Christine Fréchette s’engage à réviser le Code de construction et à réduire les délais de permis pour stimuler la construction résidentielle, une promesse qui contredit directement une réforme réglementaire pilotée par son propre gouvernement il y a moins d’un an
Après huit années passées à la tête de l’État québécois, années durant lesquelles la crise du logement a rarement quitté les manchettes, la Coalition avenir Québec choisit, au neuvième jour de la campagne électorale, de s’attaquer à un aspect précis du problème: la lourdeur réglementaire qui, selon elle, ralentit la mise en chantier de nouveaux logements. En conférence de presse à Saint-Eustache, Christine Fréchette a promis que son parti, réélu pour un troisième mandat, réviserait les normes de sécurité applicables à la construction résidentielle et éliminerait les exigences jugées inutiles, redondantes ou dépassées.
Le plan caquiste comporte plusieurs volets concrets. Le gouvernement s’engage à soustraire de la loi R-20, qui encadre l’industrie de la construction, les travaux de rénovation légère effectués dans les immeubles résidentiels de moins de huit logements, comme la réfection d’une cuisine ou d’une salle de bain. Il promet également de réduire de moitié certains délais administratifs et de mettre fin à la pratique voulant que les promoteurs immobiliers doivent déposer les mêmes documents à la fois auprès de Québec et des municipalités, une double démarche jugée coûteuse en temps et en argent. Selon des propos rapportés par La Presse en marge de l’annonce, l’ensemble de cette révision du Code de construction devrait se conclure dans un délai de dix-huit mois, en consultation avec les acteurs de l’industrie, tout en maintenant, assure la CAQ, les exigences de qualification et de sécurité des travailleurs.
Une promesse qui s’oppose à la propre feuille de route du gouvernement
Ce qui donne à cette annonce une résonance particulière, c’est qu’elle survient à peine quelques mois après que l’appareil gouvernemental caquiste lui même s’est engagé dans la direction inverse. La Régie du bâtiment du Québec avait annoncé, dix huit mois plus tôt, une révision du Code de construction dont l’ampleur a pris de court une bonne partie de l’industrie du logement au moment de son entrée en vigueur, au printemps dernier. Organismes à but non lucratif et promoteurs privés avaient alors dénoncé d’une même voix des exigences nouvelles jugées susceptibles de renchérir encore davantage le coût de l’habitation, au moment même où le gouvernement s’inquiétait publiquement de la montée de l’itinérance.
La gestion de ce dossier avait alors donné lieu à un exercice de pelletage politique peu flatteur pour la cohérence gouvernementale: interrogée en mai 2026 sur la possibilité de reporter l’entrée en vigueur des nouvelles normes, Christine Fréchette avait renvoyé la question à sa ministre de l’Habitation, Karine Boivin Roy, qui l’avait à son tour redirigée vers le ministre du Travail, Jean Boulet, sans qu’aucune décision claire n’émerge sur-le-champ. Ce dernier a finalement annoncé, à la fin du mois de mai, un report d’un an de l’entrée en vigueur de plusieurs des nouvelles dispositions contestées. Quelques semaines plus tard, le nouveau ministre des Affaires municipales, Samuel Poulin, annonçait de son côté des états généraux sur la flambée du coût des chantiers d’infrastructures, en insistant lui aussi sur la nécessité de réduire le fardeau réglementaire. La promesse électorale dévoilée à Saint-Eustache s’inscrit donc, en réalité, dans un mouvement de correction que le gouvernement caquiste avait déjà entamé avant même le déclenchement de la campagne, sans jamais avoir pleinement résolu la contradiction entre ses deux réflexes réglementaires opposés.
Un contraste assumé avec les mesures de contrôle des prix
Sur le fond, cette stratégie de l’offre distingue nettement la Coalition avenir Québec de Québec solidaire, qui a fait du contrôle direct des loyers l’une de ses cinq mesures prioritaires, une proposition qui recueille l’appui de 74 % des répondants selon un sondage Léger publié à la fin du mois d’août. La CAQ, à l’instar du Parti libéral de Charles Milliard, refuse d’intervenir sur le prix des logements par un mécanisme de plafonnement, misant plutôt sur l’augmentation de l’offre pour, à terme, faire pression à la baisse sur les loyers et les prix d’achat. Ce choix stratégique expose le parti à une critique symétrique à celle qu’il adresse lui même à ses adversaires progressistes: celle de miser sur une solution dont les effets, à supposer qu’elle fonctionne, ne se feront sentir que sur plusieurs années, alors que la pression sur le pouvoir d’achat des locataires se fait sentir immédiatement.
Le poids d’un bilan difficile à retourner en atout
La difficulté centrale de cette promesse tient moins à son contenu technique, salué par une partie de l’industrie de la construction, qu’au contexte politique dans lequel elle est reçue. Les mises en chantier au Québec avaient atteint un sommet de près de soixante huit mille unités en 2021, avant de chuter sous la barre des quarante mille en 2023, de remonter à environ quarante-neuf mille en 2024, puis à près de soixante mille en 2025. Une trajectoire en dents de scie survenue entièrement sous la gouverne caquiste. Convaincre l’électorat qu’un gouvernement en poste depuis huit ans mérite un troisième mandat pour finalement s’attaquer à des obstacles bureaucratiques qu’il a lui même laissés s’accumuler, voire alourdis récemment par sa propre régie du bâtiment, représente un exercice de communication politique délicat.
Reste que la promesse rejoint, sur le principe général d’une déréglementation ciblée, des orientations similaires avancées par le Parti libéral, qui promet lui aussi des délais maximaux pour accélérer la mise en chantier, ainsi que par le Parti conservateur, ce qui suggère un relatif consensus entre les partis non solidaires sur le diagnostic voulant que l’appareil réglementaire québécois freine, davantage qu’il ne protège, la production de logements neufs. Reste à voir si cette convergence de façade suffira à convaincre un électorat locataire de plus en plus tenté par des solutions plus interventionnistes, dans les dernières semaines qui séparent le Québec du scrutin du 5 octobre.



