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Carney promet plus de 8 milliards $ pour les communautés autochtones

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À l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones, le premier ministre du Canada, Mark Carney, a salué dimanche la contribution des Premières Nations, des Inuits et des Métis à l’histoire et au développement du pays, tout en mettant en avant les investissements annoncés par son gouvernement en faveur des communautés autochtones.

Dans une déclaration officielle, le chef du gouvernement a souligné que les peuples autochtones sont les gardiens des terres et des eaux du Canada depuis des millénaires et qu’ils continuent aujourd’hui de jouer un rôle central dans le développement économique et social du pays.

M. Carney a cité plusieurs projets majeurs réalisés en partenariat avec des communautés autochtones au cours de la dernière année, notamment le projet Nukkiksautiit à Iqaluit, le terminal de gaz naturel liquéfié Ksi Lisims en Colombie-Britannique et le Corridor économique et de sécurité de l’Arctique. Selon le gouvernement, ces initiatives visent à accroître la participation autochtone au financement et à la gestion des ressources naturelles.

Le premier ministre a également rappelé les engagements financiers dévoilés dans la mise à jour économique du printemps 2026. Ottawa prévoit notamment plus de 4 milliards de dollars pour améliorer l’accès aux soins de santé, à l’éducation adaptée aux réalités culturelles et à l’alimentation dans les communautés autochtones. Une enveloppe supplémentaire de plus de 4,6 milliards de dollars doit être consacrée à la protection et à l’amélioration de l’accès à l’eau potable dans les Premières Nations.

Le gouvernement fédéral affirme par ailleurs poursuivre la mise en œuvre des appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, des appels à la justice de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, ainsi que de la loi fédérale sur la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

« La vérité mène à la réconciliation », a déclaré M. Carney, affirmant vouloir bâtir un Canada « juste », où les enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis pourront préserver leurs langues, leurs cultures et leurs traditions tout en bénéficiant pleinement des possibilités offertes par le pays.

La Journée nationale des peuples autochtones est célébrée chaque année le 21 juin partout au Canada. Elle vise à reconnaître les cultures, les traditions et les contributions des peuples autochtones à la société canadienne.

Pluies diluviennes au Québec : ce que votre assurance couvre vraiment

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Les fortes pluies qui s’abattent sur plusieurs régions du Québec ont déjà provoqué des dégâts d’eau dans des secteurs de Montréal, des Laurentides et de la Montérégie, poussant le Bureau d’assurance du Canada (BAC) à lancer un appel à la prudence auprès des propriétaires et locataires.

Dans un communiqué publié samedi, l’organisme recommande aux assurés de prendre rapidement des mesures préventives afin de limiter les dommages causés par les intempéries. Le BAC suggère notamment de vérifier l’étanchéité des portes et fenêtres, de dégager les gouttières, de ranger les objets extérieurs, de réduire l’utilisation de l’eau dans la résidence pendant les épisodes de pluie intense et de déplacer les biens de valeur hors des sous-sols.

Les personnes dont l’habitation a subi des dommages sont invitées à retirer l’eau et les débris, nettoyer les surfaces touchées, assurer une bonne ventilation et conserver les factures liées aux travaux d’urgence. Le BAC recommande également de photographier les dommages et de porter un équipement de protection adéquat lors de la manipulation de matériaux contaminés.

L’organisme rappelle que la couverture des dégâts d’eau varie selon les protections souscrites. Les dommages liés aux infiltrations d’eau, aux refoulements d’égouts ou aux débordements de cours d’eau ne sont généralement couverts que si des avenants spécifiques ont été ajoutés au contrat d’assurance habitation.

Les assurés dont le logement devient inhabitable à la suite d’un sinistre couvert peuvent également avoir droit au remboursement de frais temporaires de relogement, de nourriture et de déplacement pendant la durée des réparations.

Le BAC recommande enfin aux sinistrés de communiquer rapidement avec leur assureur afin de vérifier l’étendue de leur couverture et les démarches à entreprendre pour présenter une réclamation.

Le Bureau d’assurance du Canada regroupe la majorité des assureurs de dommages du pays et offre des services d’information et d’accompagnement aux consommateurs en matière d’assurance habitation et automobile.

source et photo : BAC

Luc de Fougerolles, le défenseur qui révisait la psychologie avant de jouer le Mondial pour le Canada

Luc de Fougerolles a un père né à Montréal, une mère née en Iran, et lui est né à Londres. Chelsea l’a essayé à 6 ans — et l’a refusé. Fulham l’a gardé. À 17 ans, il était le meilleur étudiant du club tout en préparant sa première sélection canadienne. À 18 ans, il soufflait ses bougies au Japon en maillot rouge et blanc. À 20 ans, il joue le Mondial. Un choix. Une identité. Une histoire.


par Rezo Montréal | Série Mondial 2026 : Les Lions rouges


Octobre 2023. Luc de Fougerolles pose le pied à Niigata, au Japon, pour la toute première fois avec l’équipe nationale canadienne. Il a 17 ans. Dans quatre jours, il en aura 18.

Son père Jean, né à Montréal, a fait le chemin inverse un jour : il a quitté Montréal pour venir étudier à Londres, s’y est installé, a fondé une famille. Et maintenant son fils — né à Londres, formé à Fulham, avec un passeport canadien et un passeport britannique — est là, dans un hôtel du Japon, à fêter son anniversaire en maillot de l’équipe nationale de ce pays qu’il n’a jamais habité mais qui est dans ses gènes.

