Le pasteur Éric Lanthier, dont les positions antiavortement et favorables aux thérapies de conversion ont été révélées la veille même du dévoilement du cadre financier conservateur, devient le premier candidat que le chef du PCQ voit se retirer depuis le début de la campagne, une exception qui confirme, plus qu’elle ne contredit, sa stratégie du silence
La journée devait appartenir aux chiffres. Mercredi, au quatorzième jour de la campagne électorale, Éric Duhaime dévoilait le cadre financier de son parti, un document d’une centaine de pages promettant un retour à l’équilibre budgétaire en quatre ans grâce à des compressions de quarante-sept milliards de dollars sur cinq ans. C’était l’occasion, pour le chef conservateur, de démontrer le sérieux économique de sa formation à un moment charnière de la campagne, à quelques heures du premier grand rendez-vous télévisé réunissant les cinq chefs de parti, prévu en soirée. Mais cette annonce a été largement éclipsée par une nouvelle révélation concernant l’un de ses candidats.
Le Journal de Montréal révélait, tôt le matin même, qu’Éric Lanthier, pasteur et conférencier candidat dans la circonscription de Pontiac, en Outaouais, avait défendu à plusieurs reprises des positions antiavortement et s’était montré favorable aux thérapies de conversion destinées aux personnes homosexuelles souhaitant se défaire de leur attirance envers des personnes du même sexe.
Un retrait présenté comme volontaire, annoncé dans l’urgence
Face à cette nouvelle controverse, Éric Duhaime a agi avec une rapidité qui tranche avec sa gestion des épisodes précédents. « J’ai parlé ce matin à Éric Lanthier; il m’a annoncé qu’il ne voulait plus être candidat », a déclaré le chef conservateur en conférence de presse, ajoutant que son ex-candidat ne souhaitait pas devenir « une distraction » pour le parti. M. Duhaime a profité de l’occasion pour réaffirmer sans ambiguïté l’orientation de sa formation sur la question de l’avortement : « Le Parti conservateur du Québec, c’est un parti pro-choix. Il n’est pas question que ça change », a-t-il insisté, rappelant au passage qu’il dirigeait lui-même le parti en tant qu’homme homosexuel, une précision qu’il a présentée comme une réponse suffisante à quiconque douterait de l’inclusivité de sa formation.
Ce dénouement rapide constitue une première dans la campagne conservatrice. Jusque-là, le PCQ se distinguait par l’absence de retrait de candidat, malgré une accumulation de révélations embarrassantes touchant des propos antivaccins, des sympathies annexionnistes envers les États-Unis ou des moqueries envers des personnes âgées.
Une réplique libérale qui trouve sa formule
Cette séquence n’a pas échappé à Charles Milliard, qui a saisi l’occasion pour livrer l’une des attaques les plus mordantes de la campagne à l’endroit de son adversaire conservateur. « M. Duhaime nous a présenté son cadre financier ce matin. Il pourrait nous présenter son cadre moral aussi », a lancé le chef libéral, une formule qui synthétise avec efficacité la critique adressée depuis plusieurs semaines au processus de sélection des candidats conservateurs. M. Milliard a qualifié les propos tenus par M. Lanthier d’inacceptables, tout en soulignant que ce n’était pas Éric Duhaime lui-même qui avait initié le retrait de son candidat. Interrogé sur cette réplique lors d’un second point de presse tenu le même jour, Éric Duhaime a choisi de ne pas répondre, jugeant avoir « déjà répondu à la question » plus tôt dans la journée, avant de conclure sobrement que « la page [était] tournée ».
Une seconde révélation qui confirme le motif de la journée
Le cas d’Éric Lanthier n’était d’ailleurs pas isolé dans le cycle médiatique de cette seule journée. Un second candidat conservateur de l’Outaouais, Denis Charron, candidat dans Chapleau, s’est lui aussi retrouvé sous les projecteurs pour avoir fait disparaître des dizaines de publications de son compte Facebook personnel, dans lesquelles il comparait l’ancien premier ministre fédéral Justin Trudeau à Adolf Hitler et avançait des arguments complotistes sur la pandémie de COVID-19. Visiblement irrité par l’accumulation de ces questions, Éric Duhaime a laissé transparaître son agacement devant les journalistes : « Vous n’aimez pas mes réponses, mais moi j’aime pas vos questions, c’est correct. On a le droit de ne pas aimer les questions et réponses l’un de l’autre », a-t-il rétorqué, une phrase qui illustre la tension croissante entre le chef conservateur et une presse parlementaire déterminée à documenter, cas par cas, l’ampleur du problème de sélection au sein de sa formation.
Une exception qui confirme la règle plutôt qu’elle ne l’infirme
Ce retrait ne marque cependant pas un véritable changement de doctrine chez Éric Duhaime, mais plutôt l’application d’une limite précise à sa stratégie habituelle de minimisation. Dans les cas précédents, les candidats visés avaient tenu des propos jugés problématiques sur des enjeux où le chef conservateur pouvait plaider une divergence d’opinion légitime, sans que cela ne contredise frontalement une position fondatrice de son parti. Le cas d’Éric Lanthier était différent : en défendant des thérapies de conversion et en militant activement contre l’avortement, l’ex-candidat de Pontiac se trouvait en porte-à-faux direct avec l’identité pro-choix que le Parti conservateur du Québec cherche précisément à mettre de l’avant pour se distinguer d’une image, souvent véhiculée par ses adversaires, d’un parti à tendance sociale conservatrice sur les mœurs. La contradiction avec la ligne pro-choix du PCQ fournit en tout cas une explication plausible au dénouement rapide de cet épisode, contrairement aux dossiers antérieurs où le chef conservateur avait choisi de laisser la controverse s’essouffler d’elle-même.
Un test de crédibilité qui persiste malgré ce geste
Reste que ce premier retrait, aussi rapide et net soit-il, ne suffit pas à lui seul à répondre à la question structurelle que pose l’accumulation de ces révélations depuis le début de la campagne : celle de la robustesse du processus de vérification des candidatures au sein d’une formation qui a dû présenter, dans un délai relativement court, une équipe complète pour l’ensemble des circonscriptions du Québec. Le jour même du premier grand rendez-vous télévisé réunissant les cinq chefs de parti, cet épisode rappelle qu’Éric Duhaime devra vraisemblablement continuer de gérer, presque au jour le jour, ce type de révélation jusqu’au scrutin du 5 octobre, un défi que son cadre financier, aussi détaillé soit-il, ne suffira pas à lui seul à faire oublier.



