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Tarifs de Trump : Le Québec, la province la plus frappée, la moins entendue

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Sur l’ensemble des provinces canadiennes, c’est le Québec qui supporte le taux tarifaire réel le plus élevé sur ses exportations vers les États-Unis — environ neuf pour cent, contre six virgule sept pour cent pour l’Ontario, cinq virgule trois pour cent pour le Manitoba, et une moyenne nationale de quatre virgule deux pour cent. En clair, quand on calcule les droits de douane réellement payés à la frontière américaine par rapport à la valeur totale des exportations, le Québec paie proportionnellement deux fois plus que la moyenne canadienne.

Ce n’est pas une estimation alarmiste. C’est le résultat d’une analyse rigoureuse des économistes de Desjardins, publiée il y a quelques semaines et confirmée depuis par les données de BMO et de Radio-Canada. Environ neuf virgule un milliards de dollars d’exportations québécoises vers les États-Unis sont maintenant menacés par les nouvelles mesures tarifaires annoncées le 20 juillet — soit plus de dix pour cent des quatre-vingt-cinq milliards d’exportations totales du Québec vers son partenaire commercial principal.

Voilà ce que les nouvelles surtaxes de cinquante pour cent signifient concrètement pour cette province : non pas une menace abstraite sur des marchés lointains, mais une attaque directe sur le quart de ses exportations manufacturières.

Quatre secteurs, des dizaines de milliers d’emplois

Pour comprendre la gravité de la situation, il faut regarder les secteurs touchés avec précision.

Depuis le début de 2025, quatre grandes catégories de produits québécois encaissent des tarifs sectoriels cumulatifs : l’aluminium, le bois d’œuvre, les camions et autobus, et les composantes métalliques dans les produits finis. Ces quatre filières représentent à elles seules une part décisive de l’économie manufacturière de plusieurs régions — le Saguenay-Lac-Saint-Jean pour l’aluminium, la Mauricie et la Côte-Nord pour le bois d’œuvre, Chaudière-Appalaches et le Centre-du-Québec pour les produits manufacturés diversifiés.

Ce ne sont pas des secteurs en déclin que les tarifs achèveraient. Ce sont des industries vivantes, ancrées dans des communautés, qui emploient des travailleurs qualifiés dont les salaires font vivre des familles, des commerces locaux et des municipalités entières. La fermeture de l’usine Bestar à Lac-Mégantic n’est pas un incident isolé — c’est le signal d’une pression qui s’accumule depuis dix-huit mois et qui commence à produire des dommages irréversibles.

La PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec a résumé la situation sans détour : des entrepreneurs lancent quotidiennement des appels à l’aide. C’est le tableau réel du Québec industriel en ce mois de juillet 2026 — pendant que les dirigeants politiques négocient à Washington et posent pour des photos à Charlottetown.

La stratégie de Trump sur l’aluminium : vouée à l’échec, mais destructrice en transit

Le nouveau volet du décret présidentiel du 20 juillet qui a le moins retenu l’attention mérite pourtant qu’on s’y attarde. En même temps que les nouvelles surtaxes générales, Trump a signé un programme censé inciter des alumineries à relocaliser leur production sur le sol américain, en offrant un tarif réduit de vingt-cinq pour cent aux entreprises qui s’engagent à construire de nouvelles capacités aux États-Unis.

Ce programme est, selon l’analyse de plusieurs experts en géopolitique industrielle, fondamentalement non viable. Les États-Unis manquent de l’électricité bon marché et propre nécessaire à la production d’aluminium primaire. La concurrence asiatique — essentiellement chinoise — qui avait tué l’industrie américaine de l’aluminium dans les années 1990 et 2000 est toujours présente. Et les délais de construction d’une aluminerie moderne se mesurent en années, pas en mois. Dans les faits, ce programme semble davantage conçu pour servir un projet précis en Oklahoma — un partenariat entre Century Aluminum et une entreprise des Émirats arabes unis — que pour véritablement réindustrialiser le secteur américain.

Mais voici le problème pour le Québec : même un programme voué à l’échec industriel à long terme peut produire des dommages économiques réels à court terme. Si quelques grandes entreprises américaines utilisent ce mécanisme pour importer de l’aluminium non québécois à tarif réduit, les alumineries du Saguenay perdent des contrats. Ce sont des emplois qui disparaissent maintenant, pendant que les experts débattent de la viabilité du programme dans dix ans.

Ce que LeBlanc doit obtenir à Washington — et ce qu’il n’obtiendra probablement pas

Le ministre LeBlanc est à Washington cette semaine pour la première session intensive de négociations depuis l’annonce des nouvelles surtaxes. La délégation canadienne y arrive avec une position de départ maintenant publiquement connue : séparer les tarifs sectoriels de la renégociation globale de l’ACEUM, et concentrer l’effort sur l’acier, l’aluminium, l’automobile et les produits forestiers.