Il dit, souriant : « Enfin. Ça faisait longtemps. »

Il avait failli y être deux fois avant. Une fois pour cause de COVID. Une autre fois pour cause d’examens. Ce n’est pas une blague : à 17 ans, Luc de Fougerolles avait refusé de rater ses A-Levels pour aller jouer au soccer. Ses A-Levels. Ces examens britanniques de fin de secondaire que la majorité des sportifs professionnels n’ont jamais passés.

Voilà qui est Luc de Fougerolles.


Londres, Montréal, Téhéran. Dans l’ordre.

Le 12 octobre 2005, Luc de Fougerolles naît à Londres, en Angleterre. Son prénom est français — Luc, prénom classique du Québec autant que de France. Son nom de famille est français aussi — de Fougerolles, qui évoque les fougères, une vieille sonorité aristocratique que les Anglais de Fulham ont du mal à prononcer la première fois.

Son père Jean est né à Montréal, au Québec. Il est venu à Londres pour ses études et y a fait sa vie. Sa mère est née en Iran — et a ensuite grandi en Angleterre. Luc est donc, dans son arbre généalogique immédiat, le point de convergence de Montréal, de Téhéran et de Londres. Trois villes. Trois cultures. Trois histoires.

Il a trois nationalités possibles : britannique par sa naissance en Angleterre, canadienne par son père montréalais, et iranienne par sa mère. Et il a choisi — délibérément, consciemment — de jouer pour le Canada.

La Presse de Montréal, en juillet 2023, avait très bien résumé la chose dans un titre : « Montréalais de seconde génération, espoir de premier plan. » Son lien avec Montréal est indirect mais réel — c’est la ville d’où vient son père, c’est le pays qu’il a choisi pour représenter.


Chelsea à 6 ans. Refusé. Retour à Fulham.

À cinq ans, Luc commence le soccer au BHFC Battersea — un club du sud de Londres, quartier populaire en mutation sur la rive sud de la Tamise, connu aujourd’hui pour sa centrale électrique reconvertie en complexe commercial.

À six ans, il rejoint les équipes de jeunes du Fulham FC — le club aux bords de la Tamise, à Craven Cottage, une des enceintes les plus pittoresques du football anglais. Mais à un moment, Chelsea le fait venir pour un essai. Chelsea, le géant de l’ouest de Londres, au budget illimité, à la machine de développement redoutée.

L’essai ne mène nulle part. Chelsea ne le retient pas.

Il retourne à Fulham. Et dans les vestiaires du Fulham Academy, il passe les dix années suivantes à grimper les échelons tranquillement, régulièrement, sans tambour ni trompette.

Il dira plus tard de Fulham, avec une simplicité désarmante : « J’y ai été toute ma vie, en gros. Je connais les gens là-bas, j’aime ça. »


Scholar of the Year. Psychologie. Business. Et soccer.

Le 20 juin 2023, Fulham FC publie un communiqué. Son contenu est inhabituel pour un club de Premier League : le jeune Luc de Fougerolles, 17 ans, vient d’être nommé Scholar of the Year — étudiant de l’année — par le club. Pas joueur de l’année. Étudiant de l’année.

Parce que pendant qu’il jouait en Premier League 2 — la ligue des équipes U21 des clubs de Premier League — et commençait à s’entraîner avec la première équipe de Marco Silva, il préparait simultanément :

  • Un BTEC in Sporting Excellence and Performance
  • Un A-Level en Psychologie
  • Un A-Level en Business

Trois formations en parallèle. Plusieurs clubs de développement de jeunes en Angleterre encouragent leurs académiciens à compléter leurs études — mais peu y mettent autant de sérieux. Et peu sont récompensés par le titre officiel de meilleur étudiant de leur promotion.

Ses entraîneurs à Fulham attribuent une partie de ses progrès sportifs à cette rigueur mentale. Ils disent que c’est la solidité mentale qui le distingue des autres jeunes défenseurs de son âge — une capacité à rester calme sous pression, à analyser les situations rapidement, à prendre les bonnes décisions.

Le A-Level en Psychologie n’est peut-être pas une coïncidence.


Le choix du Canada

Quand la question se pose — Angleterre ou Canada ? — il n’y a pas de long débat dans la tête de Luc de Fougerolles.

Les sources du côté anglais indiquaient en 2023 que l’Angleterre suivait son développement. Il était techniquement éligible. Il était né à Londres. Il avait passé toute sa vie dans des académies anglaises.

Mais son père est Montréalais. Et Luc choisit le Canada. Ce n’est pas une décision par défaut — c’est un geste d’identité assumé.

La première fois qu’il aurait pu rejoindre la sélection canadienne U20, en avril 2022, la COVID l’en a empêché. La deuxième fois, ce sont ses examens — ses fameux A-Levels — qui ont pris la priorité. La troisième fois, à l’automne 2023, rien ne vient l’arrêter. Il s’envole pour le Japon avec l’équipe nationale senior.

Et le 12 octobre 2023, il fête ses 18 ans à Niigata, au Japon, entouré de ses coéquipiers canadiens.


De Niigata à la Copa América. En huit mois.

Le 5 octobre 2023, il est convoqué pour la première fois en équipe senior — mais ne joue pas contre le Japon. La nuit de son anniversaire est une nuit d’apprentissage, pas encore une nuit de match.

