Top 5 This Week

Articles similaires

Sam Adekugbe : au début, il voulait jouer pour l’Angleterre, mais il a fini par plonger dans un banc de neige à Edmonton

Sam Adekugbe est né à Londres, a grandi à Manchester, a rêvé de jouer pour l’Angleterre — et a choisi le Canada. Il a joué en Angleterre, en Suède, en Norvège, en Turquie, et a remporté le championnat de Turquie avec Galatasaray. Et lors d’un moment d’euphorie pure à Edmonton, en plein mois de novembre, il a célébré un but canadien en plongeant dans la neige sur le bord du terrain. Portrait de l’arrière gauche le plus voyageur de cette équipe.


par Jean Emmanuel Duchemin | Série Mondial 2026


Le 16 novembre 2021, lors d’un match de qualification pour le Mondial du Qatar contre le Mexique au Commonwealth Stadium d’Edmonton, Cyle Larin marque à la 52e minute. Le stade explose. Le score est crucial — c’est le match qui va lancer le Canada vers sa première Coupe du monde depuis 1986.

Et sur le banc de touche, Sam Adekugbe, débordant de joie, fait quelque chose que personne n’avait planifié : il plonge à la renverse dans un banc de neige au bord du terrain.

Edmonton, en novembre. La neige est réelle, froide, abondante. Et l’arrière gauche canadien, en plein milieu d’un match crucial de qualification mondiale, choisit ce moment précis pour faire un plongeon arrière dans la poudreuse, comme un enfant un jour de tempête.

C’est une des images les plus virales de l’histoire récente du soccer canadien. Et elle résume bien l’esprit de Sam Adekugbe — un défenseur solide, fiable, et profondément attaché à son équipe, capable de lâcher toute retenue dans les bons moments.


Londres, Manchester, Calgary

Le 16 janvier 1995, Samuel Ayomide Adekugbe naît à Londres, en Angleterre. Ses parents, Ben et Dee, sont tous les deux nés à Londres également, d’origine nigériane. À trois ans, la famille déménage à Manchester — la ville du football anglais par excellence, des Reds et des Citizens, de la pluie et des académies légendaires.

C’est à Manchester, à quatre ans, qu’Adekugbe touche un ballon pour la première fois dans un cadre organisé : le programme Manchester United Grassroots. Il joue aussi pour le AFC Clayton, club local, et fréquente même la Sir Charlton Academy — une école qui a produit, entre autres anciens élèves, David Beckham.

Manchester United dans les souvenirs d’enfance. Beckham dans le même bâtiment scolaire. Tout porte à croire que le destin footballistique d’Adekugbe se jouerait en Angleterre.

En 2004, à dix ans, la famille immigre au Canada et s’installe à Calgary, en Alberta — à des milliers de kilomètres des terrains humides de Manchester, dans une ville où l’hiver dure six mois et où le soccer est loin d’être le sport roi.


« Je rêve de jouer pour l’Angleterre à Wembley »

C’est un détail qu’on ne mentionne pas souvent, mais qui dit beaucoup sur le chemin parcouru : en 2012, alors qu’il évoluait encore dans les structures de jeunesse, Adekugbe aurait déclaré qu’il rêvait de jouer pour l’Angleterre à Wembley.

Logique, en un sens. Né à Londres. Formé à Manchester. Élevé dans le berceau du football moderne. L’Angleterre était, sur le papier, son option la plus naturelle.

Il était techniquement éligible pour trois nations : l’Angleterre par sa naissance, le Nigeria par ses origines parentales, et le Canada par son immigration. Trois fédérations, trois chemins possibles.

Il a fini par choisir le Canada — aux niveaux jeunesse d’abord, puis définitivement en équipe senior. Un choix qui, rétrospectivement, ressemble moins à un compromis qu’à une affirmation : celle d’un gamin qui, en grandissant à Calgary, a fini par sentir que c’était là, dans les clubs de l’Alberta, que son identité footballistique s’était véritablement construite.


Calgary Foothills : trois titres et deux drapeaux provinciaux

À Calgary, Adekugbe rejoint le Calgary Foothills Soccer Club — d’abord les Saints, de 2004 à 2009, puis les Rapids, de 2009 à 2011. Six ans dans le même club communautaire, à grimper les échelons.

Le bilan : trois titres de niveau 1 de la Calgary Minor Soccer Association et deux titres provinciaux en salle. Il représente aussi l’Alberta au niveau U-13 et U-16 — la province qui ne produit pas tant de joueurs de MLS, mais qui en a produit au moins un d’envergure internationale.

En septembre 2011, à 16 ans, le programme de résidence des Vancouver Whitecaps le recrute. Direction la Colombie-Britannique.


