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Le transport collectif, doléance numéro un du monde municipal au déclenchement de la campagne

La campagne électorale québécoise démarre à peine que déjà les élus municipaux du Grand Montréal multiplient les sorties pour réclamer plus d’argent en transport collectif. Le problème, c’est que cette demande revient chaque campagne depuis des années, pendant que les transporteurs, eux, sont contraints de réduire leurs dépenses et leurs effectifs pour respecter les cibles d’économies qu’on leur impose.

Lundi dernier, une vingtaine de maires et mairesses de la couronne nord de Montréal se sont rendus en autobus depuis Sainte-Thérèse jusqu’aux bureaux du ministère des Transports, au centre-ville, pour réclamer une hausse du financement en transport collectif. La présidente de la Table des préfets et élus de la couronne nord, la mairesse de Blainville Liza Poulin, a résumé l’argument démographique qui motive cette sortie : les fortes hausses de population observées dans les Laurentides et Lanaudière ont changé la donne, puisque trois déplacements sur quatre se font désormais à l’intérieur même de la couronne nord, et non plus vers Montréal.

Cette sortie des maires de la couronne nord a précédé de deux jours à peine une demande presque inverse formulée par la mairesse de Montréal.

Mercredi, Soraya Martinez Ferrada exigeait des chefs de parti qu’ils s’engagent à réinstaurer un véritable réflexe Montréal, réclamant que la métropole soit consultée en amont de toutes les décisions qui la concernent et que les enveloppes budgétaires tiennent compte de son poids et de sa responsabilité régionale. D’un côté, des élus de la périphérie qui veulent que l’argent suive les nouveaux besoins de déplacement dans leur secteur. De l’autre, la mairesse de la ville centre qui réclame que le poids particulier de Montréal soit systématiquement pris en compte dans les décisions gouvernementales. Les deux demandes sont légitimes prises séparément, mais elles illustrent une tension de fond qui complique tout arbitrage gouvernemental sérieux sur le financement du transport collectif métropolitain.

Pendant que tout le monde réclame plus d’argent, les transporteurs, eux, sont déjà en pleine cure d’austérité.

Sous pression financière pour éviter des réductions de service dans le métro et les autobus du Grand Montréal, les principaux transporteurs et l’Autorité régionale de transport métropolitain se sont engagés à réaliser 331,6 millions de dollars d’optimisations cumulées entre 2025 et 2028, avec l’objectif d’atteindre des économies récurrentes de l’ordre de 155,8 millions de dollars annuellement à compter de 2028. La présidente de l’ARTM, Ginette Sylvain, s’inquiétait déjà l’an dernier qu’une fraction seulement de cet objectif ait été atteinte. À la Société de transport de Montréal, des centaines de postes ont déjà été éliminés dans le cadre d’un plan de réduction des dépenses récurrentes de 100 millions de dollars sur trois ans. À exo, deuxième transporteur en importance dans la région, la réduction des services et des effectifs a déjà commencé : la société a coupé 11 % de son personnel dans le cadre de son propre plan d’économies. Autrement dit, au moment même où les élus municipaux multiplient les demandes de financement additionnel devant les caméras, les organismes chargés d’offrir concrètement le service sont plutôt occupés à réduire leurs dépenses et leurs effectifs pour atteindre des cibles d’économies déjà jugées difficiles à respecter.

Ce n’est pas la première fois que le monde municipal présente cette même liste de demandes à un gouvernement provincial.

Dès avril, la Communauté métropolitaine de Montréal réclamait déjà un cadre financier pérenne et prévisible pour le transport collectif, notant que moins de 30 pour cent des investissements en mobilité au Québec sont actuellement consacrés au transport en commun. L’Union des municipalités du Québec a formulé une demande presque identique en juin, dans sa liste de six priorités électorales. Que trois organismes municipaux distincts, à trois moments différents de l’année préélectorale, reprennent essentiellement la même demande sans qu’aucun engagement budgétaire concret n’ait encore été confirmé par les partis, en dit long sur la difficulté chronique de ce dossier à dépasser le stade de la déclaration d’intention.

Ce que les électeurs du Grand Montréal devraient exiger des candidats, plutôt que de simples promesses générales.

Une demande de rééquilibrage répétée à chaque élection, sans jamais déboucher sur un cadre financier pluriannuel réellement contraignant, finit par ressembler à un rituel de campagne plutôt qu’à une négociation sérieuse. Les partis provinciaux devraient être tenus de répondre non pas à la question générale de savoir s’ils appuient le transport collectif, mais à celle, beaucoup plus précise, de savoir comment ils comptent combler l’écart entre les cibles d’économies déjà exigées des transporteurs et les besoins criants identifiés autant par la couronne nord que par la ville centre. Sans cette précision, cette campagne électorale risque de se conclure exactement comme les précédentes : beaucoup de sorties médiatiques en autobus, et le même dossier de financement qui reviendra, intact, à la prochaine élection.

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