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Paul St-Pierre Plamondon promet un gel salarial pour les élus, puis se fait attaquer sur le mot « référendum »

Le chef péquiste s’engage à geler le salaire des députés, des ministres et des dirigeants d’État jusqu’au retour à l’équilibre budgétaire, une promesse d’« exemplarité » aussitôt éclipsée par l’accusation caquiste voulant qu’il évite le mot référendum

A Québec, Paul St-Pierre Plamondon a choisi de placer la rigueur au sommet de son message, en s’attaquant à un symbole précis: la rémunération de la classe politique elle-même. En conférence de presse samedi, le chef péquiste a promis que, s’il formait le prochain gouvernement, il gèlerait le salaire des députés, des ministres et des dirigeants des sociétés d’État jusqu’au retour à l’équilibre budgétaire, une échéance que son parti situe à l’exercice 2028-2029.

Le chef péquiste a pris soin de rappeler un chiffre qu’il juge éloquent: le salaire annuel d’un député est passé de cent mille dollars en 2023 à cent quarante-six mille dollars aujourd’hui, une hausse survenue alors même que l’État négociait, dans le même temps, des conventions collectives que le PQ juge nettement moins généreuses avec les employés du secteur public. « Les Québécois ont été choqués de voir les députés (…) s’auto-octroyer une hausse de salaire » en pleine négociation avec des travailleurs à qui l’on promettait moins, a-t-il fait valoir, y voyant « un conflit d’intérêts injustifiable » et cherchant à établir un parallèle entre la rigueur qu’il souhaite imposer aux élus et celle qu’il propose, par ailleurs, pour l’ensemble de l’appareil d’État. Il a par ailleurs rappelé que les élus péquistes, qui avaient voté contre cette hausse, avaient reversé leur part à des organismes communautaires, pour un total de 194 000 $. Il a toutefois admis que les futurs députés du PQ n’auraient pas cette obligation et pourraient donc toucher l’augmentation.

Le spectre de SAAQclic derrière la promesse

Cette promesse d’exemplarité ne se limite pas au seul gel salarial. M. St-Pierre Plamondon a profité de l’occasion pour évoquer un dossier resté vivace dans la mémoire politique québécoise: le fiasco informatique de SAAQclic, ce système de guichet unique de la Société de l’assurance automobile du Québec dont les dépassements de coûts avaient suscité une vive controverse. Le chef péquiste a reproché à la Coalition avenir Québec de s’être contentée, selon ses mots, de « tabletter » et de déplacer les fonctionnaires associés à ce dossier vers d’autres fonctions, tout en leur laissant une rémunération qu’il a qualifiée de « juteuse ». Un gouvernement péquiste, a-t-il promis, mettrait fin à ce qu’il a appelé « l’impunité et la déresponsabilisation », en renforçant la capacité de l’État à congédier les dirigeants publics responsables d’une mauvaise gestion grave. Cette mesure serait incluse dans un projet de loi sur l’exemplarité et l’imputabilité des hauts fonctionnaires, déposé dans les cent premiers jours d’un éventuel mandat péquiste. Le parti promet également de resserrer les critères de sélection pour les postes aux conseils d’administration des agences et organismes publics ou parapublics, un ajout qui complète cette architecture de reddition de comptes présentée comme une rupture avec les pratiques du gouvernement sortant.

Un mot absent qui devient l’attaque du jour

Cette annonce, pourtant construite avec soin autour du thème de la rigueur administrative, s’est rapidement retrouvée reléguée au second plan par une tout autre controverse, de nature strictement sémantique. Christine Fréchette a accusé, le même jour, son adversaire péquiste d’éviter le mot « référendum » afin de paraître, selon son expression, « plus soft » aux yeux de l’électorat. La cheffe caquiste a fait valoir que M. St-Pierre Plamondon avait réuni ses militants la veille, lors du lancement officiel de sa campagne à Québec, sans jamais prononcer ce mot, préférant lui substituer l’expression de « consultation populaire » sur l’avenir du Québec. « S’il y en a un qui veut cacher quelque chose, c’est bien M. St-Pierre Plamondon », a-t-elle laissé tomber, tout en reconnaissant que le référendum fait clairement partie du programme du PQ.

Sur le strict plan lexical, l’accusation de Mme Fréchette tient: lors de son discours de lancement, le chef péquiste a effectivement abordé la question de l’indépendance vers la fin de son allocution, en évoquant sa promesse de tenir une consultation populaire, sans jamais employer explicitement le terme référendum devant la foule du Centre Vidéotron. Interpellé le lendemain, M. St-Pierre Plamondon s’est défendu d’avoir voulu cacher quoi que ce soit, affirmant utiliser les deux termes de manière interchangeable depuis plusieurs années: « Je l’ai prononcé des fois, j’utilise consultation populaire, référendum (…) je pense qu’il faut respecter l’intelligence des gens et qu’ils comprennent ce que ça veut dire. » Le chef péquiste a par ailleurs réaffirmé sa position sur le fond, promettant de « tenir parole » quant à la tenue d’un troisième référendum sur la souveraineté, un engagement qu’il maintient pour après le départ de Donald Trump de l’administration américaine.

Une bataille de perception plus que de substance

Cet épisode illustre une dynamique récurrente de la campagne électorale: la difficulté, pour le Parti québécois, de gérer simultanément deux registres de communication qui semblent en tension. D’un côté, le parti cherche à convaincre l’électorat de sa compétence en matière de gestion de l’État, à travers des engagements concrets comme le gel salarial et le renforcement de l’imputabilité des hauts fonctionnaires. De l’autre, il doit composer avec la surveillance de ses adversaires sur la question référendaire, un sujet que M. St-Pierre Plamondon aborde différemment selon les tribunes, sans en faire l’élément dominant de sa communication quotidienne. Cet équilibre est précisément ce que Christine Fréchette cherche à mettre en cause.

L’attaque caquiste dépasse la simple sémantique. En insistant sur l’idée que le chef péquiste chercherait à dissimuler ses intentions constitutionnelles, Mme Fréchette vise à présenter le projet péquiste comme moins transparent qu’il ne le prétend, un angle distinct de celui, plus substantiel, qu’elle avait précédemment utilisé pour dénoncer l’incertitude économique qu’un référendum, même reporté à 2029 ou 2030, ferait peser sur le Québec. Elle-même issue d’un cabinet péquiste en 2012-2014, Mme Fréchette a par ailleurs pris soin de préciser qu’elle n’enlevait rien à la « validité du processus référendaire », mais qu’il s’agissait, selon elle, du pire moment pour en tenir un.

Deux registres, une même journée de campagne

Au terme de cette dixième journée de campagne, ce sont donc deux récits distincts qui ont circulé simultanément dans la couverture médiatique: celui d’un chef péquiste voulant se présenter en gestionnaire rigoureux, prêt à s’imposer à lui-même et à ses pairs des contraintes salariales le temps de rétablir l’équilibre budgétaire, et celui d’un chef accusé d’atténuer son vocabulaire sur la question de la souveraineté, au cœur de l’identité historique du Parti québécois. Reste à voir laquelle de ces deux lectures dominera, dans l’esprit des électeurs, à l’approche du scrutin du 5 octobre: celle de la compétence administrative promise, ou celle du soupçon d’un discours calibré pour ménager les susceptibilités de l’électorat.

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