Cinq mois plus tard, le 23 mars 2024, il honore sa première sélection officielle en entrant en fin de match contre Trinité-et-Tobago à la place d’Ismaël Koné. Le Canada gagne 2-0 et se qualifie pour la Copa América — une première historique.

Et en juin 2024, à 18 ans et demi, Jesse Marsch l’intègre à la liste des 26 joueurs canadiens pour la Copa América aux États-Unis. Il est l’un des joueurs les plus jeunes du tournoi. Le 13 juillet, lors du match pour la troisième place contre l’Uruguay, il est titulaire pour la première fois en sélection senior.


1er novembre 2023. Ipswich. Et la Premier League qui attend.

Entre les deux sélections, Luc de Fougerolles a fait quelque chose d’important : il a disputé son premier match officiel avec la première équipe de Fulham — le 1er novembre 2023, en EFL Cup contre Ipswich Town. Victoire 3-1. Titulaire.

Il a 18 ans. Il joue en Premier League 2 avec les U21, il débute en coupe nationale avec la première équipe, et il vient d’être convoqué en équipe nationale senior.

En juillet 2025, il prolonge son contrat avec Fulham jusqu’en 2029. La confiance est totale dans les deux sens. Et pour lui donner du temps de jeu, Fulham l’envoie en prêt à Dender EH, en Belgique — le même championnat qui a lancé les carrières de Tajon Buchanan, Jonathan David et Ismaël Koné avant lui. Le 2 août 2025, il débute avec Dender contre le Standard de Liège. 76 minutes. Premier match. Première impression.

En décembre 2025, il est nommé Joueur espoir de l’année de Canada Soccer pour 2025.


Ce qu’il faut retenir

Dans cette série de portraits, on a raconté des fuites de guerre, des genoux explosés, des promesses faites à des entraîneurs après une défaite 5-0, des terrains construits dans des cours arrière. Luc de Fougerolles, lui, vient d’un appartement londonien au bord de la Tamise.

Il est le joueur le plus jeune de cette série. Il est peut-être aussi le plus atypique dans son chemin : refusé par Chelsea à 6 ans, meilleur étudiant de Fulham à 17 ans, en équipe nationale senior à 18 ans, titulaire en Copa América à 19 ans, au Mondial à 20 ans.

Son père a quitté Montréal pour Londres un jour, pour étudier, pour vivre. Son fils joue maintenant la Coupe du monde sous le drapeau du pays que son père a quitté.

Les histoires de la diaspora canadienne sont parfois plus belles quand elles font le chemin inverse.

Itinérance : Québec solidaire presse les partis d’agir avant que la crise ne s’aggrave

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Face à l’aggravation de la crise de l’itinérance, Québec solidaire a apporté vendredi son soutien à la campagne RELIER, une initiative qui appelle les partis politiques québécois à s’engager autour de mesures concrètes pour prévenir et réduire le phénomène.

Le député de Taschereau, Étienne Grandmont, a annoncé avoir signé la déclaration d’appui de la campagne au nom de sa formation politique, estimant que les solutions proposées permettent d’agir à la fois en prévention et en accompagnement des personnes en situation d’itinérance.

« L’itinérance n’est pas une fatalité », a déclaré l’élu, plaidant pour que les décideurs politiques fassent de la prévention une priorité dans leurs interventions.

Lancée par des acteurs engagés dans la lutte contre l’exclusion sociale, la campagne RELIER vise à mobiliser les formations politiques autour d’actions destinées à répondre à une problématique qui touche un nombre croissant de personnes dans plusieurs régions du Québec.

Selon M. Grandmont, la situation s’est considérablement complexifiée au cours des dernières années, particulièrement dans les centres urbains. Député du centre-ville de Québec depuis 2022, il affirme constater quotidiennement les effets de la crise sur le terrain.

Québec solidaire soutient notamment l’idée d’une approche axée sur la dignité, le respect des droits des personnes concernées et le renforcement des mesures permettant d’éviter les ruptures menant à l’itinérance.

Alors que les organismes communautaires multiplient les appels à l’aide face à l’augmentation des besoins, la campagne RELIER cherche à faire de la lutte contre l’itinérance un enjeu central du débat public. Ses promoteurs estiment qu’une action coordonnée des gouvernements, des municipalités et du milieu communautaire demeure essentielle pour freiner une crise qui continue de s’étendre à travers le Québec.

Mondial 2026 : Jacob Shaffelburg, le Messi des Maritimes

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Jacob Shaffelburg a grandi à Port Williams, Nouvelle-Écosse — un village de 1 100 habitants au milieu des vergers de la vallée d’Annapolis. Ses parents ont construit un terrain de soccer dans leur cour arrière. Les ballons cassaient les fenêtres. Ils ont continué quand même. À la Copa América 2024, il marquait contre le Venezuela et affrontait le vrai Messi en demi-finale. Au Mondial 2026, son grand-père Marvin retenait ses larmes. C’est la plus belle histoire de toute la Nouvelle-Écosse.


par Jean Emmanuel Duchemin | Série Mondial 2026


L’été dernier, l’équipe nationale canadienne tenait un entraînement ouvert au Wanderers Grounds de Halifax, en Nouvelle-Écosse. Des milliers de personnes avaient rempli les gradins historiques de cette enceinte — des chandails rouges et blancs partout, des enfants avec des drapeaux, des familles qui n’avaient jamais regardé un match de soccer de leur vie.

