par Anne-Lise Zinan
Le 15 juillet dernier, la Banque du Canada a fait ce qu’elle fait maintenant depuis un an : rien. Le taux directeur reste gelé à 2,25 %, une sixième décision consécutive sans changement. Sur le coup, la nouvelle a l’air ennuyante. Mais dans les faits, c’est justement quand rien ne bouge en apparence que les meilleures occasions — ou les pires oublis — se cachent dans votre budget.
Pourquoi la Banque du Canada garde le cap
L’économie canadienne montre des signes de reprise après un début d’année difficile, et la croissance devrait s’accélérer au deuxième trimestre. Mais l’inflation a grimpé à 3,2 % en mai, poussée par la flambée des prix du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient — bien au-dessus de la cible de 2 % que vise la banque centrale. Résultat : la Banque juge encore trop risqué de bouger dans un sens ou dans l’autre, entre une économie fragile et une inflation qui refuse de se calmer complètement. Le prochain rendez-vous est fixé au 2 septembre, et les économistes restent partagés entre une pause prolongée jusqu’à la fin de l’année et une possible hausse d’un quart de point.
Ce que ça change concrètement pour vous
Si vous avez une hypothèque à taux variable : rien ne bouge dans l’immédiat. Le taux préférentiel des grandes banques canadiennes est resté collé à 4,45 % depuis octobre 2025, et vos versements ne changeront pas tant que la Banque du Canada ne bougera pas non plus.
Si vous magasinez une hypothèque à taux fixe : le taux directeur n’a presque rien à voir avec votre décision. Les taux fixes suivent plutôt les rendements des obligations du gouvernement du Canada. Une longue pause du taux directeur peut, avec le temps, faire baisser légèrement ces rendements — et donc les taux fixes — mais ce n’est pas automatique ni immédiat.
Si vous épargnez : c’est ici que ça devient intéressant. Beaucoup de gens laissent dormir leur argent dans un compte-chèques ou un compte d’épargne « ordinaire » qui rapporte presque rien — parfois moins de 1 %. Or, les comptes d’épargne à intérêt élevé offrent actuellement autour de 3 % en moyenne, et certaines promotions grimpent beaucoup plus haut : RBC offre en ce moment 4,60 % pendant trois mois aux nouveaux titulaires de son compte Épargne à intérêt élevé. Du côté des certificats de placement garantis (CPG) non enregistrés, des institutions comme MCAN Wealth affichent des taux autour de 3,65 % sur un an et près de 3,95 % sur cinq ans — nettement au-dessus de ce qu’offrent souvent les grandes banques sur leurs produits standards.
Bref : dans un contexte de taux stable, la différence entre un bon et un mauvais compte d’épargne peut représenter plusieurs centaines de dollars par année sur un coussin de quelques milliers de dollars, sans aucun risque et sans rien faire de plus que changer d’institution.
Le bon réflexe pour la rentrée
Avec la rentrée qui approche et son lot de dépenses, c’est le bon moment pour :
- Vérifier le taux réel de votre compte d’épargne — plusieurs institutions lancent justement leurs meilleures promotions à l’approche de l’automne.
- Revoir votre REER ou CELI en fonction de ce nouveau contexte de taux stables — les CPG et comptes REER à haut rendement redeviennent compétitifs face aux placements plus risqués tant que l’incertitude économique persiste.
- Ne pas paniquer sur votre hypothèque — que vous soyez à taux fixe ou variable, aucun choc ne s’en vient avant le 2 septembre au plus tôt, et probablement pas avant encore un moment si l’inflation continue de reculer comme prévu.
La pause de la Banque du Canada n’est pas une pause pour vos finances personnelles. C’est justement le genre de calme qui permet de replacer ses pions sans être bousculé par les événements — à condition de prendre dix minutes pour comparer ce que votre argent vous rapporte vraiment.



