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Le dernier tour de piste de Mikaël Kingsbury, le plus grand skieur de bosses de l’histoire

Mikaël Kingsbury portait les mêmes sous-vêtements et le même chandail à chaque compétition, pendant des années. Un seul événement a réussi à alléger cette habitude : la naissance de son fils

Mikaël Kingsbury a dit adieu à sa carrière compétitive au Sommet Saint-Sauveur, exactement là où tout avait commencé 25 ans plus tôt. Entre-temps, il est devenu le skieur de bosses le plus titré de tous les temps, le premier homme à cumuler 100 victoires en Coupe du monde, et un membre à part entière de la longue tradition québécoise des champions olympiques de ski acrobatique. Voici l’histoire du « roi des bosses ».

Il a appris à skier à 4 ans, dans un chalet familial situé directement sur le bord des pistes

Né le 24 juillet 1992 à Sainte-Agathe-des-Monts, au Québec, Mikaël a grandi à Oka puis à Deux-Montagnes, où il réside encore aujourd’hui. Il a été initié au ski par ses parents, Julie Thibaudeau et Robert Kingsbury, dès l’âge de quatre ans. Sa famille possédait un chalet directement au bord des pistes à Saint-Sauveur, dans les Laurentides, un terrain de jeu qui allait former le futur champion olympique.

Il a découvert le ski de bosses à 8 ans, et n’a plus jamais arrêté depuis

À sept ans, Mikaël voit l’équipe de bosses du Sommet Saint-Sauveur et décide de la rejoindre; il s’inscrit au club l’année suivante, à huit ans. Il dispute sa toute première épreuve de Coupe du monde de la FIS en janvier 2010, à seulement 17 ans, et remporte sa première victoire en Coupe du monde dès décembre de la même année, à 18 ans.

Il s’inscrit dans une longue lignée de champions olympiques venus des mêmes montagnes québécoises

Kingsbury poursuit une tradition québécoise remarquable en ski de bosses, celle de Jean-Luc Brassard, champion olympique en 1994, d’Alexandre Bilodeau, double champion olympique en 2010 et 2014, et des sœurs Justine et Chloé Dufour-Lapointe, médaillées ensemble à Sotchi en 2014.

Il a souvent été comparé à Wayne Gretzky, lui qui est un grand admirateur de hockey

Passionné de hockey, Kingsbury a été comparé à plusieurs reprises au « Wayne Gretzky des bosses » en raison de la longue liste de records qu’il a accumulés au fil de sa carrière. Cette comparaison circule dans les médias sportifs québécois depuis le milieu des années 2010 et semble particulièrement bien lui convenir, vu son propre amour pour ce sport.

Il a longtemps porté les mêmes vêtements superstitieux à chaque compétition

Pendant longtemps, Kingsbury a suivi une routine matinale rigide les jours de compétition : mêmes sous-vêtements, même chandail porte-bonheur et même échauffement. Sur ce chandail est inscrit « It’s good to be the king »; il le porte depuis son tout premier podium en Coupe du monde en 2010. « En début de carrière, j’ai gagné quelques évènements avec une combinaison qui n’était pas la plus chaude sur la terre, a-t-il confié à La Presse. Mais après, même quand il faisait froid, je mettais la même parce que je me disais que ça me prenait ça. »

La naissance de son fils a coïncidé avec un assouplissement de ses superstitions

Kingsbury et sa conjointe, Laurence Mongeon, accueillent leur fils Henrik en août 2024. Devenir père a changé son rapport à la compétition : il a notamment expliqué, aux Jeux de Milan-Cortina, que son fils l’aimait autant qu’il termine premier ou dernier, une perspective qui a modifié sa façon d’aborder les résultats — et qui s’est accompagnée, selon ses propres mots, d’un allègement de certaines de ses habitudes superstitieuses d’avant-course.

Il a fracturé deux vertèbres en 2020, avant de revenir plus fort que jamais

En novembre 2020, à l’entraînement à Ruka, en Finlande, Kingsbury se fracture les vertèbres T4 et T5, un revers sérieux qui aurait pu compromettre sa domination sur le circuit. Il est pourtant revenu au sommet de son sport dès son retour à la compétition, remportant deux médailles d’or en Coupe du monde puis deux titres mondiaux en 2021, avant de décrocher l’argent à Beijing 2022.

En janvier 2022, il est devenu le premier homme de l’histoire à atteindre les 100 podiums en Coupe du monde de ski acrobatique

Une marque impressionnante qui allait continuer de grimper dans les années suivantes : en février 2024, sa 87e victoire lui a permis de dépasser le record de victoires en Coupe du monde toutes disciplines de ski et de planche à neige masculines confondues, détenu jusque-là par la légende du ski alpin suédois Ingemar Stenmark.

Il a partagé un podium unique avec deux autres athlètes… devenus pères la même saison

En mars 2024, au Kazakhstan, Kingsbury est monté sur le podium aux côtés du Japonais Ikuma Horishima et de l’Australien Matt Graham, les trois hommes venant tous de devenir, ou étant sur le point de devenir, pères pour la première fois. « Moi et Matt, nos conjointes étaient enceintes, puis Ikuma venait tout récemment d’être père. Puis on a fait un podium ensemble », se souvient Kingsbury. Le trio a d’ailleurs réédité l’exploit un an plus tard, aux Championnats du monde de 2025, cette fois tous les trois pères depuis la saison.

À ses quatrièmes et derniers Jeux olympiques, il est devenu le skieur de bosses le plus médaillé de l’histoire olympique masculine

À Milano Cortina 2026, Kingsbury reçoit l’honneur d’être l’un des porte-drapeaux d’Équipe Canada à la cérémonie d’ouverture. Il remporte l’argent en bosses individuelles, puis devient le tout premier champion olympique de l’histoire de la nouvelle épreuve de bosses en parallèle, portant son total à cinq médailles olympiques en carrière et faisant de lui le premier skieur de bosses masculin de l’histoire à atteindre ce sommet.

Il a pris sa retraite là où tout avait commencé, 25 ans plus tôt

Un peu plus d’un mois après ses deux nouvelles médailles olympiques, Kingsbury annonce sa retraite de la compétition lors des Championnats canadiens de ski acrobatique, disputés au Sommet Saint-Sauveur, l’endroit précis où il avait découvert ce sport enfant. Il conclut sa carrière avec un total de 100 victoires et 143 podiums en Coupe du monde, ainsi que 29 Globes de cristal, dont neuf titres consécutifs de champion général du classement de la Coupe du monde de ski acrobatique remportés de 2011-2012 à 2019-2020. À cela s’ajoutent neuf médailles d’or aux Championnats du monde. Cette fiche fait de lui, sans conteste, l’athlète le plus dominant de toute l’histoire de sa discipline.

Du garçon de huit ans qui apprenait à négocier les bosses de Saint-Sauveur jusqu’au champion le plus décoré de l’histoire de son sport, revenu clore sa carrière au même endroit exact où elle avait commencé, Mikaël Kingsbury a passé un quart de siècle à redéfinir les limites du possible sur les pentes enneigées des Laurentides, tout en restant, au fond, le genre de champion qui a fini par assouplir ses rituels superstitieux pour la seule raison qui comptait vraiment : devenir père.

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