Troisième rapport annuel, troisième communiqué de remerciements presque identique. À force de se féliciter mutuellement, on finit par se demander si la reddition de comptes produit encore de vrais changements.
La vérificatrice générale de la Ville de Terrebonne, Anne Touchette, a déposé le 14 juillet son troisième rapport annuel consécutif au conseil municipal, portant sur l’exercice terminé le 31 décembre 2025. Le rapport comprend un audit financier ayant reçu une opinion sans réserve, deux audits de performance — l’un sur la rémunération des membres du conseil, l’autre sur le maintien des actifs municipaux — ainsi qu’un suivi des recommandations passées. La réaction de la direction générale a suivi un script devenu familier : remerciements chaleureux à la vérificatrice pour « sa rigueur et son professionnalisme », mention de « l’engagement collectif envers l’amélioration continue », et confirmation que les constats sont « accueillis favorablement ». C’est exactement, presque mot pour mot, le même message qu’après le rapport de 2024.
Le vrai contenu du rapport mérite mieux qu’un communiqué de courtoisie.
Sous cette cordialité de façade se cache un constat concret et chiffré : l’audit sur la rémunération des élus, qui totalise 8 millions de dollars pour la période 2022-2025, a débouché sur dix recommandations visant à accroître la transparence et à mieux harmoniser les pratiques de divulgation. Mme Touchette elle-même a illustré le problème avec une précision rare pour ce genre d’exercice : le calcul des allocations de transition des élus varie actuellement selon la méthode utilisée — extrapoler les trois derniers mois de rémunération sur une année, par exemple, plutôt qu’utiliser les douze derniers mois réels — une incohérence qui, selon elle, devrait être harmonisée pour que la méthode soit la même partout. Ce n’est pas un détail administratif : c’est le genre de flou méthodologique qui, sur une enveloppe de 8 millions de dollars, peut avoir un impact réel sur les sommes versées aux élus sortants.
Le suivi des recommandations progresse — mais le rythme mérite d’être questionné.
Le rapport souligne que 54 recommandations additionnelles issues d’audits antérieurs ont été mises en œuvre par la Ville en 2025, et que les onze recommandations adressées à la direction des finances lors du rapport précédent ont toutes été corrigées, selon la conseillère Sonia Leblanc. C’est un progrès réel, et il faut le reconnaître : contrairement à bien des municipalités où les rapports de vérification s’empilent sans suite concrète, Terrebonne peut démontrer un taux de mise en œuvre suivi et documenté. Mais le rapport lui-même reconnaît, dans ses conclusions, qu’un nombre encore important de recommandations demeure en traitement — ce qui signifie que malgré trois années de rapports et un ton de remerciements systématiquement élogieux de la part de l’administration, le chantier de la conformité n’est toujours pas terminé.
Ce qui manque à ce rituel annuel : un peu de friction visible.
Trois rapports, trois communiqués de remerciements presque interchangeables, où la direction générale ne formule jamais le moindre désaccord public avec les constats de la vérificatrice. Sur le plan des relations de travail, c’est un signe positif de collaboration. Sur le plan de la reddition de comptes démocratique, c’est un peu suspect : une fonction de vérification indépendante qui ne produit jamais, publiquement, de moment de tension avec l’administration qu’elle surveille finit par ressembler à un exercice cérémonial plutôt qu’à un véritable contre-pouvoir. La population de Terrebonne gagnerait à voir, une fois, un point de friction clairement assumé — un refus partiel, un désaccord sur un échéancier, une recommandation jugée trop coûteuse à appliquer rapidement — plutôt qu’une troisième année de remerciements presque calqués sur les deux précédents.
Ce que le prochain rapport, en 2027, devrait démontrer.
La question qui compte n’est pas de savoir si la Ville « accueille favorablement » les constats de sa vérificatrice — elle le fait, systématiquement, depuis trois ans. La vraie question est de savoir si la méthode de calcul des allocations de transition des élus, pointée du doigt cette année sur une enveloppe de 8 millions de dollars, sera effectivement harmonisée d’ici le prochain rapport, ou si elle rejoindra la pile des recommandations « en traitement » qu’on retrouve, année après année, dans le même chapitre poli des suivis en cours.



