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Trois incendies suspects en trois semaines à Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension : jusqu’où faut-il attendre pour agir?

Un restaurant du quartier Saint-Michel a été visé à deux reprises par un incendiaire en un peu plus de vingt-quatre heures, dont une fois par un incendie qui s’est effectivement déclaré. C’est le troisième incendie criminel de cette nature dans le même arrondissement en l’espace de trois semaines. À un moment donné, une série de coïncidences cesse d’en être une aux yeux du public.

Un restaurant situé rue Jean-Talon, près de la 22e Avenue, a été la cible d’un incendie criminel tôt lundi matin. La veille, dans la nuit de dimanche, un citoyen était intervenu au bon moment, surprenant un individu en train de fracasser la fenêtre du même commerce avant de tenter d’y mettre le feu — un incendiaire retrouvé sur les lieux en faisait foi. Le suspect avait pris la fuite sans que les flammes ne prennent, et les policiers, arrivés sur place, n’avaient découvert aucun feu, seulement des dommages mineurs. Le lendemain matin, vers 5 h 10, un nouvel appel au 911 signalait cette fois des flammes bel et bien réelles dans le même restaurant : des citoyens étaient déjà à l’œuvre pour les éteindre à l’arrivée des policiers. L’immeuble visé, une bâtisse de trois étages évaluée à 1,8 million de dollars, comprend neuf logements résidentiels au-dessus de deux commerces, ce qui signifie que ce ne sont pas seulement les intérêts financiers d’un commerçant qui étaient en jeu, mais la sécurité physique de plusieurs ménages.

Ce n’est pas un événement isolé dans ce secteur précis de Montréal.

Le 10 août dernier, un autre restaurant de l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, également situé sur la rue Jean-Talon Est, avait été la cible d’un incendie de nature criminelle, un suspect ayant fracassé la vitrine avant d’utiliser une matière incendiaire pour déclencher le feu. Près de trois semaines plus tard, dans la nuit de vendredi à samedi, un immeuble résidentiel et commercial abritant un salon de beauté, situé cette fois près de l’intersection des rues Saint-Hubert et Faillon dans le secteur de Villeray, a lui aussi été visé par un incendie criminel : la vitrine fracassée, un feu déclenché au niveau du salon, les résidants des logements évacués de façon préventive. Ce sont donc, en l’espace de trois semaines, au moins trois commerces distincts du même arrondissement qui ont été la cible d’incendies criminels confirmés — sans compter la tentative avortée du 30 août —, et aucune arrestation n’a été rapportée dans aucun de ces dossiers.

À ce stade de l’enquête, il faut se garder de tirer des conclusions hâtives sur les motifs.

Rien dans les informations rendues publiques jusqu’ici par le Service de police de la Ville de Montréal ne permet d’établir un lien formel entre ces incidents, et il serait irresponsable de spéculer sur une cause commune tant que les enquêteurs n’ont pas confirmé une telle chose. Mais la répétition de ce type d’événement, dans un même arrondissement et sur une période aussi courte, constitue en soi une donnée d’intérêt public que les autorités municipales devraient reconnaître ouvertement, plutôt que de traiter chaque dossier isolément dans des communiqués distincts.

En l’absence d’information sur un éventuel lien entre les dossiers, les rumeurs peuvent facilement prendre le relais des faits — et c’est précisément ce vide qui nourrit l’inquiétude chez les commerçants et les résidents du secteur.

Un propriétaire de commerce qui apprend qu’un établissement voisin a été incendié à deux reprises en un peu plus de vingt-quatre heures, dans un immeuble logeant des familles, est en droit de se demander si son propre commerce pourrait être le prochain visé, et si la Ville et le SPVM disposent d’un portrait d’ensemble de la situation. Le silence des autorités sur l’existence ou non d’un lien entre ces incidents laisse le champ libre aux spéculations, ce qui ne sert ni la tranquillité d’esprit des résidents ni le travail des enquêteurs.

Ce que l’arrondissement et le SPVM peuvent offrir, sans attendre une nouvelle occurrence.

Sans compromettre les enquêtes en cours, l’Arrondissement et le SPVM peuvent rappeler aux commerçants du secteur les mesures de prévention disponibles et les ressources auxquelles ils peuvent recourir, que ces incidents soient ou non liés entre eux. Une communication proactive, même prudente dans ses conclusions, vaut mieux qu’un silence qui laisse les résidents au-dessus de ces commerces se demander, chaque soir, si leur immeuble sera le prochain à faire les manchettes.

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