Jacob Shaffelburg marchait sur ce terrain et regardait autour de lui, un peu dépassé par l’ampleur de la scène.

Il dit : « J’ai été élevé par toute la communauté. Et ça se voyait hier soir, avec le nombre de gens qui étaient dans ma section famille pendant l’entraînement ouvert. J’avais mes voisins là. C’est un endroit spécial. Tout le monde s’aime. »

Ses voisins. Pas juste sa famille. Ses voisins de Port Williams — un village de 1 100 personnes dans la vallée d’Annapolis — avaient fait le trajet jusqu’à Halifax pour regarder leur gamin de la rue s’entraîner avec l’équipe nationale.

Voilà d’où vient Jacob Shaffelburg. Et voilà pourquoi son histoire est différente de toutes celles qu’on a racontées dans cette série.


Port Williams, Nouvelle-Écosse. Population : 1 100.

Le 26 novembre 1999, Jacob Shaffelburg naît à Kentville, en Nouvelle-Écosse — la ville principale de la vallée d’Annapolis, connue pour ses vergers de pommiers, ses exploitations agricoles et ses marées parmi les plus hautes du monde dans la Baie de Fundy. Il grandit dans le village voisin de Port Williams, à quelques minutes de là — une communauté rurale de 1 100 habitants, où tout le monde se connaît, où les enfants jouent dehors après le dîner, et où la notion de grande ville est abstraite.

Son père s’appelle Michael, sa mère Linda. Il a un grand frère, Zachary — huit ans de plus — et une sœur, Jessica. La famille Shaffelburg est une famille de soccer. Pas au sens professionnel du terme. Au sens littéral : les enfants jouaient au soccer tous les soirs après le dîner dans le terrain que Michael et Linda avaient construit dans leur cour arrière.

Linda Shaffelburg confie en riant que les voisins pensaient sûrement qu’ils étaient un peu fous. Les balles cassaient les fenêtres. Elles endommagaient les gouttières. Elles fracassaient les lumières extérieures.

La famille continuait quand même.


« J’ai réalisé qu’il fallait partir. »

Être repéré au soccer quand on vit dans une des provinces les moins peuplées du Canada, dans un village de 1 100 âmes, c’est une mission quasi impossible. Les structures de développement y sont rares. Les recruteurs des grandes académies n’y font pas de tournées. La Nouvelle-Écosse n’est pas l’Ontario. Ce n’est pas le Québec. C’est la fin de la carte, vers l’Atlantique.

Jacob Shaffelburg a compris ça très tôt.

Il se souvient d’un moment précis, à 14 ans : le directeur technique de la sélection nationale junior vient lui rendre visite en Nouvelle-Écosse. Shaffelburg comprend, en regardant cet homme traverser la province pour venir jusqu’à Port Williams, que les occasions ne viendraient pas à lui naturellement. Qu’il devrait aller les chercher lui-même.

Et là, une connexion familiale inattendue ouvre une porte. Son grand frère Zachary, huit ans plus tôt, avait fréquenté la Berkshire School — une école préparatoire de haut niveau à Sheffield, Massachusetts, sur les collines du Berkshires, connue pour son exigence académique et son programme de soccer de qualité. D’anciens élèves de la Berkshire School avaient ensuite été repêchés en MLS.

Jacob postule. Il est sur liste d’attente. Puis accepté — à condition de recommencer sa 9e année.

Il a 15 ans. Il quitte Port Williams, ses parents, ses voisins, ses amis, pour aller recommencer une année scolaire dans un pensionnat du Massachusetts. Sans garantie. Sans filet.

« C’était difficile de quitter la maison, explique-t-il. Mais je savais que c’était nécessaire. »


Gatorade Player of the Year. Deux années de suite.

À la Berkshire School, Shaffelburg explose. Ses deux dernières années au Massachusetts lui valent le titre de Gatorade Massachusetts Boys Soccer Player of the Year en 2017-18 et en 2018-19 — le prix le plus prestigieux du soccer scolaire américain, qui récompense à la fois l’excellence sportive, académique et le caractère.

Deux années consécutives. Personne ne l’avait fait avant lui à cette école.

Les scouts du Toronto FC le suivent depuis un moment. En 2016, à 16 ans, il intègre l’académie du club. Le 21 juin 2019, il signe avec l’équipe première comme Homegrown Player — le neuvième joueur formé au club de l’histoire de la franchise. Quatre jours plus tard, il est titulaire et délivre une passe décisive à Alejandro Pozuelo dans une victoire 3-2 contre Atlanta.

Son entraîneur de l’époque à Nashville, Mike Jacobs, résumera plus tard ce qu’il est : « Jacob est un joueur de couloir polyvalent avec une vitesse fulgurante qui le rend constamment dangereux. »


Copa América 2024. Le Venezuela. Et le vrai Messi.

Juin 2024. La Copa América se joue aux États-Unis. Le Canada dispute pour la première fois de son histoire ce tournoi continental. Et Jacob Shaffelburg, 24 ans, entre à la mi-temps contre le Pérou et offre la passe décisive du seul but de la victoire — inscrit par Jonathan David.

Deux semaines plus tard, 5 juillet 2024. Quarts de finale contre le Venezuela. La 13e minute. Dans un éclair, Shaffelburg récupère le ballon, se faufile dans la surface et pousse la balle au fond des filets. 1-0. Le Canada tiendra ce résultat jusqu’aux tirs au but — et se qualifiera pour les demi-finales après avoir gagné 4-3 aux penalties.