C’est précisément là que l’asymétrie de la situation canadienne apparaît dans toute sa brutalité. Les secteurs que LeBlanc veut défendre en priorité sont les secteurs québécois et ontariens les plus touchés. Mais les concessions que Washington exige en échange — assouplissement de la gestion de l’offre, retour des alcools américains dans les épiceries provinciales, modifications aux politiques numériques — touchent elles aussi directement des intérêts québécois que le gouvernement Fréchette ne peut pas sacrifier à soixante-dix jours des élections.

La gestion de l’offre dans le secteur laitier est défendue par des milliers de producteurs québécois organisés politiquement et dispersés dans des dizaines de circonscriptions rurales. Les alcools, c’est la SAQ — une institution publique québécoise dont le boycott des produits américains est devenu un geste de solidarité nationale que de nombreux Québécois ont adopté spontanément. Demander à Fréchette de lâcher l’un ou l’autre de ces dossiers dans le contexte d’une campagne préélectorale, c’est lui demander de se tirer une balle dans le pied pour aider Ottawa à désamorcer une bombe que Washington a posée.

Ce n’est pas qu’une contrainte politique. C’est une réalité démocratique. Et LeBlanc, qui connaît le terrain québécois mieux que quiconque dans le cabinet Carney, sait exactement à quel point sa marge de manœuvre est étroite.

La diversification : progrès réels, vitesse insuffisante

Il y a une bonne nouvelle dans ce tableau difficile, et il faut la nommer honnêtement pour ne pas tomber dans le catastrophisme. Le Canada — et le Québec avec lui — a fait des progrès réels dans la diversification de ses marchés d’exportation. Entre mars 2025 et mars 2026, les exportations canadiennes vers des destinations autres que les États-Unis sont passées de dix-huit milliards à vingt-quatre virgule trois milliards de dollars. La part américaine des exportations canadiennes est passée de soixante-treize à soixante-six virgule sept pour cent.

C’est significatif. C’est aussi insuffisant dans le délai requis. Les entreprises québécoises qui exportaient quatre-vingt pour cent de leur production aux États-Unis ne peuvent pas pivoter vers l’Europe ou l’Asie en quelques mois sans absorber des coûts de transition considérables — nouveaux certificats, nouveaux distributeurs, nouvelles chaînes logistiques. Ce processus prend des années. Et pendant ces années de transition, les emplois sont menacés maintenant.

Il y a aussi un signal encourageant dans le secteur de l’aluminium : depuis le blocage du détroit d’Ormuz, les exportations québécoises vers les États-Unis ont légèrement repris, parce que les Américains font face à des difficultés d’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient. C’est une ironie cruelle et révélatrice : la crise géopolitique qui fait monter l’inflation mondiale crée momentanément un besoin américain pour l’aluminium québécois que les tarifs rendent par ailleurs moins compétitif. Les marchés fonctionnent souvent malgré les politiques, pas grâce à elles.

Ce que soixante-dix jours de campagne québécoise vont révéler

Le 5 octobre arrive à grands pas. Et pour la première fois depuis le déclenchement de la guerre commerciale, le Québec entre dans une campagne électorale provinciale en étant la province la plus durement touchée proportionnellement par les tarifs américains — un fait documenté, chiffré, et que tous les partis vont devoir intégrer dans leur programme.

La CAQ de Fréchette devra expliquer pourquoi, après huit ans au pouvoir, les industries québécoises les plus exposées n’ont pas suffisamment diversifié leurs marchés — et ce que le gouvernement entend faire dans les prochains mois pour soutenir les entreprises en détresse maintenant, pas dans deux ans.

Le PQ de St-Pierre Plamondon arguera que la vulnérabilité commerciale du Québec est précisément l’illustration de l’argument souverainiste : un Québec indépendant aurait sa propre voix dans les négociations commerciales internationales plutôt que de dépendre d’Ottawa. C’est un argument qui a une logique, mais qui demande qu’on lui pose aussi une question difficile : comment un Québec indépendant en pleine transition institutionnelle gèrerait-il une guerre commerciale avec Washington dans ses premières années d’existence?

Québec solidaire insistera sur la nécessité de protéger les travailleurs et les communautés touchées par les fermetures — avec des programmes de soutien au revenu, de requalification professionnelle, et d’investissement public dans les régions fragilisées. C’est une réponse sociale à une crise économique, cohérente avec leur vision, mais qui ne règle pas la question de l’accès au marché américain.

Le PLQ de Milliard, lui, aura du mal à se distinguer sur ce dossier — sauf s’il ose proposer des concessions commerciales que les autres partis refusent de faire.

La question que personne ne pose assez fort

Dans toute cette discussion, il manque une voix que les Québécois n’entendent pas assez clairement : celle qui dirait à Ottawa, sans ambiguïté, que le Québec est la province qui paie la facture la plus lourde de cette guerre commerciale, et que les concessions que Washington exige touchent des intérêts québécois spécifiques qui ne peuvent pas être sacrifiés sur l’autel d’un accord global négocié par des diplomates fédéraux.

Cette voix devrait être celle de Christine Fréchette. Pas pour faire de l’obstruction — mais pour s’assurer que, dans les négociations qui se déroulent en ce moment même à Washington, les intérêts du Québec ne se perdent pas dans le consensus mou d’un Conseil de la fédération où tout le monde est d’accord en surface et diverge dans les détails.

