La cheffe caquiste promet de supprimer 2900 postes de fonctionnaires d’ici 2029 grâce à un programme de retraite anticipée inspiré du principe de la « Liberté 55 », tout en ouvrant la porte à une mise en concurrence de certains services publics avec le secteur privé
L’image choisie par Christine Fréchette pour se présenter n’était pas anodine. Après le Parti conservateur du Québec et le Parti québécois, qui avaient chacun dévoilé, au cours des jours précédents, leur propre plan pour réduire la taille de l’État, la cheffe de la Coalition avenir Québec a présenté le sien mercredi à Québec, en insistant sur l’instrument qu’elle entendait utiliser : « le scalpel », a-t-elle dit, plutôt que la « tronçonneuse » brandie selon elle par Éric Duhaime, qui promet pour sa part de supprimer vingt mille postes dans la fonction publique.
Le plan caquiste repose sur la création d’un programme volontaire de départs hâtifs à la retraite, offert aux employés de l’État âgés de cinquante cinq ans et plus, une mesure que Mme Fréchette compare elle même au principe populaire de la « Liberté 55 ». Concrètement, l’État verserait à Retraite Québec la compensation nécessaire pour réduire la pénalité actuarielle qui s’appliquerait normalement à une retraite anticipée, à condition que le poste laissé vacant soit définitivement aboli. Le gouvernement caquiste évalue que ce mécanisme permettrait d’éliminer l’équivalent de deux mille neuf cents postes à temps complet d’ici le 31 mars 2029, pour une économie nette d’un peu plus de cinq cents millions de dollars sur cinq ans, soit environ deux cent soixante millions de dollars par année à compter de l’exercice 2029-2030.
Un aveu implicite sur l’héritage de François Legault
Cette annonce comporte une dimension politique qui dépasse le seul enjeu budgétaire. En reconnaissant que l’État québécois s’est alourdi au fil des années et que les exigences administratives se sont multipliées, la Coalition avenir Québec sous la direction de Christine Fréchette admet, sans le nommer explicitement, un legs encombrant de l’ère François Legault, durant laquelle l’appareil gouvernemental a grossi de plus de dix mille fonctionnaires pour atteindre un total d’environ quatre vingt mille équivalents temps complet, en plus de la création de nouvelles structures administratives. Cette promesse électorale s’ajoute d’ailleurs à des compressions déjà entamées avant même le déclenchement de la campagne : le gouvernement a supprimé cinq mille équivalents temps complet au cours des derniers mois et maintient une réduction additionnelle de trois mille postes prévue d’ici 2030 par la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau. En additionnant ces trois volets, un gouvernement caquiste réélu réduirait au total la fonction publique d’environ onze mille équivalents temps complet, un chiffre qui ramènerait approximativement les effectifs de l’État à leur niveau d’avant l’expansion amorcée sous François Legault.
Le privé en concurrence avec l’État
Le plan présenté par Christine Fréchette ne se limite pas à la seule réduction des effectifs. Il ouvre également la porte à une mise en concurrence directe entre certains services publics et des fournisseurs privés, une orientation que la cheffe caquiste a illustrée par des exemples précis : la gestion du courrier interne du gouvernement, l’entretien des édifices publics et la maintenance de la flotte de véhicules gouvernementaux pourraient être confiés au secteur privé, dans la mesure où ces activités ne soulèvent, selon ses mots, ni enjeu de confidentialité des données ni enjeu jugé stratégique pour l’État. Cette ouverture, qui exclut expressément les réseaux de la santé, de l’éducation et de l’enseignement supérieur du programme de départs anticipés, s’inscrit dans une logique de gestion plus large que la première ministre sortante défend également dans le dossier de la santé, où elle a promis de permettre aux médecins de pratiquer simultanément dans les secteurs public et privé, une rupture avec l’approche défendue par Christian Dubé lorsqu’il était ministre de la Santé.
Trois partis, trois versions d’un même diagnostic
Ce qui frappe dans la séquence des trois annonces sur l’efficacité de l’État, présentées coup sur coup par le PCQ, le PQ et la CAQ au cours de la même semaine de campagne, c’est la convergence du diagnostic de départ, jumelée à une divergence marquée sur l’ampleur du remède. Là où Éric Duhaime promet une réduction radicale de vingt mille postes, jugée par la cheffe caquiste elle même disproportionnée au point d’être qualifiée de coup de tronçonneuse, le Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon a pour sa part choisi de devancer l’échéance du retour à l’équilibre budgétaire plutôt que de cibler un nombre précis de suppressions de postes. La Coalition avenir Québec, en misant sur un mécanisme volontaire et progressif plutôt que sur des mises à pied, cherche visiblement à se positionner comme une voie du juste milieu entre l’austérité conservatrice et l’approche budgétaire péquiste.
Une réouverture assumée du dossier gazier
L’annonce de Québec a également été l’occasion, pour Christine Fréchette, de réitérer une position qu’elle défend depuis le printemps : son ouverture à un éventuel retour de l’exploitation gazière au Québec, un dossier relancé quelques jours plus tôt par Éric Duhaime lui même à propos du gisement de l’Utica. Cette réitération, faite dans la foulée d’une annonce portant sur l’efficacité administrative de l’État, illustre la manière dont la cheffe caquiste tente d’occuper simultanément plusieurs terrains, celui de la rigueur budgétaire et celui de l’autonomie énergétique, sans nécessairement clarifier, sur ce dernier point, l’échéancier ou les modalités précises d’une telle relance.
Une promesse aux effets concrets encore diffus pour les citoyens
Reste que l’ampleur réelle des économies annoncées, un peu plus de cinq cents millions de dollars sur cinq ans, demeure modeste au regard des dizaines de milliards de dollars de promesses déjà formulées par l’ensemble des partis depuis le début de cette campagne. La mesure vise davantage à démontrer une volonté de gestion rigoureuse et de rupture symbolique avec l’ère de croissance de l’État sous François Legault qu’à financer, à elle seule, des engagements électoraux d’envergure. Reste à voir si cette approche graduelle et volontaire, présentée comme responsable par son architecte, suffira à convaincre un électorat exposé, depuis le début de la campagne, à des propositions nettement plus tranchées de la part des autres formations politiques en lice pour le scrutin du 5 octobre.



