Top 5 This Week

Articles similaires

Taux en hausse, note de « C » et budget fédéral : le gouvernement Plamondon face à la réalité

Le gouvernement St-Pierre Plamondon a dix jours d’existence. Mercredi, la Banque du Canada a fait ce que les gouvernements fuient depuis des mois : elle a choisi, et le choix fait mal.

La fin du statu quo

Le 28 octobre, la Banque a relevé son taux directeur de 2,25 % à 2,50 %. C’est sa première hausse depuis juillet 2023, après sept décisions de statu quo d’affilée. Tiff Macklem n’a pas caché que ce n’est peut-être pas fini : le communiqué laisse la porte ouverte à d’autres hausses, avec prudence, et la banque s’attend à une inflation proche de 3,5 % d’ici la fin de l’année.

Le moteur de cette inflation est surtout l’énergie. Le pétrole, nourri par les tensions au Moyen-Orient, a fait grimper les prix de l’essence et du transport, et la banque veut empêcher que cette hausse contamine le reste de l’économie. Elle assume donc de resserrer le crédit alors que la croissance piétine. Statistique Canada confirme que l’économie a de nouveau stagné en août.

Pour les ménages québécois, la facture est directe. Les hypothèques à taux variable vont suivre, et les renouvellements de l’automne coûteront plus cher. Les PME, déjà aux prises avec les droits de douane, verront leur crédit se renchérir. Au Québec, où l’emploi recule plus vite qu’ailleurs, c’est un coup de plus sur un marché du travail fragile.

Cette décision limite aussi la marge de manœuvre de Nicolas Marceau. Le service de la dette coûtera plus cher, et le déficit de 7,7 milliards hérité de la CAQ ne diminuera pas tout seul. Un ministre des Finances qui prépare son premier budget dans ces conditions n’a pas le droit à l’à-peu-près.

Un « C » qui dure depuis quinze ans

Le Conseil du patronat a publié cette semaine sa Boussole économique. Le Québec y obtient la même note qu’il y a une quinzaine d’années : un C. Il se classe 22^e sur 42 juridictions comparées, ni cancre ni premier de classe.

Le portrait est nuancé. Le PIB par habitant atteint 60 144 $ et l’écart avec l’Ontario s’est rétréci. La main-d’œuvre est instruite. Mais le décrochage scolaire reste un point faible, la pression fiscale dépasse la moyenne, la réglementation est lourde, et trop d’immigrants se retrouvent au chômage.

Le CPQ en tire une conclusion qui touche directement le programme péquiste. Selon lui, il faut au minimum 45 000 immigrants économiques par année pour répondre aux besoins des entreprises. Or PSPP a promis de reprendre le contrôle de l’immigration en réduisant les seuils. Les deux positions ne sont pas forcément inconciliables, puisque l’intégration compte autant que le nombre. Mais le gouvernement devra choisir entre un signal politique et un impératif économique, et il y aura une facture quelle que soit la réponse.

Le diagnostic du CPQ recoupe aussi ce que nous écrivons depuis des semaines : une productivité qui stagne, un secteur public qui a absorbé la majorité des emplois créés depuis 2019, et une population en âge de travailler qui commence à reculer. Ce « C » n’a rien de dramatique en soi. Ce qui inquiète, c’est qu’il dure depuis quinze ans, sous des gouvernements de toutes couleurs.

Le 5 novembre : Ottawa emprunte un slogan québécois

Mark Carney déposera son budget le 5 novembre, et il l’a placé sous le thème « Maîtres chez nous ». Ce slogan est celui de Jean Lesage en 1962, lors de l’élection qui a mené à la nationalisation de l’électricité. Il appartient à l’histoire de l’affirmation économique du Québec. Québec solidaire a déjà réagi à son usage fédéral, et on comprend pourquoi.

Il y a une logique à cette formule : devant la guerre commerciale, Ottawa veut présenter l’autonomie économique du Canada comme un projet collectif. Mais en se l’appropriant, il déplace un symbole québécois vers l’ensemble canadien, et il le fait au moment où un premier ministre souverainiste prend le pouvoir à Québec. Le Livre bleu du PQ prévoit d’ailleurs de mettre les relations internationales du Québec au service de l’indépendance. Les deux gouvernements se retrouveront donc à revendiquer le même mot pour des visées opposées.

Ce budget compte pour des raisons plus concrètes. Il dira ce qu’Ottawa prévoit pour les secteurs touchés par les tarifs et ce qu’il compte transférer aux provinces. Le Québec a besoin de ces réponses avant de construire son propre budget.

Trump « règle ça très bientôt » : prudence

Donald Trump affirme depuis le Michigan que la guerre commerciale avec le Canada se terminera bientôt, et que le Canada est prêt à céder à peu près tout. Carney parle plus sobrement d’une petite intensification des négociations. Les élections américaines de mi-mandat ont lieu mardi, et un président qui promet un accord à des électeurs d’un État industriel ne livre pas un compte rendu de négociation. Il fait campagne.

Rien dans ce qui est public n’indique un accord imminent. Les entreprises québécoises ne devraient pas planifier en fonction de cette promesse. L’inflation, les taux et les droits de douane existent déjà, tandis qu’un accord, lui, reste hypothétique.

28 millions : un début, pas un plan

Le premier geste concret de ce gouvernement a été de débloquer 28 millions de dollars d’aide d’urgence contre l’itinérance, avant l’hiver. C’est le bon réflexe et la bonne priorité, puisque c’est la cause que PSPP a faite sienne en prenant lui-même le portefeuille.

Il faut toutefois garder les proportions. Le gouvernement a promis d’y consacrer un milliard sur quatre ans pour réduire de moitié l’itinérance. Ces 28 millions représentent moins de 3 % de cette somme. L’urgence hivernale ne dit rien de la suite : la construction de logements, le soutien en santé mentale et les services de proximité sont ce qui fera varier le chiffre de 12 000 personnes, et rien de cela n’est encore financé noir sur blanc.

Ce que cette semaine dit au gouvernement

Les taux montent, la croissance stagne, le Québec reste au milieu du peloton et le budget fédéral arrive dans cinq jours. Rien n’y laisse place à l’improvisation.

PSPP a dit qu’il y avait tant à faire. Cette semaine, le travail s’est précisé : tenir le budget malgré des taux plus élevés, arbitrer l’immigration entre le slogan et la main-d’œuvre, et traduire l’urgence de l’itinérance en un plan chiffré. Un gouvernement minoritaire dispose de peu de temps, et ces trois dossiers ne peuvent pas attendre.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Populaires