Neuf pour cent de taux tarifaire réel. Neuf virgule un milliards d’exportations menacées. Des entrepreneurs qui lancent des appels à l’aide quotidiennement. La province la plus frappée mérite d’être la plus entendue — à Washington comme à Ottawa, et dans la campagne électorale qui commence.

Le pont sans voisin : métaphore d’un Canada qui construit seul ce qu’il espérait partager

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Vendredi matin à Windsor, le Canada a inauguré officiellement le pont international Gordie-Howe — le plus long pont à haubans d’Amérique du Nord, deux kilomètres et demi d’acier et de béton enjambant la rivière Détroit entre l’Ontario et le Michigan. Une infrastructure de six milliards quatre cents millions de dollars financée entièrement par le contribuable canadien, conçue pour fluidifier le passage de trente millions de véhicules par année et renforcer ce corridor commercial qui représente à lui seul environ un tiers des échanges entre les deux pays.

Sur la rive canadienne, il y avait des drapeaux, des discours, des membres de la famille de Gordie Howe. Sur la rive américaine, il y avait le silence.

Aucun dignitaire américain. Aucun représentant de l’État du Michigan. Aucun fonctionnaire fédéral de Washington. La cérémonie qui devait être binationale est devenue canadienne — et unilatéralement canadienne — parce que le gouvernement Carney a jugé inapproprié d’organiser une célébration conjointe avec un partenaire qui, dans le même souffle, menaçait d’imposer cinquante pour cent de droits de douane supplémentaires sur des centaines de produits canadiens.

Ce n’est pas qu’une image. C’est un récit.

Vingt-cinq ans pour un pont, dix-huit mois pour le démolir symboliquement

L’histoire du pont Gordie-Howe est celle de la coopération canado-américaine à son meilleur — et à son plus lent. Le projet a été discuté pour la première fois sérieusement au début des années 2000. Il a fallu des années de négociations pour convaincre le Michigan de s’y associer, des décennies de planification, d’études d’impact, de consultations autochtones et de travaux de génie. Le gouvernement canadien a finalement accepté de financer l’intégralité de la construction — six milliards quatre cents millions de dollars sortis du trésor public canadien — en échange d’un partage futur des recettes péagières avec l’État du Michigan.

Ce choix de financement, à lui seul, illustre l’asymétrie fondamentale de cette relation. Le Canada a payé la totalité. L’État américain récoltera la moitié des revenus. Ce n’est pas un mauvais accord dans l’absolu — les retombées économiques pour Windsor et l’Ontario sont réelles et substantielles. Mais c’est une relation dans laquelle le partenaire le plus petit a assumé le risque financier total pour un bien collectif dont le partenaire le plus grand profitera sans en avoir payé un centime.

Et ce même partenaire, au moment où le Canada inaugure cet ouvrage de vingt-cinq ans de patience, impose cinquante pour cent de droits de douane sur les biens que ce pont est précisément destiné à faire circuler plus efficacement.

Le paradoxe est saisissant. Le pont ouvre. Le commerce, lui, se ferme.

Ce que Carney n’était pas là pour dire

Le premier ministre était absent de la cérémonie. Carney avait d’autres engagements — une rencontre avec les chefs des provinces sur les tarifs, puis le début des négociations à Washington cette semaine. Ce sont des priorités légitimes.

Mais son absence est également révélatrice d’une gêne que le gouvernement n’articule pas encore franchement. Carney a admis cette semaine avoir manqué de clarté dans les communications sur le nouvel accord de partage des recettes avec Washington concernant ce pont. Ce manque de clarté a créé une confusion sur ce que le Canada avait réellement obtenu des Américains — et a contribué à rendre l’inauguration encore plus politiquement inconfortable.

C’est Ford qui a pris le micro pour dire ce que Carney aurait peut-être dû dire lui-même. Le premier ministre ontarien a rappelé que ce pont est le symbole d’une coopération historique entre les deux pays, que Gordie Howe — né au Canada, devenu légende à Detroit — incarne cette histoire commune. Et il a ajouté, avec une franchise qu’Ottawa n’avait pas encore osée : l’Ontario sera prêt à réagir à tout nouveau droit de douane américain.

Ce n’est pas une escalade incontrôlée. C’est de la clarté — celle que les Canadiens, après dix-huit mois de guerre commerciale et de diplomatie silencieuse, commencent à réclamer.

Trump et le pont : la mauvaise foi érigée en système

La réaction américaine à l’inauguration mérite qu’on la cite, parce qu’elle dit tout sur la logique de l’administration actuelle. Trump a déclaré publiquement que le Canada avait retiré son invitation aux États-Unis — comme s’il s’agissait d’une offense canadienne, d’un caprice de mauvais voisinage. Puis il a ajouté, avec le cynisme désormais caractéristique de ses formulations commerciales, que ce n’était pas grave, puisque le Canada payait de toute façon des droits de douane considérables aux États-Unis.