Generation Adidas, et l’Europe qui appelle déjà

Le 28 août 2013, Adekugbe signe avec les Whitecaps comme Homegrown Player. Le 27 octobre, il fait ses débuts en MLS contre les Rapids du Colorado — victoire 3-0, avec un triplé de Camilo.

Mais très vite, les Whitecaps comprennent qu’ils ont un défenseur au potentiel européen. En 2014, ils l’envoient pour des stages d’entraînement avec Liverpool FC et les Glasgow Rangers — deux des clubs les plus prestigieux d’Angleterre et d’Écosse. En 2015, nouveau stage, cette fois avec Brighton & Hove Albion.

En juillet 2016, le prêt devient officiel : Brighton, en Championship anglaise. Il y fait ses débuts en Coupe de la Ligue contre Colchester United et inscrit son premier but professionnel contre Oxford United en août 2016.


Cinq pays en cinq ans. La carrière la plus européenne de l’équipe.

À partir de là, la carrière de Sam Adekugbe devient un véritable tour d’Europe.

Suède : IFK Göteborg, en prêt, à partir de juillet 2017, en Allsvenskan.

Norvège : Vålerenga Fotball, à partir de janvier 2018 — un transfert permanent, cette fois. Il y reste trois saisons, jusqu’en 2021, accumulant 95 apparitions en Eliteserien. C’est de loin son séjour le plus long et le plus stable à l’étranger.

Turquie : Hatayspor, à partir de 2021, où il impressionne tant en Süper Lig — 53 titularisations — qu’il finit par attirer l’attention de l’un des plus grands clubs du pays.

Et Galatasaray. En 2023, prêt à l’un des trois grands clubs turcs, avec qui il remporte le titre de champion de Turquie. Un trophée majeur, dans un des championnats les plus passionnés du monde, dans un stade — le Rams Park — où les supporters chantent pendant 90 minutes sans interruption.

Six clubs. Cinq pays. Plus de dix ans en Europe. Pour un arrière gauche canadien né à Londres et formé à Calgary.


Le retour à Vancouver, et un début de saison record

En août 2023, après six ans en Europe, Sam Adekugbe revient aux Vancouver Whitecaps — le club qui l’avait formé, qui l’avait fait découvrir l’Europe pour la première fois en 2014. Contrat jusqu’en 2026, avec option pour 2027.

Au début de la saison 2025, il livre l’un des meilleurs débuts de sa carrière : il marque contre les Portland Timbers puis contre le LA Galaxy lors des deux premiers matchs de la saison — devenant le deuxième défenseur de l’histoire de la MLS à marquer dans les deux premiers matchs d’une saison régulière.

Mais la saison s’arrête brutalement : lors d’un rassemblement international avec le Canada cet été-là, il subit une déchirure du tendon d’Achille — une blessure longue, sérieuse, qui met un terme prématuré à sa saison 2025.


Le retour pour le Mondial

Adekugbe travaille sa rééducation tout l’hiver et le printemps 2026, avec un seul objectif en tête : être prêt pour la Coupe du monde à domicile. Il avait disputé le Mondial 2022 au Qatar — l’un des 23 joueurs sélectionnés par John Herdman, l’un des artisans discrets de la qualification historique de 2021-22, où le Canada avait terminé premier de sa zone CONCACAF pour la première fois.

Aujourd’hui, avec 44 sélections en équipe nationale, il fait partie des défenseurs les plus expérimentés du groupe — un vétéran tranquille au milieu d’une génération de joueurs qui n’ont pas connu l’époque où le Canada ne se qualifiait jamais pour rien.

Il garde quelques superstitions d’avant-match qu’il a confiées à Canada Soccer : il met toujours sa chaussure gauche avant la droite, et ne pose jamais ses chaussures sur une table. De petits rituels qui traversent les pays, les championnats, les blessures.


Ce qu’il faut retenir

Sam Adekugbe a vécu l’une des carrières les plus nomades de cette équipe canadienne — Londres, Manchester, Calgary, Vancouver, Brighton, Göteborg, Oslo, Antalya, Istanbul, et retour à Vancouver. Il a rêvé de Wembley et a choisi le Canada. Il a remporté un titre de champion de Turquie avec Galatasaray et a établi un record de la MLS au début de sa dernière saison avant de tout perdre sur une déchirure du tendon d’Achille.

Et il a célébré un des plus grands moments de l’histoire récente du soccer canadien en plongeant dans un banc de neige à Edmonton, en plein mois de novembre, parce que parfois la joie ne se planifie pas — elle explose, et on plonge.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Populaires