Joel Waterman a grandi dans un village de la vallée du Fraser, en Colombie-Britannique. Il a joué à l’université pendant quatre ans, obtenu un baccalauréat en médias et communication, été ignoré par la MLS — avant que la toute nouvelle Première Ligue canadienne ne lui donne une chance. Premier transfert de la CPL vers la MLS. Premier Spartan de Trinity Western à jouer pour le Canada. 158 matchs avec le CF Montréal. Et la Coupe du monde, deux fois.
par Jean Emmanuel Duchemin | Série Mondial 2026
Le 30 mai 2026, Canada Soccer annonce la liste officielle des 26 joueurs pour le Mondial. Joel Waterman voit son nom. Il publie immédiatement sur Instagram une seule phrase — la même qu’en 2022, au Qatar :
« Still that kid from Aldergrove who had a dream and chased it. »
Toujours le gamin d’Aldergrove qui avait un rêve et qui l’a poursuivi.
Dans un groupe d’élite composé de champions d’Écosse, de vainqueurs de la Ligue des Champions, d’internationaux formés à Liverpool et à Bayern Munich — Joel Waterman, lui, revient toujours à Aldergrove. Le village de banlieue où ses parents se sont installés quand il avait deux ans. Le terrain de soccer communautaire où tout a commencé à cinq ans.
Il n’a jamais prétendu être autre chose.
Langley, Aldergrove, et une famille de Surrey
Le 24 janvier 1996, Joel Robert Waterman naît à Langley, en Colombie-Britannique — une ville de la vallée du Fraser, à une heure à l’est de Vancouver. Son père Trent et sa mère Vicki sont tous deux nés à Surrey, la ville voisine. Une famille de la banlieue de Vancouver, bien ancrée dans la réalité des villes moyennes de la Colombie-Britannique.
Il a deux ans quand la famille déménage à Aldergrove — une petite communauté rurale à l’extrémité est du Township of Langley, bordée de fermes et de forêts, connue pour ses serres et ses marchés fermiers. Rien à voir avec Toronto, Brampton ou Montréal. C’est la Colombie-Britannique profonde.
À cinq ans, il commence le soccer au Aldergrove YSA — le club de jeunesse de son village. Il grandit avec le soccer, le hockey, le basketball, le volleyball et le golf — le sport est partout dans cette famille. Ses idoles ? Steven Gerrard, Virgil van Dijk, Sergio Ramos pour les défenseurs. Et en dehors du soccer : LeBron James et les Los Angeles Lakers.
En 2013, à 17 ans, il représente la Colombie-Britannique aux Jeux du Canada d’été — les olympiques canadiens pour les athlètes amateurs. Il tente aussi un essai aux Vancouver Whitecaps — le club professionnel de sa province. Ça ne mène nulle part.
Quatre ans à l’université. Un baccalauréat. Et les PDL l’été.
En 2014, après son secondaire à l’École communautaire d’Aldergrove, Waterman choisit une voie que beaucoup de joueurs de cette série n’ont pas prise : l’université canadienne. Il s’inscrit à l’Université Trinity Western, à Langley — une petite université privée chrétienne connue pour l’excellence de son programme de soccer, les Spartans.
Quatre ans là-bas. Il obtient en avril 2018 un Baccalauréat en médias et communication. Un diplôme universitaire complet — une rareté dans le soccer professionnel moderne, où la pression de partir jeune en Europe est immense.
Pendant les étés, il joue dans la Premier Development League — l’antichambre de la MLS — avec trois clubs successifs : les Kitsap Pumas, les Rovers de TSS, et les Foothills de Calgary, avec qui il remporte le championnat PDL en 2018.
Mais au terme de ses quatre années universitaires, la MLS ne se manifeste pas. Waterman n’est pas sélectionné à la SuperDraft. Il n’y a pas d’offre de contrat professionnel.
La CPL lui donne une chance. Et il change l’histoire du soccer canadien.
En novembre 2018, lors du tout premier repêchage universitaire de la Première Ligue canadienne — la nouvelle ligue professionnelle canadienne qui s’apprête à disputer sa première saison —, le Cavalry FC de Calgary sélectionne Joel Waterman en 14e position au total, deuxième tour.
Une nouvelle ligue. Un nouveau club. Une dernière porte qui s’ouvre.