La logique est circulaire et parfaitement malhonnête. Ce sont les droits de douane imposés unilatéralement par Washington qui ont rendu la célébration conjointe impossible. Ce sont ces mêmes droits de douane que Trump présente maintenant comme une justification de l’absence américaine — comme si c’était le Canada qui avait décidé de dégrader la relation, et non l’inverse.

C’est de la rhétorique destinée à l’électorat américain, pas à la réalité des faits. Mais elle fonctionne. Et le Canada doit apprendre à y répondre avec la même efficacité communicationnelle, sans jamais perdre le fond de sa position.

Ce que le pont Gordie-Howe nous enseigne sur la relation canado-américaine

Prenons du recul. Ce pont, conçu pour renforcer l’interdépendance commerciale entre deux économies organiquement liées, ouvre dans un contexte où cette interdépendance est présentée par Washington comme une faiblesse canadienne à exploiter plutôt qu’une force commune à préserver.

C’est une inversion troublante de la logique qui avait présidé à la naissance de ce projet. Dans les années 2000, investir dans un pont entre Windsor et Detroit était un choix évident : renforcer la fluidité des échanges, réduire les délais pour l’industrie automobile intégrée, diminuer les coûts logistiques. C’était une vision de la prospérité partagée, fondée sur la complémentarité des deux économies.

En 2026, ce même pont est inauguré dans un contexte où Washington impose des tarifs records, conteste la légitimité de l’accord de libre-échange qu’il a lui-même signé, utilise l’accès au marché américain comme levier de pression politique et refuse d’envoyer le moindre représentant pour célébrer une infrastructure qu’il utilisera dès lundi matin.

La question fondamentale que ce pont pose à la stratégie canadienne est donc celle-ci : jusqu’où le Canada peut-il continuer à investir dans l’intégration nord-américaine si le partenaire américain traite cette intégration comme un avantage unilatéral qu’il peut exploiter ou suspendre selon ses intérêts du moment?

La semaine qui compte

Lundi, LeBlanc et sa délégation sont à Washington pour la première vraie semaine de négociations intensives. Le pont Gordie-Howe ouvrira officiellement à la circulation ce même lundi — et les camions commenceront à traverser dans les deux sens, droits de douane ou non, parce que l’économie continentale n’attend pas les diplomates.

C’est peut-être là la leçon la plus profonde de cette inauguration sans voisin. Les infrastructures durent plus longtemps que les tensions politiques. Les ponts, les routes, les corridors commerciaux continuent de fonctionner même quand les gouvernements se querellent. L’économie réelle — les travailleurs de l’automobile à Windsor et à Detroit, les camionneurs qui traversent cent fois par an, les industriels des deux côtés — n’a pas le luxe de bouder.

Mais ce pont nous rappelle aussi que l’architecture des relations internationales se construit sur des décennies, et peut être abîmée très vite. Il a fallu vingt-cinq ans pour mettre ce tablier en place. Il a fallu dix-huit mois à l’administration Trump pour que son inauguration se déroule dans un silence américain qui résonne comme un signal d’alarme.

Le Canada a construit seul. Il ouvrira seul. Et il devra maintenant décider — à Washington cette semaine, dans les urnes en octobre, et dans les années qui viennent — quel type de voisin il veut être, et surtout, quel type de voisin il est prêt à tolérer.

Partielles fédérales : trois bastions sous haute surveillance, test politique majeur pour Carney

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Le premier ministre canadien Mark Carney a déclenché dimanche trois élections partielles qui se tiendront le 31 août dans les circonscriptions de Chicoutimi–Le Fjord (Québec), Beaches–East York (Ontario) et North Vancouver–Capilano (Colombie-Britannique). Au-delà du remplacement de trois députés démissionnaires, ces scrutins constituent un véritable test électoral du gouvernement libéral et pourraient influencer l’équilibre politique à la Chambre des communes.

Avec 172 députés sur 343, soit le seuil minimal pour conserver une majorité, les libéraux abordent cette séquence avec une marge de manœuvre extrêmement réduite. Une contre-performance dans plusieurs circonscriptions renforcerait la pression sur le gouvernement, tandis qu’un balayage confirmerait la capacité de Mark Carney à consolider son autorité politique moins de deux ans après son arrivée au pouvoir.

Chicoutimi–Le Fjord : un bastion conservateur remis en jeu

Au Québec, tous les regards seront tournés vers Chicoutimi–Le Fjord, devenue vacante après la nomination au Sénat de Richard Martel, annoncée au début de juillet. Ancien entraîneur-chef des Saguenéens de Chicoutimi dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, M. Martel s’était imposé comme l’une des figures politiques les plus connues du Saguenay après avoir ravi la circonscription aux libéraux en 2018, avant d’être réélu à plusieurs reprises.

Cette partielle représente un enjeu stratégique pour les conservateurs. Malgré le départ de leur député sortant, ils tenteront de préserver une circonscription où le vote conservateur s’est solidement implanté au cours des dernières années. Les libéraux espèrent toutefois profiter de l’absence de l’effet de personnalité associé à Richard Martel pour redevenir compétitifs dans une région longtemps disputée entre différentes formations fédérales.

