Dans sept semaines, Montréal accueillera l’événement sportif le plus important sur son territoire depuis les Jeux olympiques de 1976. Mais près de trois ans après l’annonce officielle, la ville n’a toujours pas clarifié combien tout cela coûte réellement aux contribuables.
Du 19 au 27 septembre, la Ville de Montréal accueillera les Championnats du Monde de Cyclisme sur Route UCI 2026, avec treize épreuves disputées dans sept arrondissements et une ville liée, Westmount, entraînant d’importantes modifications à la circulation et au stationnement. L’événement est vendu, à juste titre, comme une vitrine internationale : gratuit pour le public, suivi par des dizaines de millions de téléspectateurs à travers le monde. C’est le genre de grand rendez-vous qui fait consensus dans les communiqués de presse. C’est justement pour cela qu’il mérite un regard plus froid sur les chiffres.
Le financement public a été annoncé — la facture finale, elle, ne l’a jamais vraiment été.
Dès septembre 2023, les différents ordres de gouvernement ont dévoilé leurs investissements respectifs : la Ville de Montréal a confirmé une contribution de 3,9 millions de dollars. Le gouvernement fédéral a de son côté annoncé une aide de 13 millions de dollars, répartie entre 9,8 millions destinés à Cyclisme Canada par le Programme d’accueil de Sport Canada et 3,2 millions versés par Développement économique Canada pour les régions du Québec au comité organisateur. Selon le comité organisateur lui-même, cet apport public ne représente qu’environ 75 % du financement nécessaire, ce qui signifie qu’un soutien privé demeure impératif pour boucler le budget.
Voilà déjà un premier problème : plus de vingt mois après cette annonce, le quart manquant du financement — le soutien privé jugé « impératif » — n’a fait l’objet d’aucune mise à jour publique connue. Un événement qui se déroule dans moins de deux mois ne devrait plus avoir de zone grise sur le quart de son financement.
Les retombées économiques changent de chiffre selon la source — et selon la date.
C’est là que l’incohérence devient plus troublante. En avril 2026, Tourisme Montréal chiffrait les retombées économiques et touristiques attendues à 76 millions de dollars pour la métropole. Trois mois plus tard, en juillet, un autre texte de la même organisation évoquait plutôt 170 millions de dollars de retombées générées par l’événement. Un écart de plus du double, en l’espace d’un trimestre, sans qu’aucune méthodologie ne soit expliquée pour justifier la révision. Ce n’est pas un détail statistique : c’est précisément le genre de chiffre que les élus citeront cet automne pour justifier, après coup, chaque dollar public investi. Un chiffre qui double sans explication n’est pas une prévision, c’est un argument de vente.
Et la transparence sur les investissements n’a jamais vraiment été au rendez-vous.
Un texte promotionnel publié en marge de l’annonce initiale l’admettait pourtant candidement : la ventilation complète des investissements pour l’événement demeurait, à l’époque, impossible à obtenir. Rien n’indique aujourd’hui que cette ventilation ait été rendue publique depuis. On sait donc que Montréal, Québec et Ottawa mettent collectivement au moins 17 millions de dollars dans l’événement, qu’un quart du budget total reste à combler par le privé, et que les retombées économiques promises varient du simple au double selon le communiqué consulté. C’est un dossier construit sur des chiffres d’ambiance plutôt que sur une reddition de comptes rigoureuse.
Ce que la Ville doit aux Montréalais avant le coup d’envoi.
Personne ne conteste la valeur symbolique de ramener les Mondiaux à Montréal cinquante ans après les Jeux olympiques. Mais la population qui devra composer avec des fermetures de rues dans huit secteurs de la ville pendant huit jours a le droit de connaître, avant la mi-septembre, un chiffre final et cohérent : combien coûte l’événement en totalité, qui comble la part privée manquante, et sur quelle base précise on est passé de 76 à 170 millions de retombées annoncées. Une vitrine internationale bien organisée ne devrait pas avoir besoin de flou budgétaire pour paraître impressionnante.




