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Depuis six ans, les PME encaissent : le Québec des entreprises ordinaires que la campagne n’entend pas assez

Ce dimanche matin, la campagne électorale québécoise entame son quatrième jour. Déclenchée jeudi, elle courra jusqu’au 5 octobre, soit trente-neuf jours au total, dont trente-six restent à courir à partir d’aujourd’hui. Les chefs sont en tournée. Les annonces s’accumulent. Les sondages mesurent et contre-mesurent. Et pendant ce temps, dans un texte de Trium Médias publié cette semaine, une formulation mérite d’être entendue par tous les candidats en circulation dans les régions du Québec : depuis six ans, les PME encaissent crise après crise.

Depuis six ans. Pas depuis l’été. Pas depuis les tarifs de Trump. Depuis six ans, même si la nature des chocs a changé en cours de route. C’est la durée de la séquence que vivent les propriétaires de petites et moyennes entreprises québécoises depuis le début de la pandémie de 2020 : fermetures et restrictions sanitaires d’abord, puis perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, inflation record, hausse des taux d’intérêt, pénurie de main-d’œuvre, et maintenant une guerre commerciale avec le principal partenaire économique du pays. Ce ne sont pas des crises identiques qui se répètent : ce sont des chocs de nature différente qui se sont succédé sans laisser aux PME le temps de souffler entre deux.

Ce que Chapman’s a compris, et ce que les PME québécoises savent

Cette semaine, Radio-Canada rapporte qu’une entreprise canadienne a pris une décision qui dit quelque chose d’important sur l’état d’esprit du monde des affaires canadien : Chapman’s tourne le dos à ses fournisseurs américains.

Chapman’s est une compagnie ontarienne de crème glacée fondée en 1973. Elle est familiale, indépendante et respectée dans son secteur. Confrontée aux tarifs douaniers, elle prévoit remplacer plus de 70 % de ses ingrédients américains d’ici le milieu de l’année 2027, et s’engage à ne pas augmenter ses prix avant mars 2028. L’un des changements les plus significatifs concerne les cornets : comme aucun producteur industriel de cornets n’existe au Canada, l’entreprise s’est associée à un fabricant ontarien pour rapatrier cette production.

Ce geste n’a rien d’héroïque ni de particulièrement spectaculaire. Il représente pourtant la réponse réelle et concrète que des entreprises canadiennes apportent à la guerre commerciale. Pas des discours. Des décisions d’achat, des recherches de nouveaux fournisseurs, des ajustements de chaînes d’approvisionnement. Une adaptation coûteuse à court terme, potentiellement libératrice à long terme.

Mais Chapman’s peut se le permettre parce que c’est une entreprise établie, avec des réserves, une clientèle fidèle et des marges suffisantes pour absorber une transition qui s’étale sur plus d’un an. Combien de PME québécoises sont dans cette position?

Le dollar américain qui chute : la mauvaise bonne nouvelle

Washington a fait chuter le dollar américain, ce qui a profité aux valeurs refuges, notait Denis Lalonde cette semaine dans Les Affaires. Cette information financière mérite d’être traduite dans ses effets concrets sur les exportateurs québécois : un dollar américain plus faible réduit la compétitivité des produits canadiens vendus aux États-Unis, puisqu’ils deviennent relativement plus chers pour les acheteurs américains.

À cela s’ajoute un fait plus tangible et bien documenté. Depuis le 22 août, les États-Unis appliquent un tarif de 50 % sur des exportations canadiennes évaluées à 27,6 milliards de dollars, notamment l’acier, l’aluminium, le mobilier, les vêtements et les accessoires. Ottawa a répliqué par des contre-tarifs équivalents, applicables au 8 septembre.

Pour un exportateur d’aluminium ou un fabricant de meubles québécois touché par ce tarif de 50 %, l’effet combiné de la surtaxe et d’un dollar canadien relativement plus fort représente un désavantage de compétitivité réel. Son ampleur précise dépend toutefois du produit, de son classement tarifaire et de la structure de sa chaîne d’approvisionnement. Il serait imprudent d’avancer un chiffre unique, du type « 30 à 40 % plus cher », sans données spécifiques à l’entreprise ou au secteur. Ce qu’on peut affirmer avec certitude, c’est que ces deux effets, tarif et taux de change, se superposent plutôt qu’ils ne s’annulent, et que pour plusieurs entreprises exportatrices, cette combinaison approche la limite de ce qu’elles peuvent absorber sans réduire leur production.

La montagne de défis : le courrier des lecteurs comme baromètre

Dans Les Affaires, un courrier des lecteurs publié cette semaine s’intitule simplement : nous avons une montagne de défis devant nous.

Cette formulation, ni alarmiste ni résignée, simplement précise, résume mieux que n’importe quel document gouvernemental l’état d’esprit dans lequel les entrepreneurs et les gestionnaires québécois entrent dans l’automne 2026.

