Journée à deux vitesses pour l’industrie de la mode : pendant que New York Fashion Week s’apprête à tourner officiellement la page de la fourrure animale, un fleuron canadien du vêtement de sport traverse sa pire année boursière en trois ans. Et à quelques rues de la Place des Festivals, ce sont plutôt les lumières de la 26e édition du Festival M.A.D. qui s’allument ce soir.
Monde : le CFDA impose sa politique sans fourrure
La prochaine Fashion Week de New York, qui se tiendra du 10 au 15 septembre pour présenter les collections printemps-été 2027, marquera un tournant réglementaire pour l’industrie américaine : pour la toute première fois, le Council of Fashion Designers of America (CFDA) rendra obligatoire, pour l’ensemble des créateurs inscrits au calendrier officiel, sa politique interdisant la fourrure animale d’élevage ou de piégeage, qu’il s’agisse du vison, du renard, du lapin, du chinchilla ou d’autres espèces chassées spécifiquement pour leur pelage. Il ne s’agit pas d’une interdiction légale imposée à la ville : c’est une politique du CFDA, l’organisme qui gère le calendrier officiel de NYFW, adoptée en décembre 2025 et applicable à tous les événements y figurant. Une exception demeure pour les fourrures obtenues par les communautés autochtones dans le cadre de pratiques traditionnelles de subsistance. Cette mesure aligne désormais New York sur les fashion weeks de Londres, Copenhague et Berlin, qui appliquent des restrictions similaires depuis plusieurs années.
Le calendrier préliminaire de cette saison, qui compte près de 70 défilés et présentations, s’ouvrira avec les débuts de Henry Zankov comme directeur artistique de Diane von Furstenberg et se conclura avec Thom Browne. Fait à noter, l’horaire du vendredi débutera exceptionnellement à 10 h, par respect pour le 25e anniversaire des attentats du 11 septembre, qui tombe en plein cœur de la semaine.
Canada : Lululemon traverse sa pire période boursière en trois ans
Du côté des affaires, c’est un autre grand nom canadien du vêtement qui fait les manchettes, mais pour de moins bonnes raisons cette fois. Le titre de Lululemon, fondée à Vancouver, a chuté de 43 % depuis le début de l’année, une dégringolade qui porte à 68 % son recul sur trois ans. Au premier trimestre, la marge brute de l’entreprise a reculé de 410 points de pourcentage à 54,2 %, les droits de douane américains représentant à eux seuls 280 de ces 410 points, soit plus de la moitié du recul. Un rappel que même les entreprises qui semblaient à l’abri des soubresauts commerciaux n’y échappent pas entièrement.
L’entreprise mise désormais sur un changement de garde pour renverser la tendance : Heidi O’Neill, vétérane de Nike, entrera officiellement en fonction à titre de nouvelle cheffe de la direction le 8 septembre, dans ce que la direction elle-même qualifie de nécessaire reconquête de la confiance après plusieurs trimestres difficiles marqués par un ralentissement des ventes en Amérique du Nord. Les prochains résultats trimestriels, attendus le 27 août, seront scrutés de près par des investisseurs à la recherche de signes concrets de redressement.
Québec et Montréal : le podium à ciel ouvert s’allume ce soir
Pendant que les grandes capitales de la mode négocient virages réglementaires et remous boursiers, Montréal, elle, célèbre ce soir l’ouverture de la 26e édition du Festival M.A.D. (Mode. Arts. Divertissement), qui prend d’assaut la Place des Festivals jusqu’à dimanche. L’entrée demeure entièrement gratuite, une signature de l’événement depuis sa fondation, et la programmation de cette année mise sur un nombre record de défilés : plus d’une soixantaine de designers, d’ateliers et d’écoles de mode se succéderont sur la Scène Place des Festivals, dont la Maison Marie Saint-Pierre et l’École de mode du Cégep Marie-Victorin.
Parmi les moments forts déjà annoncés : le défilé Icônes du Collège LaSalle, prévu vendredi soir, qui réunira une vingtaine de mannequins emblématiques dans un hommage à l’âge d’or des podiums des années 1990. Le festival accueille aussi, jusqu’au 23 août, l’exposition Italia è Moda, qui présente notamment deux costumes originaux du film Casanova de Federico Fellini, conçus par Danilo Donati et primés aux Oscars en 1977, une incursion inattendue de l’histoire du cinéma italien au cœur du Quartier des spectacles. L’événement devrait, comme les années précédentes, attirer plus d’un demi-million de festivaliers et festivalières au centre-ville d’ici dimanche soir.



