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3,3 % de croissance et des surtaxes en vigueur : le paradoxe économique qui va définir la campagne

Ce vendredi matin, Statistique Canada a publié les données du PIB réel pour le deuxième trimestre de 2026. Le chiffre est saisissant : le produit intérieur brut réel a progressé de 3,3 % en rythme annualisé au deuxième trimestre, soit la croissance la plus forte en plus de trois ans et un résultat supérieur à la prévision de 2,5 % qu’avait formulée la Banque du Canada.

Prenons un moment pour mesurer ce paradoxe dans toute son ampleur.

L’économie canadienne a connu sa meilleure performance trimestrielle depuis trois ans, et ce, précisément dans les mois qui ont précédé l’intensification la plus récente de la guerre commerciale avec Washington. Pendant que les négociateurs faisaient la navette entre Ottawa et Washington, l’économie, elle, a rebondi avec une vigueur que peu avaient pleinement anticipée.

Il faut toutefois resituer ce chiffre dans le temps. Début août, avant même la publication des données officielles, Desjardins avait révisé à la hausse sa propre prévision pour le trimestre, l’établissant à 2,8 %, contre 1,5 % auparavant. Cet ajustement s’est révélé, une fois les chiffres réels connus vendredi, légèrement en deçà de la réalité. Réagissant cette fois directement au résultat de 3,3 %, l’institution prévient que l’embellie pourrait être de courte durée. Selon elle, les droits de douane et les mesures de représailles actuellement en vigueur ou annoncés pourraient faire passer la croissance trimestrielle annualisée d’environ 2 % à un rythme plus proche de 1 % aux troisième et quatrième trimestres. Sur l’ensemble de 2026, Desjardins continue de tabler sur une croissance annuelle modeste, de l’ordre de 0,4 %, avant un redressement à 1,4 % en 2027.

Ces données changent-elles la nature de la campagne électorale qui commence? Pas aussi radicalement qu’on pourrait le croire, et voici pourquoi.

Ce que 3,3 % veut dire, et ce qu’il ne veut pas dire

La croissance du PIB est un indicateur global qui masque autant qu’elle révèle. La hausse est attribuable en bonne partie à un rebond des exportations, notamment de voitures de tourisme et de camions légers, qui traduit un redressement de la production automobile canadienne après les reculs enregistrés aux deux trimestres précédents. L’investissement des entreprises et les dépenses des ménages ont également progressé.

Il faut résister à la tentation d’y voir la preuve que les tensions commerciales se sont dissipées. Ce sont d’ailleurs les propres économistes de Desjardins qui insistent sur ce point : l’ensemble de ces données précède l’intensification récente du conflit commercial. Les surtaxes américaines de 50 %, qui touchent 27,6 milliards de dollars de produits canadiens, ne sont entrées en vigueur que le 22 août, soit après la fin du trimestre mesuré. Le bon trimestre du printemps ne doit donc rien à une quelconque course des exportateurs pour devancer ces nouvelles surtaxes. Il reflète plutôt un rattrapage sectoriel, concentré dans l’automobile, qui ne se répétera pas nécessairement de la même manière au troisième trimestre.

Pour le Québec, cette nuance est particulièrement importante. La hausse des prix de l’énergie constituera un défi pour les importateurs de pétrole comme l’Ontario et le Québec, et elle s’ajoute aux frictions commerciales persistantes avec les États-Unis. La belle croissance du deuxième trimestre ne change pas cette réalité structurelle. Elle la camoufle temporairement.

PSPP devant Northvolt : le symbole parfait de la campagne péquiste

Ce matin, Paul St-Pierre Plamondon est à McMasterville, devant les terrains vagues où devait s’installer Northvolt. Le choix du lieu est délibéré et politiquement efficace, peut-être même trop efficace pour être vraiment honnête.

Northvolt est devenu le symbole de tout ce que les adversaires de la CAQ veulent lui reprocher : un engagement public de plusieurs centaines de millions de dollars envers une multinationale étrangère et une promesse de milliers d’emplois qui ne s’est pas matérialisée. Le projet a coulé avant même que la première pelletée de terre ne soit tournée sur le sol québécois. Dans le détail, l’argent public perdu ou engagé se décompose ainsi : 270 millions de dollars investis par Québec dans la société mère suédoise, définitivement perdus à la faillite; 240 millions prêtés pour l’achat du terrain, que le gouvernement espère en partie récupérer; et 200 millions de la Caisse de dépôt et placement, investis sous forme de dette convertible. Ce n’était donc pas une simple subvention, mais un enchevêtrement d’investissement, de prêt garanti et de placement. Cela n’enlève rien à l’ampleur du fiasco, mais complique le raccourci de la « subvention colossale ».

Le chef du Parti québécois s’est engagé à rediriger l’argent précédemment consacré à subventionner des multinationales étrangères dans les poches des petits et moyens entrepreneurs. Le Parti québécois veut réduire de deux points de pourcentage l’impôt des sociétés, le faisant passer de 11,5 % à 9,5 %. Cette mesure coûterait 2,4 milliards de dollars à l’État québécois, mais serait entièrement remboursée par l’abolition du Fonds de développement économique.

Cette proposition mérite un examen précis, au-delà du symbole du terrain vague.

Le Fonds de développement économique, que le PQ veut abolir pour financer sa baisse de l’impôt des sociétés, est l’un des principaux instruments par lesquels le gouvernement du Québec soutient des investissements stratégiques sur son territoire. Ces projets ne sont pas tous des Northvolt; certains ont produit des résultats plus durables.

