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À Longueuil, l’électrification s’annonce à coups de millions, mais pas encore à coups d’autobus

Le vocabulaire est vert, les chiffres sont gros, mais ce qui roule sur le terrain reste, pour l’essentiel, à combustion.

Québec a confirmé une aide de 62 858 043 $ au Réseau de transport de Longueuil dans le cadre du Programme d’aide gouvernementale au transport collectif des personnes, une annonce faite conjointement par le ministre des Transports et de la Mobilité durable, Benoit Charette, et la ministre de l’Environnement, Pascale Déry. Sur le fond, l’argent ne finance pas de nouveaux autobus : il servira à moderniser les centres d’exploitation du Vieux-Longueuil et de Saint-Hubert pour y intégrer les équipements nécessaires aux véhicules électriques. Autrement dit, on paie les prises de courant avant d’avoir la majorité des voitures à brancher. Ce n’est pas un reproche en soi — l’infrastructure doit précéder la flotte, pas l’inverse — mais c’est une nuance que le communiqué gouvernemental, tout à la fierté du chiffre rond, ne prend pas la peine de faire.

La cible de 2030 se rapproche plus vite que la flotte électrique.

Le Plan pour une économie verte 2030 du gouvernement fixe un objectif de 55 % d’autobus urbains électrifiés à l’échelle du Québec d’ici quatre ans. Du côté du RTL précisément, l’inventaire concret est mince : la société a confirmé l’achat de 20 autobus électriques en février 2025, avec une option pour 78 véhicules supplémentaires qui n’a pas encore été levée. Vingt véhicules fermes, une centaine d’autres au conditionnel — voilà l’état réel de la transition, derrière l’enveloppe de 63 millions consacrée cette semaine aux prises électriques des garages.

Le directeur général du RTL lui-même ne présente pas la cible comme une formalité : Michel Veilleux a reconnu que l’objectif de 55 % d’ici 2030 représente un défi majeur pour la société de transport, un constat tiré de l’expérience d’un projet pilote de six minibus électriques mené plus tôt cette année. Quand le premier responsable de l’organisation qualifie lui-même l’échéance de « défi majeur », un journal qui prend le pouls du terrain a le devoir de le prendre au mot plutôt que de se contenter du triomphalisme du communiqué ministériel.

La facture, elle, ne fait pas de pilote : elle est déjà planifiée jusqu’en 2034.

Ce qui mérite le plus d’attention, c’est ce qui n’apparaît dans aucun communiqué de presse cette semaine : le plan des immobilisations du RTL prévoit que le service de la dette brute de la société passera d’environ 23 millions de dollars aujourd’hui à près de 97 millions d’ici 2034, essentiellement à cause des travaux de modernisation et d’électrification en cours. C’est le prix à payer pour la transition — un prix légitime, mais qui finira, comme toujours en transport collectif, par se refléter quelque part dans les budgets municipaux ou dans la grille tarifaire des usagers de l’agglomération. Aucune annonce gouvernementale de cette semaine n’a mentionné ce chiffre.

L’aide de 63 millions est une bonne nouvelle pour les garages de Saint-Hubert et du Vieux-Longueuil, point. Ce n’est ni une flotte électrifiée, ni une garantie que la cible de 2030 sera atteinte, ni une réponse à la question du financement à long terme d’une dette qui va quadrupler en une décennie. La transition énergétique du transport collectif rive-sud avance, mais à un rythme et avec une facture que les communiqués de presse préfèrent annoncer par tranches plutôt que d’un seul bloc. Le vrai test, ce sera de compter, en 2027 et en 2028, combien d’autobus à batterie roulent réellement sur les routes de l’agglomération — pas combien de millions ont été virés d’un compte gouvernemental à un autre.

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