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Quartier chinois : une brigade de propreté, et un vrai plan de développement qui commence seulement maintenant

Cinq ans après avoir promis de revitaliser le Quartier chinois, Ville-Marie annonce cette semaine… le début des travaux pour élaborer un véritable plan de développement. Le calendrier en dit long.

L’arrondissement de Ville-Marie a annoncé lundi le déploiement d’une brigade de propreté supplémentaire dédiée au Quartier chinois, ainsi que le lancement des travaux menant à l’élaboration d’un Plan de développement urbain, économique et social (PDUÉS) pour revitaliser le secteur. « Aujourd’hui, nous passons de la parole aux actes », a résumé le président du comité exécutif, Claude Pinard, en présentant cette démarche comme le moyen de définir collectivement les prochaines étapes de l’avenir du quartier.

« Passer de la parole aux actes » — un an et demi avant l’échéance du plan précédent.

Cette formule mérite qu’on s’y attarde, parce qu’elle sous-entend implicitement que les cinq dernières années n’y étaient pas encore arrivées. Le Plan d’action 2021-2026 pour le développement du Quartier chinois, doté à l’époque d’un financement de deux millions de dollars et présenté en grande pompe par l’ancienne administration, arrive justement à échéance cette année. Or c’est précisément maintenant, alors que ce plan quinquennal se termine, que l’arrondissement lance le travail préalable à un « vrai » plan de développement urbain, économique et social. Autrement dit : après cinq ans et deux millions de dollars, le Quartier chinois n’avait toujours pas de plan de développement en bonne et due forme — il en avait un plan d’action, ce qui n’est pas la même chose.

La communauté elle-même avait déjà fait ce constat, avant même que l’arrondissement ne l’admette.

Une porte-parole de la Fondation JIA, organisme communautaire né dans la foulée du plan de 2021, a résumé la nuance avec justesse dans un reportage publié en mai dernier : le plan d’action avait surtout servi à cerner les besoins de la communauté et à dresser un état des lieux démographique et urbain, mais ce n’était pas, en soi, un plan de développement. Deux mois plus tard, l’arrondissement confirme essentiellement ce diagnostic en lançant maintenant les démarches vers un véritable PDUÉS. Il aura fallu qu’un organisme communautaire nomme publiquement les limites du plan pour que l’administration reconnaisse, dans les faits, la même chose.

Ce qui a fonctionné, à mettre au crédit de l’arrondissement : la protection patrimoniale, elle, est bien réelle.

Il serait injuste de réduire ce dossier à un simple échec. Le volet patrimonial a livré des résultats concrets et vérifiables : Québec a classé le cœur du quartier et deux bâtiments emblématiques en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel, et la Ville a désigné le secteur comme son tout premier lieu historique officiel, tout en resserrant les règles d’urbanisme pour limiter les hauteurs et la densité de construction. Sur le front de la préservation contre la pression immobilière, l’administration a livré ce qu’elle avait promis.

Mais protéger un patrimoine bâti n’équivaut pas à faire vivre un quartier.

C’est précisément l’écart que l’annonce de cette semaine tente de combler : une brigade de propreté est une réponse à un problème immédiat et visible — la qualité de l’espace public — mais elle ne remplace pas une vision économique et sociale à long terme, celle-là même que le quartier attend depuis 2021. Ajouter des équipes de nettoyage sans stratégie de développement commercial ou de rétention communautaire risque de traiter les symptômes d’un déclin plutôt que ses causes.

Ce que Ville-Marie doit clarifier avant la fin de l’année.

L’arrondissement doit maintenant préciser un échéancier ferme pour ce nouveau PDUÉS — et éviter de reproduire le flou du plan précédent, qui a fini par ressembler davantage à un diagnostic communautaire qu’à une feuille de route de développement. Le Quartier chinois de Montréal, seul quartier chinois historique francophone en Amérique du Nord, mérite mieux qu’un deuxième cycle de cinq ans qui se conclurait, en 2031, par le même constat poli : de bonnes intentions, un patrimoine protégé, mais toujours pas de plan de développement véritablement achevé.

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