bâtonnier du Québec, avec plusieurs cosignataires dont la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, y affirme que la démocratie et l’État de droit ne se maintiendront, en 2026, que si la population choisit collectivement de les faire vivre, à l’approche des élections provinciales d’octobre. Le message rejoint directement celui d’Élections Montréal, mais il souligne aussi, implicitement, l’ampleur du défi. Quand des avocats, des dirigeants d’entreprise et des syndicats sentent le besoin de cosigner un appel public au vote, c’est que la mobilisation citoyenne ne va plus de soi, à quelque palier de gouvernement que ce soit.

Des capsules vidéo, aussi bien conçues soient-elles, s’ajoutent ainsi à un arsenal de mesures déjà substantiel. Cet ensemble ne suffit pourtant pas encore, à lui seul, à renverser une tendance qui s’étend sur plusieurs cycles électoraux consécutifs.

Ce que Montréal devrait envisager avant le prochain scrutin de 2029.

Reconnaître qu’un problème de participation persiste depuis au moins deux élections consécutives, malgré un investissement croissant dans l’accessibilité du vote, devrait mener à une réflexion plus large que la simple diffusion de contenu de sensibilisation. Les mesures structurelles déjà amorcées, qu’il s’agisse du vote étudiant, des bureaux dans les résidences ou de l’élargissement des lieux de vote, vont dans la bonne direction et semblent avoir contribué à la légère hausse observée chez les jeunes. Elles n’ont cependant manifestement pas suffi à renverser la tendance d’ensemble. Avant 2029, Élections Montréal gagnerait à publier une analyse plus approfondie des causes précises de ce recul persistant chez l’ensemble de l’électorat, plutôt que de se limiter, chaque année, à souligner la Journée internationale de la démocratie avec de nouvelles capsules vidéo dont l’impact réel demeure, à ce jour, difficile à isoler des autres mesures mises en place.

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