La cheffe caquiste promet de moderniser le régime d’assurance parentale, sans annoncer de hausse des cotisations, alors qu’un sondage place la CAQ et le Parti québécois en égalité statistique
Le décor était soigneusement choisi. C’est à la Maison des familles de Rimouski, entourée de sa candidate locale, Julia Brillant-Ruest, et d’enfants en bas âge, que Christine Fréchette a dévoilé, au deuxième jour de la campagne électorale, le premier engagement détaillé de la Coalition avenir Québec. La première ministre sortante, qui mène sa toute première campagne comme cheffe de la CAQ après avoir succédé à François Legault en avril dernier, a promis de moderniser le Régime québécois d’assurance parentale, le RQAP, ce programme social qu’elle qualifie elle-même de « grande réussite québécoise ».
La promesse comporte plusieurs volets. La CAQ propose de bonifier de deux semaines le congé de paternité, qui pourrait ainsi atteindre sept semaines, de permettre aux parents d’étaler le versement de leurs prestations jusqu’à cinq ans après la naissance d’un enfant, contre dix-huit mois actuellement, et d’offrir davantage de flexibilité pour transférer jusqu’à quatre semaines de prestations à un proche, qu’il s’agisse d’un grand-parent ou d’un autre membre de la famille appelé à prêter main-forte aux jeunes parents. Le parti promet également d’accorder quatre semaines de prestations aux pères vivant un deuil périnatal, une réalité que le régime actuel ne couvre pas pour eux, et de faire passer de six mois à deux ans la période pendant laquelle les employées du gouvernement du Québec peuvent racheter les années de service liées à leur régime de retraite après un congé parental.
Le choix du terrain plutôt que celui du portefeuille
Ce qui frappe dans cette annonce, ce n’est pas tant son ampleur budgétaire, modeste comparée aux engagements économiques déjà formulés par d’autres partis, que le terrain sur lequel Christine Fréchette a choisi de l’ancrer. En consacrant son premier geste de campagne à la politique familiale plutôt qu’à l’économie ou aux finances publiques, la cheffe caquiste occupe, selon plusieurs observateurs, un registre consensuel et moins clivant. Le parti, cela dit, n’a jamais présenté ce choix comme une stratégie délibérée; il s’agit là d’une lecture d’analystes, non d’une intention déclarée par la CAQ.
La cheffe caquiste n’a pas annoncé de hausse des cotisations pour financer cette bonification du RQAP. Le parti n’a toutefois pas rendu publics de chiffres précis sur la santé financière actuelle du régime ni démontré que l’ensemble des mesures pourrait être absorbé sans conséquence sur les cotisations à moyen terme. Cette promesse ne repose pas, en tout cas, sur une réorganisation des finances de l’État ni sur la vente ou l’abolition d’un actif public : elle s’inscrit dans une logique d’ajustement paramétrique d’un programme existant, ce qui limite à la fois son risque politique et sa portée transformatrice.
Une annonce arrivée au bon moment
Le calendrier de cette annonce ne doit rien au hasard. Elle survient le jour même où un sondage Synopsis-La Presse plaçait la Coalition avenir Québec à 27 % des intentions de vote contre 28 % pour le Parti québécois, soit une égalité statistique compte tenu de la marge d’erreur. La CAQ y gagne sept points en deux semaines, dans le contexte de l’escalade commerciale avec les États-Unis. Interrogée sur ces chiffres, Christine Fréchette a évoqué, sans vouloir commenter directement le sondage, une « effervescence » qu’elle dit ressentir sur le terrain, attribuant cette embellie à son style de leadership.
Cette remontée s’expliquerait, selon les analyses parues dans la couverture de cette deuxième journée de campagne, par un rattrapage chez les femmes et chez les électeurs de 55 ans et plus, un groupe où la CAQ obtiendrait 42 % des intentions de vote contre 29 % pour le PQ. Que l’annonce du RQAP vise spécifiquement à consolider l’appui de ces deux groupes reste toutefois une inférence journalistique plutôt qu’un objectif électoral revendiqué par le parti.
Les limites d’un engagement consensuel
Reste que la promesse laisse dans l’ombre certains arbitrages. Bonifier le congé de paternité et l’étalement des prestations sans annoncer de hausse des cotisations suppose que la marge de manœuvre existe déjà à l’intérieur du régime — une affirmation que le gouvernement sortant n’a pas encore étayée par des chiffres précis. Le parti n’a pas non plus précisé l’échéancier de mise en œuvre de ces changements, ni la manière dont le transfert de semaines de prestations à des proches serait encadré sur le plan administratif.
Il y a, enfin, une dimension symbolique à cette annonce qui dépasse son contenu technique. En plaçant la famille au cœur de son entrée en campagne, plutôt que l’économie, Christine Fréchette signale une volonté de personnaliser sa candidature. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité du rebranding du parti, rebaptisé « Équipe Christine Fréchette » depuis juillet. Reste à savoir si cette approche suffira à convaincre un électorat encore partagé, alors que la campagne n’en est qu’à son deuxième jour et que la guerre tarifaire avec Washington continue de peser sur les priorités du scrutin du 5 octobre.



