D’anciens militants du Parti conservateur du Québec, déçus par la direction d’Éric Duhaime, lancent une nouvelle formation à direction collégiale, un peu plus d’un mois avant le vote du 5 octobre, dans un scénario qui rappelle en partie une scission antérieure survenue plus tôt cette année
La nouvelle a de quoi surprendre à ce stade avancé d’une campagne électorale déjà bien engagée : le Directeur général des élections du Québec (DGE) a officiellement reconnu, le 2 septembre, la création d’une toute nouvelle formation politique, Osons Québec, qui devient ainsi la 21ᵉ formation politique autorisée dans la province et entend présenter des candidats en vue du scrutin du 5 octobre. Ce qui distingue cette naissance politique tardive de la simple curiosité électorale, c’est sa filiation avec le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime, dont plusieurs des fondateurs d’Osons Québec sont issus.
Le visage public de cette nouvelle formation, l’entrepreneur Martin Charron, s’est lui-même beaucoup impliqué dans la construction du Parti conservateur du Québec au cours des dernières années, avant de quitter ses rangs en juillet dernier. Ancien conseiller municipal de Brownsburg-Chatham, dans les Basses-Laurentides, M. Charron s’était également présenté l’an dernier dans la circonscription fédérale d’Argenteuil–La Petite-Nation sous la bannière du Parti conservateur du Canada, terminant deuxième avec 24,8 % des voix. Fait révélateur de l’improvisation entourant cette naissance politique, M. Charron a lui-même admis, en entrevue, que sa formation arrivait dans la campagne électorale « à minuit moins une », précisant que la décision de se lancer s’était prise « un peu sur le tard ». Le parti reste, à ce stade, une petite organisation d’environ 130 membres.
Autorisée par le DGE, Osons Québec devra néanmoins recruter un minimum de deux aspirants députés d’ici la fin de la période de mise en candidature, le 17 septembre à 14 h, sans quoi elle perdra son statut. Ce délai serré illustre à lui seul l’urgence dans laquelle opère la nouvelle formation.
Une direction collégiale, à l’image de Québec solidaire, selon ses propres artisans
L’architecture organisationnelle d’Osons Québec traduit elle-même la volonté de rupture de ses fondateurs avec le modèle qu’ils ont laissé derrière eux. Contrairement au Parti conservateur du Québec, structuré autour de la figure dominante et très médiatisée d’Éric Duhaime, la nouvelle formation ne se dote pas d’un chef unique et incontesté. Elle se présente publiquement sous la direction de Martin Charron, qui agit comme « leader » et porte-parole, tandis que le chef inscrit auprès du DGE est Ludovic Mbany, un autre ex-militant conservateur qui s’était présenté l’an dernier pour le Parti populaire du Canada de Maxime Bernier dans la circonscription lavalloise d’Alfred-Pellan, où il avait terminé cinquième et dernier avec seulement 0,70 % des voix. Ses propres artisans rapprochent cette logique de direction partagée du modèle porté depuis des années par Québec solidaire. Parmi les autres figures dirigeantes du nouveau parti figure également Nicolas Tétrault, ancien conseiller municipal à Montréal entre 2001 et 2005.
Une deuxième formation née dans la mouvance conservatrice en quelques mois
Ce n’est pas la première fois, cette année, que des militants proches de la mouvance conservatrice choisissent de fonder leur propre formation plutôt que de demeurer au sein du Parti conservateur du Québec ou du Parti populaire du Canada. Plus tôt cette année, le Parti populaire du Québec avait vu le jour dans des circonstances comparables. Sa direction officielle, menée par Sylvain Pariseau, provient principalement du Parti populaire du Canada, mais certaines figures fondatrices, dont son directeur général Daniel Brisson, ont longtemps milité au sein du Parti conservateur du Québec. Il s’agit donc d’une formation aux origines mixtes, plutôt que d’une simple dissidence conservatrice ou péquiste.
Cette répétition d’un même schéma, celui de nouvelles formations organisées plutôt que de simples démissions individuelles, suggère l’existence, au sein de la coalition électorale bâtie par Éric Duhaime depuis 2021, de tensions internes suffisamment persistantes pour générer, à intervalles rapprochés, des ruptures structurées.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large déjà documenté au cours de cette campagne. Le Parti conservateur du Québec a dû composer, depuis le déclenchement de la course électorale, avec des controverses touchant certains de ses candidats, notamment Lucien Koty, pour des propos sur les vaccins et le climat, et Frédéric Poulin, pour des publications favorables à l’annexion du Canada aux États-Unis. Le parti a lui-même reconnu ces deux épisodes. La création d’Osons Québec, bien que ses fondateurs n’en attribuent pas explicitement la cause à ces épisodes précis, survient dans un climat où la gestion interne du Parti conservateur du Québec fait l’objet d’un examen soutenu, tant de la part des médias que, visiblement, d’une partie de sa propre base militante.
Un pari électoral aux chances objectivement minces
Osons Québec doit désormais composer avec un calendrier extrêmement serré : un peu plus d’un mois pour recruter des candidats, se faire connaître de l’électorat et articuler une plateforme distincte de celle du parti dont elle est issue. Ce délai pose une question de fond sur la viabilité réelle de cette entreprise politique à si court terme. L’histoire électorale récente du Québec regorge d’exemples de formations politiques nouvellement créées qui, faute de temps et de ressources pour se bâtir une notoriété suffisante, peinent à récolter un appui électoral significatif, se contentant souvent de fractionner marginalement le vote d’un électorat déjà mal desservi par les partis établis, sans pour autant élire de candidats.
Le précédent du Parti populaire du Québec offre un indice partiel de la trajectoire probable d’Osons Québec : sans structure de financement établie, sans notoriété médiatique préexistante et sans chef susceptible de capter l’attention lors des débats télévisés déjà largement réservés aux cinq principaux partis, une formation politique de ce type se retrouve généralement confinée à un rôle marginal, davantage symbolique qu’électoralement décisif.
Un symptôme plus qu’un événement isolé
L’intérêt véritable de cette création tardive dépasse cependant la seule question de ses chances électorales. Elle constitue, aux yeux de plusieurs observateurs, un symptôme révélateur des tensions qui traversent la droite québécoise à un moment où le Parti conservateur du Québec, longtemps considéré comme un phénomène marginal, s’est hissé à des niveaux de soutien qui en font désormais un acteur incontournable de la dynamique électorale, avec un appui avoisinant les 15 à 16 % des intentions de vote selon les sondages publiés au début de septembre. Cette ascension rapide, qui a nécessité un recrutement accéléré de candidats à travers l’ensemble des cent vingt-cinq circonscriptions du Québec, semble avoir généré, dans son sillage, des désaccords sur la direction idéologique et organisationnelle du parti, suffisamment profonds pour pousser certains militants fondateurs à quitter le navire plutôt que de continuer à y naviguer, à un peu plus d’un mois du jugement des urnes prévu le 5 octobre.
Note méthodologique : les passages qualifiant les motivations internes du PCQ, l’ampleur des « tensions » ou les chances de succès d’Osons Québec relèvent de l’analyse journalistique plutôt que du fait vérifiable ; ils sont ici présentés comme tels. La mention d’un retrait forcé de candidat pour des positions jugées incompatibles avec la position pro-choix du parti, présente dans une version antérieure du texte, a été retirée faute de confirmation indépendante suffisante.



