Refuser une commande du gouvernement américain le plus puissant du monde, puis se faire blacklister par le Pentagone, puis gagner en cour : c’est le parcours peu banal qu’Anthropic vient de traverser.
Tout a commencé en février, quand le Pentagone a exigé qu’Anthropic assouplisse les garde-fous de son IA Claude pour permettre des usages militaires controversés, notamment des armes létales entièrement autonomes et la surveillance de masse de citoyens américains. Le grand patron d’Anthropic, Dario Amodei, a catégoriquement refusé. En représailles, l’administration Trump a ordonné à toutes les agences fédérales de cesser d’utiliser Claude, et le Pentagone a inscrit l’entreprise sur une liste de « risque pour la chaîne d’approvisionnement ». un statut jusque-là réservé à des entreprises étrangères hostiles, jamais à une compagnie américaine.
Jeudi, la juge fédérale Rita Lin a tranché : ces sanctions sont illégales. Selon elle, ces mesures ne visaient pas vraiment un risque réel pour la sécurité nationale, mais cherchaient plutôt à punir l’entreprise pour son désaccord public avec le gouvernement. Sa décision interdit désormais à toutes les agences fédérales de rompre leurs contrats avec Anthropic.
La victoire reste toutefois partielle : une seconde procédure distincte, devant un tribunal de Washington, maintient pour l’instant l’exclusion d’Anthropic des contrats du ministère de la Défense. Un dossier encore en délibéré. Le gouvernement peut aussi porter la décision de jeudi en appel.
Pourquoi ça vous concerne : que vous utilisiez Claude ou non, cette affaire pose une question qui dépasse une seule entreprise, jusqu’où un gouvernement peut-il forcer une entreprise d’IA à retirer ses propres limites éthiques ? La réponse, encore en train de s’écrire devant les tribunaux américains, aura une influence directe sur les règles que suivront (ou non) les IA que vous utilisez chaque jour.