Les médias canadiens cherchent un surnom. Ils trouvent : le Messi des Maritimes.

Et en demi-finale, le Canada va affronter l’Argentine. Autrement dit : le Messi des Maritimes va affronter le vrai Messi. Lionel Messi, champion du monde en titre, meilleur joueur de l’histoire selon la majorité des experts. Dans le même match, sur la même pelouse.

Le Canada perd 2-0 contre l’Argentine. Mais Shaffelburg, lui, a existé sur ce terrain. Il a défendu, il a couru, il a pesé. Il n’a pas disparu. Et dans les tribunes, quelque part, ses parents Michael et Linda regardaient leur fils affronter le plus grand joueur du monde.

Lui, après le match : « Le simple fait d’être originaire de Port Williams, une si petite ville, et de marcher devant 70 000 partisans avec ma mère et mon père dans la foule. C’est fou. »


Grand-père Marvin et les larmes du Mondial

Juin 2026. La liste officielle du Canada pour le Mondial est annoncée. Jacob Shaffelburg figure dedans — premier Néo-Écossais de l’histoire à participer à une Coupe du monde avec l’équipe nationale masculine canadienne.

À Port Williams, sa mère Linda et son grand-père Marvin Messom apprennent la nouvelle ensemble. La CBC est là avec une caméra. Marvin — l’arrière-grand-père du joueur par alliance — a du mal à retenir ses larmes en parlant de son petit-fils. Linda aussi.

Randall Gates, propriétaire du Soccer Shop à New Minas — la ville voisine de Port Williams — connaît Jacob depuis qu’il a huit ans. Il dit : « C’est un des gamins les plus gentils que j’aie jamais rencontrés. Et tout ce qui lui arrive, il le mérite. »

Le patron d’un restaurant local d’Annapolis Valley, lui, est frappé par la même chose : chaque fois que Jacob revient dans la région, il entre dans son resto, dit bonjour, ramène parfois ses proches. « Quand ils restent humbles comme ça, ça transcende le sport. »


LAFC et le Mondial à la maison

Depuis janvier 2025, Shaffelburg joue pour le Los Angeles FC — le club de la MLS le plus en vue de la côte ouest, champion de la Coupe MLS en 2022. Il avait signé à Nashville en 2023 après son passage à Toronto, et LAFC l’a recruté pour renforcer son couloir gauche.

Au Mondial 2026, il est un des ailiers en compétition pour une place dans le onze de Jesse Marsch — avec Tajon Buchanan et Liam Millar. La concurrence est féroce. Mais Shaffelburg apporte quelque chose de rare dans ce groupe : une vitesse de débordement pure, et une connexion avec un territoire canadien que le soccer a longtemps ignoré.

La Nouvelle-Écosse. La vallée d’Annapolis. Port Williams. 1 100 habitants. Un terrain en cour arrière. Des fenêtres cassées. Et un arrière-grand-père qui retient ses larmes devant une caméra de la CBC parce que son gamin joue la Coupe du monde.

Ce n’est pas juste une belle histoire de sport. C’est la preuve que le Canada peut produire des joueurs de soccer de calibre mondial dans des endroits où personne ne cherche.

À condition que les parents soient assez fous pour construire un terrain dans leur cour.


Ce qu’il faut retenir

Dans cette série de portraits, on a raconté des fuites de guerre, des carrières dans 8 pays, des genoux explosés en ambulance et des buts rêvés la nuit d’avant. Jacob Shaffelburg, lui, vient d’un village qui ressemble à ceux que la plupart des Canadiens fantasment quand ils pensent à « la vraie vie canadienne » — calme, agricole, communautaire, loin du bruit.

Et de là, avec un terrain en cour arrière et un grand frère qui lui a montré le chemin d’une école préparatoire du Massachusetts, il s’est rendu jusqu’au vrai Messi en demi-finale de Copa América.

Le Messi des Maritimes. Et les voisins dans les tribunes.

Montréal inaugure un complexe de 96 logements destiné aux femmes en situation de vulnérabilité

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Un nouveau complexe résidentiel de 96 logements destiné à des femmes en situation de vulnérabilité a été inauguré cette semaine dans l’arrondissement de Ville-Marie, à Montréal, dans un contexte où les organismes communautaires soulignent la persistance des besoins en matière de logement abordable et de prévention de l’itinérance.

Baptisé Résidenti’ELLE, le projet a été développé par le Y des femmes de Montréal. Il vise notamment les femmes ayant vécu de la violence, celles confrontées à des difficultés économiques, les mères monoparentales ainsi que les proches aidantes. En plus du logement, les résidentes auront accès à un accompagnement psychosocial et communautaire.

Selon l’organisme, l’initiative repose sur un modèle de mixité socioéconomique et entend offrir un environnement stable favorisant l’autonomie et l’intégration sociale des occupantes.

L’inauguration a réuni des représentants du Y des femmes de Montréal, des élus municipaux et provinciaux ainsi que plusieurs partenaires ayant contribué à la réalisation du projet.

Le complexe s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre l’itinérance féminine et de soutien aux femmes à risque de perdre leur logement. Les responsables du projet estiment que l’accès à un milieu de vie sécuritaire constitue un facteur déterminant pour favoriser la stabilité résidentielle et la réinsertion sociale.