Beaches–East York : une forteresse libérale à défendre

À Toronto, Beaches–East York demeure l’un des bastions historiques du Parti libéral. La vacance du siège fait suite au départ de Nathaniel Erskine-Smith, personnalité influente de l’aile progressiste du caucus libéral, qui quitte la politique fédérale après plusieurs mandats.

Même si cette circonscription demeure favorable aux libéraux sur le plan historique, les observateurs suivront l’ampleur de la majorité obtenue. Une baisse importante du soutien électoral pourrait révéler une certaine érosion dans les grands centres urbains de l’Ontario, tandis qu’une victoire confortable conforterait le gouvernement dans son principal bastion électoral.

Le Nouveau Parti démocratique, historiquement compétitif dans certains quartiers de Toronto, cherchera également à profiter de cette campagne pour regagner du terrain auprès de l’électorat progressiste.

North Vancouver–Capilano : un duel décisif sur la côte Ouest

En Colombie-Britannique, North Vancouver–Capilano est devenue vacante après le départ de Jonathan Wilkinson, ancien ministre fédéral devenu ambassadeur du Canada auprès de l’Union européenne. Cette circonscription de la région métropolitaine de Vancouver est considérée comme l’une des plus stratégiques de l’Ouest canadien.

Les libéraux devront défendre un siège où les conservateurs cherchent depuis plusieurs années à accroître leur présence. Le résultat permettra également de mesurer les rapports de force entre les libéraux, les conservateurs et le NPD dans une province où les marges électorales demeurent souvent serrées.

Trois élections, un même enjeu national

Ces élections partielles interviennent dans un contexte où plusieurs députés fédéraux ont quitté leurs fonctions depuis les élections générales de 2025. Le départ de Richard Martel vers le Sénat représente notamment le cinquième élu conservateur à quitter le caucus depuis ce scrutin.

Pour Mark Carney, l’objectif dépasse largement la simple conquête ou la conservation de trois sièges. Une victoire dans les trois circonscriptions renforcerait la crédibilité de son gouvernement et lui donnerait davantage de latitude pour faire avancer son programme législatif à Ottawa.

À l’inverse, une série de revers offrirait aux conservateurs de Pierre Poilievre – ainsi qu’aux autres partis d’opposition – un puissant argument pour remettre en question la solidité politique du gouvernement, alors que plusieurs autres élections partielles devraient encore être convoquées au cours des prochains mois.

Les bureaux d’Élections Canada ouvriront prochainement dans les trois circonscriptions afin de lancer officiellement la période électorale. Les candidatures devraient être annoncées au cours des prochaines semaines, ouvrant une campagne de cinq semaines qui servira de premier baromètre de l’humeur de l’électorat canadien depuis les élections fédérales de 2025.

Les tendances de la mode en 2026 : entre créativité, durabilité et influence numérique

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L’industrie mondiale de la mode poursuit sa transformation en 2026. Si les grandes maisons de luxe continuent d’imposer leur vision sur les podiums de Paris, Milan, Londres et New York, les nouvelles tendances naissent désormais aussi sur les réseaux sociaux, dans la rue et auprès de jeunes créateurs qui misent sur l’innovation et la responsabilité environnementale.

Cette année, le retour des silhouettes audacieuses marque une rupture avec le minimalisme des dernières saisons. Les vestes aux épaules structurées, les pantalons amples, les robes sculpturales et les superpositions dominent les collections automne-hiver. Les couleurs vives côtoient des tons naturels, tandis que les imprimés rétro des années 1990 et 2000 connaissent un regain de popularité.

Le sportswear continue également de façonner la mode contemporaine. Les vêtements inspirés du football, du tennis et du surf s’invitent aussi bien dans les collections de luxe que dans le prêt-à-porter. Les baskets, les shorts techniques et les vestes sportives deviennent des pièces incontournables du quotidien.

Parallèlement, la mode durable s’impose comme une priorité pour de nombreuses marques. Les matières recyclées, les fibres biologiques, la production locale et les collections en séries limitées gagnent du terrain. Les consommateurs recherchent davantage des vêtements de qualité, conçus pour durer, plutôt que des produits à usage éphémère.

L’intelligence artificielle transforme également le secteur. Elle aide les créateurs à concevoir de nouveaux modèles, à anticiper les tendances et à optimiser la gestion des stocks. Toutefois, plusieurs stylistes rappellent que la créativité humaine demeure au cœur du processus artistique et que l’IA doit être un outil d’accompagnement plutôt qu’un substitut.

À Montréal, comme dans plusieurs métropoles de la mode, la relève occupe une place grandissante. Les jeunes designers privilégient l’inclusivité, la diversité culturelle et l’innovation textile, contribuant au rayonnement international de la création québécoise.

En 2026, la mode ne se limite plus à l’apparence. Elle reflète les préoccupations environnementales, les avancées technologiques et les évolutions sociales. Plus qu’une simple tendance, elle devient un moyen d’expression où identité, créativité et responsabilité se rencontrent.

