Mardi, vers 11 h 30, Christine Fréchette a reçu Paul St-Pierre Plamondon à son bureau du ministère du Conseil exécutif, dans l’édifice Honoré-Mercier, à Québec. La rencontre, prévue à 11 h puis reportée d’une demi-heure, a duré un peu moins d’une cinquantaine de minutes. Les deux dirigeants ont ensuite fait une déclaration devant les journalistes, sans répondre aux questions.
La scène avait la sobriété du protocole démocratique. Elle réunissait pourtant une première ministre défaite dans sa propre circonscription de Trois-Rivières, après environ six mois à la tête du gouvernement, et un successeur porté au pouvoir avec 28,02 % des voix.
Un mandat minoritaire
Le scrutin du 5 octobre a donné 59 des 127 sièges au Parti québécois. C’est un gouvernement minoritaire. La CAQ n’a fait élire aucun député, et tous les ministres qui se représentaient ont été battus.
Le 28 % est le vote populaire du parti. Dans sa circonscription de Camille-Laurin, Paul St-Pierre Plamondon a obtenu 39,66 % des voix.
Ce statut pèsera sur la suite, notamment sur la promesse d’un référendum sur la souveraineté. Il faudra chercher des appuis dans l’opposition. Dans l’histoire récente du Québec, les gouvernements minoritaires ont duré environ 18 mois.
Une transition « ordonnée »
M. St-Pierre Plamondon a parlé d’un scénario de transition « ordonné, sous le signe de la collaboration ». Il s’est dit très satisfait de la rencontre. Mme Fréchette a insisté sur l’importance d’une transition « coordonnée, adéquate », et les deux équipes continueront d’échanger des informations.
Le nouveau premier ministre a résumé les sujets abordés : l’économie, les relations avec les États-Unis, les données sur certaines entreprises, le chômage et Churchill Falls.
Le calendrier est connu. Les députés péquistes seront assermentés jeudi, les libéraux lundi prochain, et le nouveau Conseil des ministres le 21 octobre. D’ici là, le gouvernement Fréchette reste aux commandes.
Un marché du travail en recul
Ce que le nouveau gouvernement hérite d’abord, ce sont des chiffres de l’emploi. Selon Statistique Canada, l’emploi au Québec a reculé de 130 000 postes (−2,8 %) de janvier à septembre. Le seul mois de septembre a coûté 49 000 emplois, après un recul de 19 000 en août.
Plusieurs facteurs se combinent. La population de 15 ans et plus a diminué de 24 500 personnes en un an, et la population active compte 84 000 personnes de moins qu’en 2025. L’Institut du Québec note par ailleurs que le secteur public a été particulièrement touché, en raison du gel de l’embauche dans l’administration provinciale. La guerre commerciale avec les États-Unis pèse sur l’économie, mais ces données ne permettent pas d’isoler sa part dans les pertes d’emplois.
Ce que dit réellement l’étude de la Banque du Canada
Une étude de la Banque du Canada, relayée par La Presse le 6 octobre, a retenu l’attention. Elle estime qu’une contre-mesure tarifaire de 25 % sur les importations américaines ferait monter de 0,66 % le niveau général des prix au Canada. Il s’agit d’un résultat de modèle, pas d’une mesure de l’effet réel des contre-tarifs de 2026, et d’un niveau de prix plutôt que d’un taux d’inflation annuel.
L’étude précise que cet effet est bien inférieur à ce que prédirait une transmission directe des coûts, soit 1,25 %. Les consommateurs substituent d’autres produits (0,47 point) et les vendeurs rognent leurs marges (0,26 point). Un autre document de la Banque estime à 1,56 puis 0,72 point de pourcentage la hausse des prix liée aux mesures canadiennes de 2025.
Le contexte inflationniste est distinct. L’inflation a atteint 3 % en juillet, surtout à cause des prix de l’essence après la guerre en Iran. La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % début septembre, pour une septième décision consécutive, en attendant de mesurer l’effet des nouveaux tarifs entre le Canada et les États-Unis.
Un Nobel pour la macroéconomie
Hier, le prix Nobel d’économie a été attribué aux Américains Robert E. Hall et Michael Woodford pour leurs travaux sur les fondements microéconomiques de la stabilisation macroéconomique, un domaine proche des modèles qu’utilisent les banques centrales.
La suite
Le gouvernement St-Pierre Plamondon sera assermenté le 21 octobre. D’ici là, il choisira son équipe et fixera ses premières priorités. Il le fera dans un contexte économique fragile, avec un mandat minoritaire.