Abolir le FDE pour financer une baisse d’impôt généralisée des sociétés, c’est faire le pari que les entreprises québécoises, laissées à elles-mêmes avec un taux d’imposition réduit, investiront mieux que ne le ferait un fonds gouvernemental ciblé. C’est un argument économique sérieux, défendu par de nombreux économistes libéraux. Il a toutefois ses limites dans une économie où les grandes décisions d’investissement sont souvent conditionnelles à la présence de partenaires publics, et où la compétition internationale pour les investissements technologiques et industriels est précisément gagnée par les gouvernements qui savent cibler leurs soutiens stratégiques.

PSPP a raison sur Northvolt : c’était une mauvaise décision d’investissement public. Il n’a toutefois pas nécessairement raison sur la conclusion qu’il en tire, à savoir qu’il faut supprimer le mécanisme d’investissement stratégique lui-même plutôt que d’en améliorer la gouvernance et les critères de sélection.

Le PAUPME assoupli : la bonne mesure au mauvais rythme

Pendant que PSPP fait sa politique devant les ruines de Northvolt, le gouvernement Fréchette a annoncé ce matin quelque chose de plus concret et de plus immédiatement utile pour les entreprises en difficulté.

Le gouvernement du Québec assouplit les critères de son programme d’aide d’urgence aux PME, le PAUPME, afin d’en inclure un plus grand nombre dans le contexte de la guerre commerciale. Les PME auront accès au programme si elles ont un chiffre d’affaires d’entre 200 000 $ et 2 millions $, un seuil qui était auparavant fixé à 1 million $.

C’est une mesure pragmatique et bien ciblée. Les petites entreprises touchées par les tarifs américains, celles qui ont entre deux cent mille et deux millions de dollars de chiffre d’affaires, sont précisément celles qui disposent de moins de marge de manœuvre financière pour absorber un choc tarifaire sans une aide immédiate à leurs liquidités.

Mais cette annonce soulève aussi une question que la campagne devrait aborder avec honnêteté. Le PAUPME est un programme d’urgence, conçu pour maintenir à flot des entreprises viables pendant une période de choc temporaire. Si les surtaxes américaines restent en place pendant six, douze ou dix-huit mois supplémentaires, le programme d’urgence va soit s’épuiser, soit être transformé en subvention permanente à des secteurs qui ne retrouveront peut-être jamais leur compétitivité dans le contexte tarifaire actuel.

La vraie question n’est pas de savoir si on aide les PME pendant la crise. Bien sûr qu’il faut le faire. Il s’agit plutôt de savoir ce qu’on fait le jour où la crise devient la nouvelle normale.

Nicolas Girard dans Repentigny : la géographie de la reconquête péquiste

En marge des grandes déclarations économiques de ce vendredi, un fait politique mérite d’être noté. L’ancien député Nicolas Girard tentera un retour en politique avec le Parti québécois dans Repentigny.

Girard représente quelque chose de précis dans la cartographie péquiste. Il s’agit d’un ancien élu expérimenté, député de Gouin de 2004 à 2012, connu notamment pour son passage à la direction générale du Réseau de transport de la Capitale, qui revient dans une circonscription de la couronne nord de Montréal. Repentigny est exactement le type de circonscription, banlieue francophone et de classe moyenne aux préoccupations économiques marquées, que PSPP doit gagner si son parti veut former un gouvernement plutôt que simplement l’opposition officielle.

La stratégie péquiste des candidatures se précise, entre figures connues pour Montréal et anciens élus expérimentés comme Girard pour les couronnes. C’est une équipe qui cherche à couvrir le territoire géographique et démographique nécessaire pour transformer une avance dans les sondages en sièges réels dans l’assemblée.

La croissance et la méfiance : le paradoxe central de cette campagne

Ce vendredi 28 août, le premier vendredi complet d’une campagne officielle, présente un paradoxe que tous les partis vont devoir naviguer avec soin.

L’économie canadienne croît à 3,3 % annualisé. Les PME québécoises reçoivent un soutien d’urgence élargi. Northvolt est un terrain vague. Les surtaxes de 50 % sur 27,6 milliards de dollars de produits canadiens sont en vigueur, et Ottawa répliquera dollar pour dollar dès le 8 septembre. La Banque du Canada maintient son taux directeur à 2,25 %, dans l’attente de sa prochaine décision le 2 septembre.

Ces faits coexistent sans se contredire. Ils dessinent ensemble une économie qui rebondit en surface tout en accumulant des tensions structurelles dans ses profondeurs, une économie qui produit de bons chiffres agrégés tout en laissant des dizaines de milliers de travailleurs dans des secteurs exposés dans une incertitude que les statistiques nationales ne capturent pas, et dont les économistes eux-mêmes préviennent qu’elle pourrait ralentir sensiblement dans les prochains mois.

C’est cette tension que la campagne doit nommer. Il ne s’agit pas seulement des bons chiffres pour rassurer, ni seulement des mauvaises nouvelles pour alarmer, mais de la réalité complète, avec ses lumières et ses ombres, dans laquelle les Québécois vont décider, dans trente-huit jours, à qui ils font confiance pour les gouverner pendant les quatre prochaines années.

Le PIB à 3,3 % est une bonne nouvelle. Elle ne règle rien de ce qui mérite d’être réglé. Et les partis qui prétendront le contraire auront compris que les Québécois, eux, savent très bien faire la différence entre un bon trimestre et un avenir solide.

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