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Dans Charlevoix, un candidat péquiste embarrasse son parti en vantant le troisième lien des conservateurs

François Gariépy n’a pas renié ses propos favorables au projet de troisième lien traversant l’île d’Orléans, une position en porte-à-faux avec celle du Parti québécois, qui expose les tensions entourant sa candidature dans Charlevoix–Côte-de-Beaupré

Charlevoix–Côte-de-Beaupré, Québec. Le calcul stratégique semblait limpide au moment de sa conception. Devant la percée du Parti conservateur du Québec dans la grande région de la Capitale-Nationale, le Parti québécois a choisi de présenter, dans la circonscription de Charlevoix–Côte-de-Beaupré, un candidat au profil capable de parler à cet électorat, François Gariépy, ancien animateur de la populaire station radiophonique CHOI Radio X, connue pour son ton frondeur et son positionnement nettement à droite. Sept semaines avant le déclenchement officiel de la campagne électorale, le 27 août, ce choix s’est retourné contre le parti qui l’a fait.

Le 7 juillet, alors qu’il animait encore une émission sur cette même station, M. Gariépy avait qualifié de proposition probablement « la plus intelligente » avancée dans ce dossier le projet de troisième lien autoroutier porté par le chef conservateur Éric Duhaime. Ce pont doit relier l’île d’Orléans à la Rive-Sud, avec une circulation de transit vers la ville de Québec. Il avait même suggéré d’accoler la structure aux pylônes électriques déjà présents sur l’île, un procédé selon lui déjà éprouvé ailleurs dans le monde. Ces propos, réapparus dans l’actualité alors que la campagne bat son plein, sont devenus un boulet politique dont le candidat a dû s’expliquer à plusieurs reprises.

Une position qu’il n’a pas complètement reniée, mais qu’il a nuancée

Confronté à la contradiction entre ses déclarations passées et la position officielle du Parti québécois, qui rejette l’idée d’un troisième lien routier, François Gariépy n’a pas choisi la voie du reniement pur et simple. Interrogé sur les ondes de Noovo Info, il a affirmé qu’il lui était impossible de retirer ses propos et s’est dit « fondamentalement en faveur » d’une discussion sur la création d’une telle infrastructure, tout en insistant qu’il ne s’était pas lancé en politique spécifiquement pour ce dossier.

Sa position a toutefois évolué depuis. Le 25 août, en entrevue à FM93, M. Gariépy a affirmé que ses idées étaient compatibles à 85 % avec celles du Parti québécois et s’est dit désormais « à l’aise » avec l’opposition de son parti au troisième lien routier. Il ne s’agit donc pas d’un appui maintenu sans réserve, mais d’une tentative du candidat de concilier ses déclarations antérieures avec la ligne officielle du PQ. Il n’a toutefois jamais renié ce qu’il avait dit le 7 juillet.

Le chef conservateur Éric Duhaime, de son côté, a vu dans cet épisode une occasion de souligner qu’un candidat péquiste reconnaissait, du bout des lèvres, le bien-fondé de ses idées.

Un dossier local aux racines profondes

Le troisième lien n’est pas un enjeu abstrait dans cette partie du Québec. Le projet, qui prévoit de faire transiter la circulation interrives par l’île d’Orléans, suscite une opposition chez certains résidents et acteurs de l’île, où des camionneurs ont mis en doute la capacité du réseau routier local à absorber une circulation lourde accrue. L’Union des producteurs agricoles s’inquiète pour sa part d’une pression spéculative sur les terres cultivables de l’île, une région reconnue pour son agriculture patrimoniale. C’est donc un terrain semé d’embûches que M. Gariépy a choisi d’occuper en évoquant favorablement une proposition que plusieurs acteurs locaux jugent mal calibrée pour leur territoire.

Le prix politique d’une candidature contestée

La controverse dépasse le seul enjeu du troisième lien pour toucher à la nature même de la candidature péquiste dans cette circonscription. L’ex-maire de Saint-Siméon et ex-préfet de la MRC de Charlevoix-Est, Sylvain Tremblay, a affirmé publiquement qu’il ne voterait pas pour le Parti québécois pour la première fois de sa vie en raison de cette candidature. Il a critiqué non seulement les propos tenus par M. Gariépy à Radio X, mais son association plus large à une ligne de valeurs de droite populiste qu’il juge étrangère aux traditions politiques de sa région. « S’ils avaient annoncé ce candidat-là pour Éric Duhaime, personne n’aurait été étonné », a-t-il notamment fait valoir.

Cette réaction n’est pas isolée. Des militants péquistes de longue date de la circonscription ont par ailleurs signé une lettre de contestation adressée aux instances du parti et lancé une pétition dénonçant à la fois le choix du candidat et l’absence de processus d’investiture locale en amont de la décision.

D’autres observateurs locaux voient dans cet épisode un signal plus large sur l’évolution de la circonscription. Le recours à un candidat au profil radiophonique, pensé notamment pour élargir l’attrait du PQ auprès d’un électorat plus à droite dans l’ouest du comté, illustrerait selon eux un affaiblissement de l’ancrage péquiste dans une région qui a longtemps constitué un territoire favorable au parti.

Une candidature qui teste les limites du recrutement stratégique

L’épisode illustre un risque inhérent à toute stratégie de recrutement fondée sur la notoriété plutôt que sur l’adhésion programmatique complète. En misant sur la capacité de François Gariépy à récupérer un électorat tenté par le vote conservateur, le Parti québécois a également importé, dans ses propres rangs, une divergence de fond sur un enjeu que son chef, Paul St-Pierre Plamondon, considère comme réglé, même si le candidat affirme aujourd’hui être à l’aise avec la ligne du parti. M. Gariépy tentera, le 5 octobre, de déloger la ministre caquiste sortante Kariane Bourassa, elle-même ancienne journaliste de télévision. Reste à voir si, dans une circonscription où le troisième lien demeure un enjeu particulièrement sensible, la tentative de conciliation du candidat péquiste suffira à convaincre les électeurs hésitants, ou si elle les poussera plutôt à se tourner directement vers le Parti conservateur du Québec.

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