Depuis deux ans, on nous répète que l’intelligence artificielle va vider les bureaux. La réalité au Québec est beaucoup moins spectaculaire — et c’est peut-être la vraie nouvelle.
Seulement 12,7 % des entreprises québécoises affirmaient utiliser l’IA en 2025. Pas la majorité silencieuse en pleine automatisation qu’on imagine, mais une minorité qui teste encore les outils. Et la Banque du Canada n’observe, à ce jour, aucune vague de licenciements généralisée qu’on puisse clairement attribuer à l’intelligence artificielle.
Sur le terrain, le son de cloche est similaire. Dans des cabinets d’avocats montréalais comme dans des firmes d’architecture, on embauche pour apprendre à utiliser l’IA — pas pour remplacer des employés par elle. La raison est presque technique : les outils génériques comme ChatGPT ou Claude restent souvent mal adaptés aux subtilités du droit civil québécois ou à la précision exigée par un plan de construction. L’IA générique, en somme, ne parle pas encore couramment « notaire » ou « ingénieur ».
Il y a quand même un signal qui inquiète : le taux de chômage chez les 15-24 ans tournait autour de 9 % au Québec en avril, bien au-dessus du 6,2 % de l’ensemble de la population. Mais même là, l’Institut du Québec reste prudent — impossible pour l’instant de départager ce qui vient de l’IA, des tensions commerciales avec les États-Unis, ou du ralentissement démographique lié à l’immigration.
Pourquoi ça vous concerne : si vous craigniez de perdre votre emploi au profit d’un algorithme dès demain matin, respirez — les chiffres montrent une adoption bien plus lente que le discours ambiant. Le vrai risque n’est peut-être pas la remplacement brutal, mais l’écart qui se creuse entre les entreprises qui apprennent à bien utiliser l’IA… et celles qui attendent encore de voir.