Une stagiaire canadienne à l’OTAN arrêtée en Belgique pour des soupçons d’espionnage

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Une stagiaire canadienne affectée au quartier général militaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Belgique a été arrêtée pour des soupçons d’espionnage au profit d’un pays tiers, ont annoncé samedi les autorités belges.

Le parquet fédéral belge a indiqué que la femme, décrite comme étant « d’origine chinoise », est soupçonnée d’espionnage pour le compte d’un État étranger ainsi que d’appartenance à une organisation criminelle. Les autorités n’ont pas précisé le pays concerné ni fourni d’autres détails sur l’enquête.

Selon le parquet, les services de sécurité du Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE), situé près de Mons, ont signalé le cas. Une enquête menée par les services de renseignement belges a conduit à des perquisitions au domicile et sur le lieu de travail de la stagiaire jeudi, avant son placement sous mandat d’arrêt vendredi.

Le SHAPE, responsable de la planification et de la conduite des opérations militaires de l’OTAN, a indiqué coopérer pleinement avec les autorités belges. Son porte-parole, le colonel Martin O’Donnell, a précisé qu’« à ce stade, rien n’indique que l’état de préparation opérationnelle de l’OTAN, ses structures de commandement ou ses missions en cours aient été affectés ».

Le ministère canadien des Affaires étrangères et l’ambassade du Canada à Bruxelles n’avaient pas réagi dans l’immédiat à cette affaire.

Les autorités belges ont indiqué qu’elles ne feraient pas d’autres commentaires pendant la poursuite de l’enquête.

25 géants de la tech signent une lettre choc pour « sauver » l’IA ouverte

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Et si les plus grands noms de la Silicon Valley se rangeaient soudainement du même côté… contre trois des entreprises les plus puissantes du secteur ? C’est exactement ce qui vient de se produire.

Vingt-cinq entreprises technologiques majeures — Nvidia, Microsoft, Meta, Mistral AI, IBM, Palantir, Hugging Face et la Fondation Linux, entre autres — ont publié aujourd’hui une lettre commune demandant aux autorités américaines de ne pas restreindre les modèles d’IA « à poids ouverts ». Une IA ouverte, contrairement à ChatGPT ou Claude, c’est un modèle dont le fonctionnement interne est rendu public : n’importe qui peut le télécharger, l’examiner et le modifier, plutôt que de dépendre entièrement d’une seule entreprise.

Le détail qui frappe : trois géants de l’IA brillent par leur absence dans cette lettre — OpenAI, Anthropic et Google. Ce sont justement les entreprises qui gardent leurs modèles les plus puissants bien fermés, en avançant un argument de sécurité : moins de gens ont accès aux capacités les plus avancées, moins de risques de dérive.

Les signataires renversent cet argument. Selon eux, concentrer toute la puissance de l’IA entre les mains de quelques entreprises crée l’effet inverse : des systèmes impossibles à vérifier de l’extérieur, donc plus difficiles à sécuriser, pas moins. Même le grand patron de Nvidia, Jensen Huang, a personnellement relayé la lettre sur X — une première pour lui — et le message a explosé en quelques heures.

En toile de fond, une rivalité qui dépasse la tech : des responsables américains accusent depuis peu une entreprise chinoise d’avoir copié des techniques de pointe américaines pour construire son propre modèle d’IA, ravivant les tensions Washington-Pékin sur qui contrôlera vraiment l’intelligence artificielle de demain.

Pourquoi ça vous concerne : ce débat, qui semble technique, va décider si l’IA de demain ressemble à Internet — ouvert, bâti par tout le monde — ou à un club fermé de trois ou quatre entreprises qui décident seules des règles. Et cette décision se prend en ce moment même, à Washington.

Le Canada consulte la population pour renforcer la transparence de l’intelligence artificielle

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Le gouvernement du Canada lance une consultation publique sur la transparence des systèmes d’intelligence artificielle (IA), afin de recueillir l’avis de la population sur les mesures à mettre en place pour encadrer l’utilisation de cette technologie.

La consultation porte notamment sur l’identification des contenus générés par l’IA, la capacité des utilisateurs à savoir lorsqu’ils interagissent avec un système d’intelligence artificielle, l’accès à des informations sur le fonctionnement et les limites de ces systèmes, ainsi que le suivi des incidents graves et des activités réalisées par des agents d’IA.

Le gouvernement souhaite recueillir les commentaires des citoyens, des entreprises, des chercheurs, des organisations de la société civile et des communautés autochtones. La période de consultation se déroulera du 23 juillet au 23 septembre 2026.

Selon Innovation, Sciences et Développement économique Canada, l’adoption de l’intelligence artificielle continue de progresser dans les entreprises canadiennes, rendant nécessaire un cadre de transparence permettant aux utilisateurs de distinguer plus facilement les contenus créés ou modifiés par l’IA.

Les observations recueillies doivent orienter les prochaines mesures fédérales visant à promouvoir une utilisation sécuritaire, responsable et fiable de l’intelligence artificielle. Cette démarche s’ajoute à d’autres initiatives législatives du gouvernement portant notamment sur la protection des renseignements personnels et la sécurité des plateformes numériques.

