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Éric Duhaime relance un vieux combat en accusant Christine Fréchette d’un féminisme « dépassé »

Le chef conservateur, dont l’hostilité déclarée envers le mouvement féministe précède de plusieurs années son entrée en politique, réplique à une critique caquiste sur son allocation de 100 dollars par semaine aux parents en affirmant que le Québec est déjà l’une des sociétés les plus égalitaires au monde

La dispute a éclaté en marge d’un événement qui n’avait rien de politique en apparence. C’est au Festival du bœuf d’Inverness, dans la circonscription d’Arthabaska-L’Érable où il est candidat, qu’Éric Duhaime a répliqué avec vigueur aux critiques que lui adressait, depuis quelques jours, la première ministre sortante Christine Fréchette. Celle-ci reprochait au chef conservateur sa proposition d’offrir un chèque hebdomadaire de cent dollars par enfant aux familles qui choisissent de garder leurs bambins à la maison plutôt que de les inscrire dans le réseau des centres de la petite enfance, une mesure évaluée à 1,4 milliard de dollars sur cinq ans et assortie de conditions d’admissibilité, notamment celle d’être domicilié au Québec et de compter au moins un parent travaillant 35 heures par semaine.

Mme Fréchette avait qualifié cette proposition d’attaque contre l’autonomie des femmes, un jugement qui a visiblement piqué au vif le chef conservateur. « Je trouve que son féminisme est très dépassé. J’ai l’impression qu’elle parle comme si on était en 1980 ou en 1970 », a-t-il rétorqué, ajoutant que le Québec avait la chance de vivre dans l’une des sociétés les plus égalitaires au monde, une société où lui-même, en tant qu’homme gai, pouvait aspirer à devenir premier ministre, et où les femmes disposeraient, selon lui, de toutes les possibilités.

Un procès d’intention qui n’est pas né de cette campagne

Cette sortie ne constitue pas un dérapage isolé dans la trajectoire politique d’Éric Duhaime. Bien avant son entrée en politique active, alors qu’il animait une émission de radio reconnue pour son ton polémiste, il défendait déjà l’idée que la cause des femmes constituait une affaire réglée, reléguant les revendications féministes au rang de ce qu’il appelait une « vieille cassette des années 70 ». Devenu chef du Parti conservateur du Québec en 2021, il avait rapidement précisé que son parti ne chercherait pas à atteindre la parité hommes-femmes dans ses candidatures, qualifiant cet objectif de simple « parure » et rejetant l’idée de choisir des candidates uniquement pour leur genre. Ce fil conducteur, constant depuis plus d’une décennie, donne à sa déclaration d’Inverness un poids qui dépasse la seule polémique ponctuelle : il s’agit, pour le chef conservateur, de l’expression cohérente d’une position idéologique assumée de longue date plutôt que d’une réaction improvisée à une attaque électorale.

Le réseau des CPE, champ de bataille symbolique

Le litige de fond qui a déclenché cet échange touche à l’avenir du réseau des centres de la petite enfance, une création de la politique familiale dévoilée le 23 janvier 1997 par la ministre de l’Éducation et de la Famille de l’époque, Pauline Marois, au sein du gouvernement péquiste de Lucien Bouchard — un réseau que Christine Fréchette qualifie aujourd’hui de « joyau » de la société québécoise. En visite dans un CPE de Lorraine le jour même de la controverse, la première ministre sortante a défendu ce modèle comme un outil ayant permis aux femmes de s’intégrer au marché du travail dans une proportion inégalée ailleurs au Canada, un gain qu’elle juge menacé par la proposition conservatrice. Éric Duhaime, de son côté, qualifie depuis longtemps ce même réseau de modèle « soviétique » et « paternaliste », lui préférant une logique de liberté de choix qui laisserait aux parents, plutôt qu’à l’État, la décision d’opter pour la garderie subventionnée ou pour la garde à domicile, un choix dont il rappelle qu’il concerne actuellement plus de 30 000 enfants toujours en attente d’une place dans le réseau subventionné.

Une charge reprise par toute l’opposition

La réplique du chef conservateur n’est pas restée sans écho chez les autres formations politiques. Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire, a réagi avec une sévérité particulière, rappelant un chiffre qu’elle juge incompatible avec l’idée d’une égalité déjà atteinte : « il y a 14 femmes qui ont été tuées en contexte de violence conjugale parce qu’elles sont des femmes » au Québec depuis le début de l’année 2026, a-t-elle déclaré, opposant directement ce constat à l’affirmation du chef conservateur selon laquelle le Québec formerait déjà une société pleinement égalitaire. Christine Fréchette elle-même avait, quelques jours plus tôt, résumé sa perception de la position conservatrice en une formule cinglante : l’autonomie individuelle que défend Éric Duhaime, selon elle, « s’arrête aux femmes », une pointe visant directement la contradiction perçue entre son discours libertarien sur les libertés individuelles et sa réticence à financer les organismes voués à l’amélioration des conditions de vie des femmes.

Un débat qui structure une fracture plus large de la campagne

Cet épisode illustre une ligne de fracture qui traverse l’ensemble de la campagne électorale québécoise, au-delà du seul débat sur les CPE. D’un côté, une partie de l’échiquier politique, incarnée ici par le Parti conservateur, défend une vision selon laquelle l’égalité entre les sexes serait un objectif largement atteint, rendant caduques certaines revendications féministes contemporaines. De l’autre, la majorité des formations politiques continuent de considérer que des inégalités structurelles persistent, qu’il s’agisse de l’accès aux services de garde, de la violence conjugale ou de la répartition du travail domestique. Cette fracture, loin de se limiter à une joute entre deux chefs au Festival du bœuf d’Inverness, reflète un clivage de société que la campagne électorale n’a fait que rendre, une fois de plus, publiquement visible.

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