Il saisit l’occasion. En 2019, il participe à la toute première saison de la CPL — et le Cavalry FC remporte le Spring Season Championship. Waterman joue 22 matchs en saison régulière, contribue à la conquête du trophée et à la finale des séries où Calgary affronte le Forge FC de Hamilton.
Le 14 janvier 2020, l’Impact de Montréal annonce son acquisition. Joel Waterman devient ainsi le premier joueur de l’histoire à être transféré d’un club de CPL vers une franchise de MLS. Il est aussi le premier Spartan de Trinity Western à signer un contrat MLS.
Un double record d’histoire — pour un gamin qu’aucun club de MLS n’avait voulu après l’université.
Cinq ans à Montréal. 158 matchs. Le championnat canadien.
De 2020 à 2025, Joel Waterman passe cinq saisons complètes au CF Montréal. Il ne fait pas les manchettes. Il ne marque pas beaucoup. Il joue, il défend, il se positionne, il gagne des duels aériens. Il devient un pilier discret d’une équipe qui, sous Wilfried Nancy puis sous d’autres entraîneurs, se construit progressivement en force de la MLS.
158 apparitions toutes compétitions confondues avec Montréal. En 2021, il fait partie de l’équipe qui remporte le Championnat canadien — la Coupe des Voyageurs — face au TFC. En 2024, il est nommé co-capitaine du club aux côtés de Samuel Piette et Victor Wanyama.
Sa saison 2024 est sa meilleure avec Montréal : titulaire régulier, co-capitaine, présence constante dans la feuille de match. Il prend de l’autorité. Il prend de la maturité.
En août 2025, le Chicago Fire l’acquiert pour 500 000 dollars en allocation générale — plus un montant lié à des performances. Fin d’une ère montréalaise, début d’une nouvelle aventure à Chicago.
Chicago, les playoffs — et un retour historique
À Chicago, Waterman fait quelque chose que peu de défenseurs récemment arrivés parviennent à faire : il change immédiatement la culture d’une équipe. Le Chicago Fire n’avait pas atteint les MLS Cup Playoffs depuis 2017. Il n’avait pas gagné un match en playoffs depuis 2009.
En 2025, sa première saison là-bas, le Fire se qualifie pour les playoffs. Et gagne un match en playoffs. Deux records brisés, une saison après son arrivée.
Lors de la sélection de Marsch pour le Mondial en mai 2026, Chicago publie un post sur les réseaux avec la légende : « Believe it, Joel 🥹 ». Il est le premier joueur à être nommé dans un groupe canadien pour la Coupe du monde en tant que membre actif du Fire — le septième joueur dans l’histoire du club à être sélectionné pour un Mondial, toutes nationalités confondues.
Qatar 2022 : remplaçant inutilisé. 2026 : titulaire potentiel.
Une dualité qu’il faut souligner.
Au Qatar en 2022, Waterman était dans les 26 — mais il n’a pas joué une seule minute. Remplaçant inutilisé lors des trois matchs de groupe contre la Belgique, la Croatie et le Maroc. Présent, mais invisible.
Depuis l’arrivée de Jesse Marsch en mai 2024, la donne a changé. Waterman a effectué 14 de ses 17 sélections internationales sous Marsch — plus de 80% de ses caps en carrière accumulés en deux ans. Le nouveau sélectionneur lui fait confiance. Il l’aligne. Il compte sur lui.
À la Copa América 2024, il est dans le groupe. À la Gold Cup 2025, il dispute trois matchs dans un groupe où le Canada reste invaincu. Et au Mondial 2026, il entre dans le onze de base ou sort du banc selon les besoins — un défenseur de 30 ans, expérimenté, fiable, qui a appris à jouer dans les grands moments.
Ce qu’il faut retenir
Joel Waterman est peut-être le joueur de cette équipe dont le parcours est le plus canadien dans le sens le plus littéral du terme. Pas d’Europe à 14 ans. Pas d’académie de Premier League. Pas de camp de réfugiés ni d’odyssée méditerranéenne. Un village de la Colombie-Britannique. Quatre ans d’université avec un vrai diplôme. Une nouvelle ligue nationale qui lui ouvre une porte qu’aucune autre n’avait voulu ouvrir. Et une carrière construite brique par brique, ville par ville — Calgary, Montréal, Chicago — jusqu’à la Coupe du monde.
« Still that kid from Aldergrove who had a dream and chased it. »
Deux fois.