La réalisation de Résidenti’ELLE a bénéficié de financements provenant de différents paliers gouvernementaux, notamment à travers le programme AccèsLogis Québec et l’Initiative fédérale pour la création rapide de logements.

Fondé en 1875, le Y des femmes de Montréal est un organisme communautaire qui offre des services en hébergement, employabilité, intervention jeunesse et soutien aux femmes confrontées à diverses formes de vulnérabilité sociale.

Des loutres de mer arrivent à l’Aquarium du Québec après un réaménagement de 20,9 millions de dollars

L’Aquarium du Québec accueille pour la première fois de son histoire des loutres de mer, une nouvelle attraction qui s’ouvre officiellement au public samedi à la suite d’un vaste projet de réaménagement de son îlot central.

Baptisé « Louphoque », le nouvel espace de 4 000 mètres carrés a nécessité un investissement de 20,9 millions de dollars. Il comprend des habitats destinés aux loutres de mer et aux phoques, ainsi que des installations permettant aux visiteurs d’observer les animaux à travers des bassins vitrés et différents points de vue aménagés.

Quatre loutres de mer provenant de l’Aquarium de Vancouver ont déjà intégré leur nouvel environnement. L’installation dispose d’une capacité d’accueil pouvant atteindre huit individus. Selon l’établissement, les animaux ont été recueillis alors qu’ils étaient encore très jeunes à la suite d’opérations de sauvetage.

Sept phoques communs occupent également les nouvelles infrastructures, dont trois récemment arrivés à Québec.

Le projet comprend des bassins de présentation, des installations de soins, un bassin d’isolement et des espaces de vie conçus pour reproduire certains éléments des côtes canadiennes, notamment des formations rocheuses, des grottes marines et des plages. Un parcours éducatif destiné aux visiteurs a aussi été aménagé.

L’arrivée des loutres de mer élargit la collection animale de l’Aquarium du Québec. Selon les responsables de l’établissement, seul l’Aquarium de Vancouver présentait jusqu’ici cette espèce parmi les grands aquariums canadiens.

Les nouvelles installations ont été inaugurées vendredi lors d’une visite officielle à laquelle participaient des représentants du gouvernement du Québec, de la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) et de l’Aquarium du Québec.

L’Aquarium du Québec, situé dans la capitale québécoise, abrite plus de 10 000 spécimens représentant de nombreuses espèces marines et aquatiques.

Monique Giroux prend la direction artistique de la future Maison de la chanson du Québec

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Figure bien connue de la radio et de la promotion de la chanson québécoise, Monique Giroux a été nommée directrice artistique de la future Maison de la chanson et de la musique du Québec, un projet culturel qui doit ouvrir ses portes en 2028 à Montréal.

L’annonce a été faite jeudi par l’organisme responsable du projet. Mme Giroux, qui défend depuis plus de deux décennies l’idée d’un lieu permanent consacré à la chanson et à la musique québécoises, quitte par ailleurs la présidence du conseil d’administration. Elle sera remplacée à ce poste par Alexandre Gélinas, directeur général et artistique du Théâtre Le Patriote.

Selon l’organisme, cette nomination intervient alors que le projet entre dans une nouvelle phase avec le lancement du chantier d’aménagement de la future institution. En tant que directrice artistique, Monique Giroux sera chargée de concevoir la programmation et les contenus destinés au public.

Porté depuis 2002, le projet a obtenu au fil des années l’appui de nombreuses personnalités du milieu culturel, dont le parolier Luc Plamondon, ainsi que celui de plusieurs centaines d’artistes et intervenants du secteur.

De son côté, Alexandre Gélinas apporte plus de 25 ans d’expérience dans le milieu culturel québécois. À la tête du Théâtre Le Patriote depuis 2012, il a également occupé diverses fonctions au sein d’organismes culturels régionaux et nationaux.

La Maison de la chanson et de la musique du Québec doit être aménagée dans la Bibliothèque Saint-Sulpice, édifice patrimonial situé dans le Quartier latin de Montréal. Présenté comme le premier espace permanent entièrement consacré à la chanson et à la musique québécoises, le projet bénéficie du soutien du gouvernement du Québec, de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et de la Ville de Montréal.

Une exposition immersive fait renaître le savoir millénaire des canots autochtones

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Entre sons de pagaies, récits ancestraux et innovations maritimes, une nouvelle exposition présentée à Ottawa met en lumière un héritage autochtone vieux de plusieurs millénaires. Intitulée Voyage sacré, elle ouvre ses portes samedi au Musée des sciences et de la technologie du Canada et sera accessible jusqu’en janvier 2027.

Développée par la nation Heiltsuk, de la côte pacifique canadienne, l’exposition plonge les visiteurs dans l’univers des canots d’océan, au cœur de la vie culturelle, sociale et économique des peuples autochtones côtiers depuis des milliers d’années.

À travers des œuvres d’art, des vidéos interactives et des installations audiovisuelles immersives, Voyage sacré retrace l’histoire de ces embarcations, longtemps utilisées pour le transport, le commerce, la pêche et les cérémonies. L’exposition montre également leur rôle actuel dans la transmission des savoirs, la revitalisation culturelle et l’engagement des jeunes générations.

Les organisateurs souhaitent aussi démontrer que les traditions autochtones reposent sur des connaissances avancées en matière d’ingénierie navale, de navigation et d’observation de l’environnement. « Le savoir autochtone fait partie intégrante du paysage de l’innovation au Canada », souligne le musée.