Défi Stravache : plus de 5 millions de kilomètres parcourus pour soutenir les banques alimentaires

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Le Défi Stravache, initiative des Producteurs de lait du Québec portée par l’humoriste et coureur Jay Du Temple, s’achève après avoir mobilisé plus de 41 000 participants et permis d’amasser 200 000 $ pour les Banques alimentaires du Québec.

Lancé le 7 juin, le défi invitait les Québécois à cumuler des kilomètres sur l’application Strava afin de dessiner virtuellement la silhouette d’une vache à travers une vingtaine de municipalités. Le parcours réalisé par Jay Du Temple s’étendait sur environ 1 200 kilomètres, soit l’équivalent de 7,5 marathons.

L’objectif initial de 100 000 kilomètres ayant été atteint en quelques jours, les organisateurs avaient relevé la cible à cinq millions de kilomètres. Celle-ci a finalement été dépassée, avec plus de cinq millions de kilomètres cumulés par les participants.

En conséquence, les Producteurs de lait du Québec ont doublé leur don initial pour atteindre 200 000 $, destiné aux Banques alimentaires du Québec afin de soutenir les familles confrontées à la précarité alimentaire.

Au total, 41 816 personnes se sont inscrites au défi sur Strava. Jay Du Temple a accompagné l’initiative tout au long du parcours, encourageant la population à participer selon son propre rythme.

Pour les Producteurs de lait du Québec, cette mobilisation illustre la capacité d’un événement sportif à transformer la participation citoyenne en soutien concret aux personnes en situation de vulnérabilité. L’organisation rappelle également qu’elle fournit en moyenne un million de litres de lait par année aux Banques alimentaires du Québec dans le cadre de son programme de dons.

Pont de Québec : fermetures nocturnes jusqu’au 21 août pour des travaux routiers

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Le pont de Québec sera fermé à la circulation durant les soirées et les nuits du dimanche au jeudi, du 26 juillet au 21 août, dans le cadre des travaux de réaménagement du secteur situé au nord des ponts Pierre-Laporte et de Québec, a annoncé le ministère des Transports et de la Mobilité durable.

Les fermetures complètes, dans les deux directions, seront en vigueur de 21 h à 5 h 30 les nuits des 26 au 30 juillet, des 2 au 6 août, des 9 au 13 août et des 16 au 20 août.

Ces entraves permettront le démantèlement du pont temporaire de la route 175 aménagé au-dessus de la voie ferrée ainsi que la réalisation de travaux de finition sur le nouveau pont d’étagement, notamment l’installation de glissières de sécurité.

Le nouveau pont de la route 175 a été ouvert à la circulation vendredi, avec une voie disponible dans chaque direction. La troisième voie demeurera toutefois fermée jusqu’à la fin de l’année afin de permettre la poursuite des travaux, dont la construction d’un nouveau lien piétonnier reliant l’avenue des Hôtels à la gare de Sainte-Foy.

Pendant les fermetures du pont de Québec, le trottoir restera accessible aux piétons et aux cyclistes. Une navette sera également offerte aux cyclomotoristes entre Québec et Lévis. Les automobilistes seront invités à emprunter le pont Pierre-Laporte, où des ralentissements sont à prévoir.

Le ministère précise que l’échéancier pourrait être modifié en fonction des conditions météorologiques ou des contraintes opérationnelles et recommande aux usagers de consulter Québec 511 avant leurs déplacements.

Le grand découplage : Ottawa change de stratégie à vingt-six jours de l’échéance

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Les inflexions stratégiques ne se présentent pas toutes sous les projecteurs. Certaines sont annoncées en grande pompe; d’autres apparaissent presque furtivement, au détour d’une entrevue accordée à Radio-Canada un vendredi soir d’été. Et ce sont souvent ces changements à peine soulignés qui permettent de mesurer le plus justement l’état véritable d’une négociation.

Cette semaine, le ministre Dominic LeBlanc a confirmé ce que plusieurs observateurs soupçonnaient depuis quelques jours : le Canada ne lie plus la renégociation de l’ACEUM à la question des tarifs douaniers. Désormais, les deux dossiers seront traités séparément. L’objectif prioritaire de la délégation canadienne qui sera à Washington lundi est de faire reculer les tarifs sectoriels sur l’acier, l’aluminium, l’automobile et les produits forestiers — sans nécessairement conditionner ce recul à l’avancement des pourparlers sur l’accord commercial lui-même.

C’est un changement de posture substantiel. Et il mérite d’être nommé pour ce qu’il est.

Pourquoi ce pivot — et pourquoi maintenant

Depuis le début de la crise commerciale, Ottawa avait maintenu une position de principe : les tarifs et la renégociation de l’accord sont liés. On ne discutait pas des droits de douane indépendamment du cadre commercial global. Cette position avait une logique solide : si vous acceptez de négocier les tarifs séparément, vous privez l’ACEUM de son levier central et vous transformez les tarifs en outil de pression permanent, utilisable indépendamment de tout cadre légal négocié.

Ce raisonnement reste valable. Il est pourtant en train d’être mis de côté. Pourquoi?

