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Le dernier rapport d’Andrée Cossette : un constat sévère, et une question sur la suite

Après trois ans à la tête du Bureau du vérificateur général de Montréal, Andrée Cossette a déposé le 24 août son dernier rapport annuel avant son départ. Le contenu du document ne laisse planer aucun doute : plusieurs chantiers fondamentaux de la Ville restent, à ce jour, mal gérés.

Le rapport annuel 2025 du Bureau du vérificateur général, déposé le 24 août au conseil municipal, présente les résultats de huit audits de performance et de conformité, huit rapports d’audit financier, deux redditions de comptes, un test d’intrusion logique et le suivi de 161 recommandations formulées par le passé. Mme Cossette a profité de ce dépôt pour annoncer qu’elle quittait ses fonctions après plus de quinze années passées comme vérificatrice générale dans des villes de cent mille habitants et plus, dont trois années à Montréal, précisant vouloir désormais se consacrer à de nouvelles priorités personnelles.

Le rapport s’attarde d’abord à la gestion de la sécurité civile, un domaine où l’improvisation coûte particulièrement cher en cas de crise.

Le Bureau du vérificateur général conclut que Montréal ne dispose pas actuellement d’un cadre de gestion suffisamment structuré pour assurer une gestion optimale de sa sécurité civile. L’audit relève des lacunes sur les plans stratégique, organisationnel et opérationnel, qui limitent la capacité de la Ville à adopter une approche pleinement proactive pour protéger la population et les infrastructures. Pour une métropole confrontée à une fréquence et à une intensité croissantes des événements météorologiques extrêmes, ce constat mérite une attention immédiate plutôt qu’un simple accusé de réception poli.

Le même rapport révèle également que des élus municipaux se sont fait rembourser des frais de stationnement déjà couverts par leur allocation de fonction, pour un total de 157 400 $ depuis 2022. Le vérificateur général note que cette pratique a pris fin le 17 novembre 2025, à la suite d’une note entérinée par la direction générale. Il aura toutefois fallu que l’audit la débusque pour qu’elle cesse.

Ce rapport s’ajoute à une liste déjà longue de constats similaires, formulés par la même vérificatrice au fil de son mandat, même si les sujets diffèrent d’une année à l’autre.

Ce journal a déjà souligné, il y a quelques jours à peine, les conclusions du même rapport concernant la gestion des matières résiduelles, où le taux de valorisation des déchets a reculé plutôt que progresser entre 2020 et 2024. Un des constats les plus sévères formulés par Mme Cossette pendant son mandat concerne d’ailleurs l’entretien des routes montréalaises : dans son rapport annuel 2024, déposé un an plus tôt, elle dénonçait une gestion cloisonnée et l’absence d’un système de gestion des actifs suffisamment robuste pour garantir un entretien approprié du réseau routier. Selon ses constats de l’époque, le problème tenait moins à l’insuffisance des budgets qu’aux mécanismes de planification et de coordination. En 2023, son tout premier rapport à Montréal dénonçait des lacunes de gouvernance et de cadre de gestion à l’Office de consultation publique, ainsi qu’un rythme d’inspection des habitations à loyer modique largement inférieur aux cibles fixées. Trois rapports annuels successifs ont ainsi fait ressortir, dans des secteurs différents, des faiblesses de gouvernance, de planification, de contrôle et de reddition de comptes.

Ce que le départ de Mme Cossette pose comme véritable question à Montréal.

La réaction habituelle de l’administration municipale, comme ce journal l’a déjà noté dans le cas de Terrebonne, consiste à remercier chaleureusement la vérificatrice pour son travail et à prendre acte de ses conclusions. La question est d’autant plus importante que le suivi des recommandations montre que 60 % seulement des 161 plans d’action arrivés à échéance en 2025 avaient été mis en œuvre, une légère baisse par rapport aux 62 % de 2024. Près de la moitié de ceux qui l’ont été l’ont d’ailleurs été en retard. Le vrai test, cette fois, sera de voir si les constats répétés année après année survivront au changement de vérificatrice générale, ou si le prochain titulaire du poste devra reformuler dans trois ans les mêmes recommandations à une administration qui aura eu le temps de les oublier entre-temps. Un rapport de départ aussi sévère mérite mieux qu’un simple mot de remerciement protocolaire à son autrice.

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