Pour sa présentation à Ottawa, l’exposition intègre également du contenu consacré à la culture du canot chez le peuple algonquin Anishinaabe, offrant un regard complémentaire sur l’importance symbolique et pratique de ces embarcations.

Le chef héréditaire heiltsuk Frank Brown estime que cette initiative contribue au processus de réconciliation en favorisant une meilleure compréhension des traditions autochtones. De son côté, la direction du musée voit dans cette exposition une occasion de faire découvrir au public « la force, l’ingéniosité et la pertinence » de ces savoirs toujours vivants.

L’exposition est présentée dans le cadre du programme fédéral « Un Canada fort », qui offre cet été des tarifs réduits dans plusieurs institutions muséales du pays.

De Montréal à Glasgow : Alistair Johnston, le défenseur qui ne recule devant rien

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Alistair Johnston a une mère nord-irlandaise, un passeport britannique, parle français et anglais, a joué pour CF Montréal, et a débarqué au Celtic sans avoir entraîné une seule fois avec l’équipe — directement dans le plus grand derby du football britannique. 9 titres en 3 ans à Glasgow. Et maintenant le Mondial à la maison. Logique.


par Jean Emmanuel Duchemin | Série Mondial 2026


Le 2 janvier 2023, Alistair Johnston pose le pied à Glasgow pour la première fois en tant que joueur du Celtic FC. Il ne connaît personne dans le vestiaire. Il n’a pas encore fait un seul entraînement avec son nouveau club. Son contrat est devenu effectif la veille — le 1er janvier, jour de l’An.

Et le lendemain, l’entraîneur Ange Postecoglou l’aligne d’entrée.

Pas en match amical. Pas en match de coupe secondaire. En Old Firm Derby — Celtic contre Rangers, à l’Ibrox Stadium, le match le plus électrique, le plus chargé d’histoire et de rivalité du football britannique. Cent mille décibels. Cinquante mille supporters des Rangers qui veulent sa tête. Cinquante mille supporters des Celts qui exigent qu’il soit à la hauteur dès la première seconde.

Il joue les 90 minutes. Le match se termine 2-2. Et son manager dira après : « Il ne pouvait pas avoir un test plus difficile comme joueur du Celtic. Il s’en est très bien sorti. »

Ce n’était pas la dernière fois qu’il affronterait les Rangers. Et ce n’était clairement pas la dernière fois qu’il passait un test avec succès.


Vancouver, Montréal, Aurora — et Belfast

Le 8 octobre 1998, Alistair William Johnston naît à Vancouver, en Colombie-Britannique. Son père Bill est né à Vancouver — un Canadien pur souche, qui plus est un footballeur : il a remporté deux fois le Championnat national de soccer du Canada avec le Vancouver Westside FC, en 1993 et en 1996. Le soccer comme héritage paternel direct.

Sa mère Catherine, elle, est née à Newtownards, en Irlande du Nord — une ville du comté de Down, à quelques kilomètres de Belfast, sur les rives du Lough Strangford. Elle donne à son fils quelque chose d’inattendu : un passeport britannique.

Ce passeport changera tout.

Quand Alistair a quatre ans, la famille quitte Vancouver pour Montréal. Il commence le soccer au Lakeshore SC — un club de la banlieue ouest de l’île, dans le quartier LaSalle. Il parle français. Il joue au soccer et au hockey — comme des milliers de gamins québécois de son âge.

À sept ans, nouvelle migration : la famille part à Aurora, en Ontario, ville de banlieue cossue au nord de Toronto. Il rejoint les équipes de jeunes locales, grandit dans le soccer ontarien, et finit ses études secondaires à la Aurora High School en 2016.

Vancouver → Montréal → Aurora. Et une mère nord-irlandaise dans le tableau. Cette géographie improbable va définir toute sa carrière.


Refusé à Troyes, repêché par Nashville, révélé à Montréal

À 15 ans, via le programme de développement ANB Futbol, Johnston réalise un essai d’une semaine en France avec l’ESTAC Troyes. L’essai ne mène nulle part — Troyes ne le retient pas. Il rentre en Ontario.

Il enchaîne avec le Vaughan SC, en Ontario, où il remporte notamment le titre provincial U21 deux années consécutives, avant d’aller jouer au soccer universitaire — d’abord à l’Université Saint John à New York (deux ans, 24 points en 36 matchs), puis à Wake Forest University en Caroline du Nord (deux saisons, 22 points en 43 matchs), une des meilleures formations collégiales de soccer des États-Unis.

En 2020, lors de la SuperDraft de la MLS, Nashville SC le sélectionne en 11e position. Il signe pour deux saisons, apprend le soccer professionnel, inscrit son premier but en MLS contre l’Inter Miami en septembre 2021 — victoire 5-1.

En décembre 2021, CF Montréal l’acquiert pour un million de dollars en allocation générale. Retour au Québec. Retour dans la ville où il a posé ses premières touches de balle, enfant.

Sa saison 2022 avec Montréal est spectaculaire : 4 buts et 5 passes décisives en 33 matchs, nommé joueur défensif de l’année du club. Il joue les trois matchs du Canada à la Coupe du monde au Qatar — contre la Belgique, la Croatie et le Maroc — entier sur le flanc droit de la défense.

Et là, entre les matchs du Qatar, quelque chose se trame. Des rumeurs d’abord. Puis une confirmation : le Celtic FC veut l’acheter.


