Ce qu’on ne raconte pas sur Bennedict Mathurin, premier Montréalais sélectionné à la loterie de la NBA
par Jean Emmanuel Duchemin
Bennedict Mathurin a pleuré devant les caméras le soir de son repêchage — pas de joie pure, mais en pensant à son frère, qu’il ne pouvait plus appeler pour partager le moment. Trois ans plus tard, il a participé à la finale de la NBA avec les Pacers de l’Indiana, où il s’est illustré par des performances marquantes, avant d’être échangé aux Clippers de Los Angeles. Voici l’histoire derrière le tout premier joueur de Montréal repêché dans le top 10 de la NBA.
Il a grandi à Montréal-Nord, où il fallait rentrer avant la tombée de la nuit
Né le 19 juin 2002 à Montréal, Bennedict Mathurin a grandi dans le quartier de Montréal-Nord Est, une communauté qu’il décrit lui-même comme dangereuse. « Là d’où je viens, c’est un peu dangereux. Alors on devait se dépêcher quand on avait fini et rentrer à la maison, parce que parfois, les choses n’étaient pas géniales tard le soir », a-t-il confié à Cult MTL. Dans un texte personnel écrit pour The Players’ Tribune, il va plus loin : certains soirs, en allant se coucher, lui et sa famille entendaient des coups de feu.
Il a perdu son frère à 12 ans
Selon plusieurs sources, dont le Washington Post, le frère de Bennedict, Dominique Jeune, est décédé à l’âge de 15 ans, happé par une voiture alors qu’il rentrait de l’école à vélo — Bennedict n’avait alors que 12 ans. Le soir de son repêchage en 2022, en larmes devant les caméras malgré sa promesse de ne pas pleurer, il a pensé directement à lui : « Pensant à mon frère et comment il aurait été fier de me voir réaliser notre rêve. Si j’avais pu dire quelque chose à Dominique à cet instant-là, je lui aurais dit : On a réussi. »
Il parle quatre langues
Fils de parents haïtiens, Elvie Jeune et le regretté Felix Mathurin, Bennedict a grandi dans un environnement multiculturel et parle aujourd’hui quatre langues : l’anglais, le français, l’espagnol — appris notamment durant son passage à l’Académie NBA au Mexique — et le créole haïtien. Sa sœur Jennifer, qui a joué au basketball universitaire à NC State aux États-Unis, partage la même fierté identitaire.
Avant le basketball, il jouait au hockey et au football — comme quart-arrière
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le basketball n’a pas toujours été l’unique passion de Mathurin. Enfant, il a aussi pratiqué le hockey sur glace et le football canadien, où il jouait au poste de quart-arrière, avant de se consacrer entièrement au basketball et de représenter l’équipe provinciale du Québec.
Il a été le tout premier joueur né au Canada admis à l’Académie NBA d’Amérique latine
En 2018, Mathurin devient le premier joueur né au Canada à intégrer l’Académie NBA Amérique latine, à Mexico. Une étape charnière qui l’a mené jusqu’à l’Université de l’Arizona, où il a été nommé joueur de l’année de la Pac-12 en 2022 avant de se déclarer admissible au repêchage.
Il est devenu le premier Montréalais sélectionné à la loterie de la NBA — et a pleuré en l’entendant
Le 23 juin 2022, le commissaire de la NBA Adam Silver annonce : « Avec le sixième choix, les Pacers de l’Indiana sélectionnent Bennedict Mathurin, de Montréal. » Il devient ainsi le tout premier joueur montréalais à être sélectionné dans la loterie du repêchage — un exploit qui, selon l’entraîneur Joey McKitterick, présent dans un gymnase montréalais ce soir-là, a déclenché des cris de joie dans toute la salle.
Son ami d’enfance, qu’il considère comme un frère, est aussi son adversaire en NBA
Bennedict Mathurin et Luguentz Dort, des Thunder d’Oklahoma City, ont grandi à quelques minutes l’un de l’autre à Montréal-Nord, jouant sur les mêmes terrains et dans les mêmes programmes de basketball, tous deux issus de familles haïtiennes. « Benn, c’est comme un frère pour moi, honnêtement », a confié Dort. En 2025, les deux amis se sont retrouvés face à face en finale de la NBA — l’un des quatre Canadiens de cette finale historique, aux côtés de Shai Gilgeous-Alexander et Andrew Nembhard. « Maintenant, on est ennemis », a lancé Mathurin, mi-sérieux.
Il a été le meilleur pointeur des deux équipes lors d’un match de la finale NBA 2025
Moins d’un an avant son échange, Mathurin aide les Pacers de l’Indiana à atteindre la finale de la NBA 2025 contre le Thunder d’Oklahoma City. Lors du troisième match de la série, sorti du banc, il inscrit 27 points — le meilleur total du match, devant les 26 points de la vedette adverse Jalen Williams — pour porter Indiana à une victoire de 116-107 et une avance de 2-1 dans la série.
En février 2026, il est échangé pour l’un des meilleurs centres de la ligue
Le 5 février 2026, Mathurin est échangé aux Clippers de Los Angeles dans une transaction majeure : l’Indiana cède Mathurin, le centre Isaiah Jackson et trois choix de repêchage, en retour du vétéran Ivica Zubac et du joueur Kobe Brown. Il tourne alors avec des moyennes de 17,8 points, 5,4 rebonds et 2,3 passes en 28 matchs depuis le début de la saison 2025-2026.
Il n’a jamais eu peur de dire qu’il ne pense pas que LeBron James est meilleur que lui
Interrogé sur LeBron James avant même de jouer un seul match professionnel, un jeune Mathurin de 20 ans n’a pas mâché ses mots : « Beaucoup de gens disent qu’il est génial. Je veux voir à quel point il l’est vraiment. Je ne pense pas que qui que ce soit est meilleur que moi. Il va devoir me montrer qu’il l’est. » Une confiance à l’image de tout son parcours : construite dans l’adversité d’un quartier qui ne lui a jamais rien donné gratuitement.
De nuits marquées par des coups de feu à Montréal-Nord jusqu’à une finale de la NBA disputée aux côtés de son ami d’enfance devenu rival, Bennedict Mathurin porte, à chaque match, l’histoire d’un quartier montréalais trop souvent réduit à ses statistiques de criminalité — et la preuve vivante que le talent qui en émerge n’a rien à envier à personne.