Une montagne de défis. Pas un mur infranchissable. Pas un horizon lumineux non plus. Une montagne reste quelque chose qu’on peut escalader, mais pas sans effort, pas sans ressources, et pas sans une direction claire sur quel versant emprunter.

C’est ce que la campagne électorale devrait offrir aux Québécois : non pas la promesse que la montagne disparaîtra après le 5 octobre, mais un plan crédible sur la façon de l’escalader. Quels sentiers? Avec quels équipements? En combien de temps? Et qui porte les charges les plus lourdes?

Le Nunavik et les 155 millions : la politique du coût de la vie dans ses coins les plus sombres

Québec a conclu une nouvelle entente pour réduire le coût de la vie au Nunavik. D’une valeur de 155 millions de dollars sur six ans, soit de 2026 à 2032, elle représente une hausse de 34,7 % par rapport à l’entente précédente de 115 millions, qui arrivait à échéance. L’annonce, faite au tout début de la campagne, mérite d’être saluée pour ce qu’elle est : une reconnaissance que la crise du coût de la vie ne frappe pas uniformément le territoire québécois.

Dans le Grand Nord québécois, le coût du panier d’épicerie est nettement plus élevé que dans le sud de la province. Les études de l’Université Laval évoquent un écart pouvant dépasser 30 % en moyenne, et davantage encore pour certains produits périssables acheminés par avion. Ces écarts ne sont pas le résultat des tarifs américains. Ils reflètent plutôt des défaillances structurelles dans les chaînes d’approvisionnement des communautés nordiques, qui existent depuis des décennies. Mais il est raisonnable de penser que les tarifs américains, en renchérissant certains coûts de transport et d’intrants, pourraient aggraver cette réalité déjà difficile. Il s’agit là d’un risque à surveiller, pas d’un fait déjà établi.

Les 155 millions annoncés sont une réponse partielle à un problème structurel. Ils ne régleront pas les causes profondes du coût de la vie au Nunavik. Mais ils représentent une reconnaissance politique : les communautés autochtones du Nord québécois font partie du Québec qu’on gouverne, et pas seulement de la carte qu’on montre pour illustrer la taille du territoire.

La priorité au coût de la vie : l’analyse de Gérald Fillion

Élections Québec 2026 : priorité au coût de la vie? C’est la question posée cette semaine par Gérald Fillion dans une analyse publiée à Radio-Canada.

Cette question, la campagne va-t-elle finalement se jouer sur le coût de la vie, est peut-être la plus importante de tout l’été politique. Les Québécois veulent savoir si la prochaine boîte d’épicerie va coûter plus cher, si leur loyer va encore augmenter, si leurs économies vont tenir compte tenu de l’inflation persistante.

Ces préoccupations ne sont pas petites. Elles ne sont pas matérialistes dans le sens péjoratif du terme. Ce sont les préoccupations légitimes de gens qui travaillent fort, qui gèrent leurs finances avec soin, et qui voient l’écart se creuser entre ce qu’ils gagnent et ce que la vie coûte.

La campagne qui mérite de gagner est celle qui saura répondre à ces préoccupations avec honnêteté : sans promettre l’impossible, sans réduire les solutions à des chèques ponctuels, mais avec une vision cohérente sur la productivité, les coûts de logement, la fiscalité des ménages à revenus moyens et l’accès aux services publics.

Jusqu’à présent, aucun parti n’a encore formulé cette vision avec toute la clarté qu’elle mérite. Il reste trente-six jours.

Ce que ce dimanche dit à la campagne

Dans trente-six jours, les Québécois voteront. La campagne n’en est encore qu’à son quatrième jour. Les positions des partis ne sont pas entièrement articulées. Les débats décisifs n’ont pas encore eu lieu.

Mais les signaux que cette semaine envoie à tous ceux qui veulent gouverner cette province sont clairs.

Les PME encaissent depuis six ans. Le dollar américain fluctue, et des tarifs de 50 % pèsent déjà sur 27,6 milliards de dollars d’exportations canadiennes. Les coûts de la vie au Nunavik demeurent parmi les plus élevés au pays, malgré une aide bonifiée. Les fournisseurs canadiens remplacent progressivement les fournisseurs américains, lentement et à grands frais de transition, sur des horizons de plus d’un an. Et une montagne de défis se dresse devant le Québec qui entame l’automne.

Ce ne sont pas des problèmes que les campagnes électorales créent. Ce sont des problèmes que les gouvernements doivent résoudre, ou du moins gérer avec compétence, honnêteté et une vision à long terme.

Les Québécois sauront le 5 octobre à qui ils font confiance pour commencer l’escalade. Ce dimanche, ils regardent encore les candidats choisir leurs équipements et tracer leurs itinéraires.

Ce qu’ils voient, et ce qu’ils entendent, dans les trente-six prochains jours sera déterminant.

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