Le passeport nord-irlandais, la clé du royaume

Pour un joueur non européen, signer dans un club de Premier League ou de Scottish Premiership implique des démarches de visa complexes, des quotas de joueurs étrangers, des contraintes administratives. C’est un frein réel.

Sauf qu’Alistair Johnston a un passeport britannique, grâce à sa mère née à Newtownards. Il n’est pas un joueur étranger au Royaume-Uni. Il est automatiquement éligible pour jouer en Écosse — ou en Angleterre — sans la moindre restriction.

Ce passeport britannique lui permettait d’être enregistré automatiquement en Scottish Premiership — un détail administratif qui a facilité la transaction, rapportée autour de 3,5 millions d’euros.

La famille du Lakeshore SC de LaSalle avait donc, sans le savoir, semé les graines d’une carrière européenne en donnant à Alistair les deux passeports qui lui ouvriraient toutes les portes.


9 titres en 3 ans. Et le truc des 13 duels.

Voilà les chiffres bruts de la carrière d’Alistair Johnston au Celtic, de janvier 2023 à aujourd’hui. Trois Championnats d’Écosse. Trois Coupes d’Écosse. Trois Coupes de la Ligue. Neuf titres en trois saisons.

Pour contextualiser : la plupart des joueurs professionnels remportent un ou deux titres majeurs dans toute leur carrière. Certains n’en remportent aucun. Johnston en est à neuf à 27 ans.

Et ce n’est pas lui qui marque les buts ou qui fait les dribbles qui font le tour d’internet. Il est arrière droit. Son travail, c’est de défendre. Et il le fait d’une manière qui a rapidement convaincu les supporters du Celtic qu’il était le successeur idéal du Croate Josip Juranovic.

En un seul Old Firm Derby à l’Ibrox, en avril 2023, il a remporté 13 duels sur 14 au sol. Treize. Son journal écossais Daily Record a alors déclaré qu’il « se dirigeait vers le statut de culte » à Parkhead. Ce n’était pas une exagération.

Sur 109 matchs suivis pour le Celtic, il a gagné 460 duels — plus de la moitié de tout ce qu’il a contesté — effectué 200 dégagements et réalisé 71 interceptions. Ce ne sont pas des chiffres de joueur ordinaire. Ce sont des chiffres de bête défensive.

Et il aime ça. Il l’a dit lui-même à son arrivée : « J’adore les tacles, j’adore envoyer des diagonales, je suis un joueur assez physique. »


« Le Celtic standard. C’est épuisant mentalement. »

En mars 2025, Johnston accorde une longue interview à Canadian Soccer Daily depuis Los Angeles, où il vient de rejoindre ses coéquipiers de l’équipe nationale avant des matchs de qualifications. Il parle de ce que ça fait de vivre sous la pression permanente du Celtic.

La veille, son club venait de perdre un Old Firm Derby face aux Rangers. Et il atterrit à LA avec ça dans la tête, sachant qu’il doit maintenant performer pour son pays.

Il dit : « La semaine dernière, on a fait un match de merde. Le dernier contre qui tu veux faire ça, c’est eux. Tu fais ça et instantanément tu vas en entendre parler. Même si l’année qu’on a eu a été incroyable. On vole dans la ligue, on a un trophée en poche, on a eu un parcours européen incroyable. Mais c’est le Celtic standard. C’est épuisant mentalement — mais ça veut dire tellement quand tu es dans un club comme ça. »

Et cette phrase, qui résume mieux que n’importe quelle analyse sa philosophie du sport de haut niveau : « C’est la pression que tu dois apprendre à apprécier. »


Son père, champion canadien. Lui, champion d’Europe du nord. Et maintenant…

Il y a quelque chose de beau dans la symétrie de cette histoire.

Bill Johnston, le père, remportait le Championnat national de soccer du Canada avec Vancouver en 1993 et 1996 — dans les ligues amateurs de haut niveau de l’époque, quand le soccer professionnel n’existait pas encore vraiment au pays.

Alistair Johnston, le fils, remporte neuf titres avec un des clubs les plus populaires d’Europe, participe à la Ligue des Champions avec le Celtic, joue le Mondial 2022 à Qatar, et s’apprête à disputer le Mondial 2026 sur le sol nord-américain.

Et entre les deux : une mère née à Newtownards, un enfance montréalaise au Lakeshore SC, un essai raté à Troyes, et un Old Firm Derby joué sans même avoir fait une séance d’entraînement avec son club.

Il parle français et anglais. Il a un passeport canadien et un passeport britannique. Il est né à Vancouver, a grandi à Montréal et Aurora, joue en Écosse et représente le Canada.

C’est ça, ce pays. Et c’est pour ça qu’on l’aime.


Ce qu’il faut retenir

Alistair Johnston n’est pas le joueur qui va faire les manchettes pour un geste technique ou un but de trente mètres. Il est celui que tu remarques quand tu te demandes pourquoi l’adversaire n’arrive plus à déborder sur le côté droit.

Il gagne ses duels. Il envoie ses diagonales. Il sourit en tacles.

Et dans les moments qui comptent vraiment — un Old Firm Derby à l’Ibrox sans avoir entraîné, un Mondial au Qatar dans un groupe avec la Belgique, un Mondial 2026 devant sa propre famille — il est toujours là, solide, et prêt.

Le Celtic standard. Il l’a appris à Glasgow. Il va l’apporter au Canada cet été.