La réponse tient en un calendrier. Dans vingt-six jours, le 20 août, les nouvelles surtaxes de 50 % sur près de cinq cents produits canadiens entrent en vigueur si aucun accord n’intervient. Ces surtaxes viseraient pour l’essentiel des biens de consommation courante — alcool, produits laitiers, vêtements, plastiques — qui frapperaient directement les ménages canadiens et québécois à la caisse. Et cette date coïncide à quelques jours près avec le déclenchement prévu de la campagne électorale québécoise. Expliquer à des électeurs que leur facture d’épicerie va augmenter parce que les négociations avec Washington n’ont pas abouti, juste avant de leur demander leur vote, est politiquement intenable — autant pour Fréchette à Québec que pour Carney sur l’échiquier fédéral.

Le découplage n’est donc pas une victoire stratégique. C’est une réponse à la pression du calendrier. Ottawa cède sur le principe de l’unité dossier-accord non pas parce qu’il a trouvé une meilleure stratégie, mais parce que l’autre n’a pas fonctionné assez vite.

Ce qu’Ottawa apporte à Washington — et ce qu’il y laissera

LeBlanc a dévoilé quelques éléments de sa position avant de prendre l’avion pour la capitale américaine. La délégation canadienne visera en priorité un allègement des tarifs sectoriels sur l’acier, l’aluminium, l’automobile et les produits forestiers — les quatre secteurs qui concentrent l’essentiel des pertes d’emplois et de revenus d’exportation depuis le début de la crise. Ce sont les dossiers qui touchent le plus directement les travailleurs ontariens et québécois.

Sur les irritants que Washington met en avant pour justifier ses nouvelles surtaxes, LeBlanc a été explicite sur un point : il ne demandera pas aux provinces de réintroduire les alcools américains dans leurs réseaux de vente provinciale ni de modifier leurs quotas laitiers. Ce sont des lignes rouges qu’il maintient — du moins publiquement, pour l’instant.

Mais voilà où l’exercice devient inconfortable : si Ottawa refuse de bouger sur les alcools et les quotas laitiers, et si ces deux points figurent parmi les principales exigences américaines pour justifier le recul des tarifs, sur quoi exactement le Canada va-t-il négocier? LeBlanc dit sentir de l’ouverture du côté américain. Il admet dans le même souffle avoir déjà été déçu par le passé. C’est une formulation qui devrait inquiéter autant qu’elle rassure.

La démultiplication des dossiers : une faiblesse structurelle

Ce qui complique fondamentalement la position canadienne à Washington, c’est que les irritants que les Américains invoquent ne forment pas un dossier unique et cohérent. Ils forment un inventaire hétéroclite d’industries, de politiques provinciales et de précédents réglementaires qui touchent des acteurs différents, des gouvernements différents et des dynamiques politiques différentes de chaque côté de la frontière.

Les alcools : ce sont les sociétés d’État provinciales qui gèrent les tablettes, pas Ottawa. La gestion de l’offre dans le lait : ce sont des producteurs organisés politiquement, particulièrement au Québec, qui ont un poids électoral réel dans des circonscriptions décisives. L’acier et l’aluminium : ce sont des dossiers fédéraux, mais avec une concentration géographique en Ontario et au Saguenay qui leur donne une couleur provinciale marquée. L’automobile : c’est une industrie intégrée continentalement, où les chaînes d’approvisionnement traversent la frontière plusieurs fois avant qu’un véhicule soit assemblé.

Cette démultiplication est un avantage tactique pour Washington et un défi structurel pour Ottawa. L’administration Trump peut choisir de faire avancer un dossier, de bloquer un autre, de faire pression sur une province spécifique en ciblant ses exportations — et de fragmenter ainsi la réponse canadienne en autant de réactions provinciales distinctes. C’est une stratégie d’effritement que LeBlanc reconnaît avoir eu vent comme scénario envisagé du côté américain. Le fait qu’il le sache n’empêche pas que cette dynamique soit déjà à l’œuvre.

La semaine à Washington : ce qu’on peut raisonnablement espérer

Soyons précis sur ce que les négociations de la semaine prochaine peuvent raisonnablement produire — et ce qu’elles ne peuvent pas produire.

Ce qui est possible : un signal de principe de la part de Washington sur la disposition des États-Unis à suspendre ou à différer les nouvelles surtaxes du 20 août en échange d’engagements canadiens sur certains irritants mineurs — des ajustements réglementaires, des engagements en matière de propriété intellectuelle numérique, des avancées sur certains chapitres techniques de l’accord. Des résultats partiels, formulés comme un progrès significatif, qui permettraient à Carney de se présenter aux Canadiens avant la campagne électorale québécoise en disant que la menace est écartée pour l’instant.

Ce qui n’est pas possible dans ce délai : un accord global et définitif sur les tarifs sectoriels. Une résolution de la gestion de l’offre. Une entente formelle sur le cadre de la révision annuelle de l’ACEUM. Ces dossiers sont trop complexes, trop politiquement chargés des deux côtés et trop enchevêtrés dans des dynamiques électorales américaines de mi-mandat pour être résolus en une semaine à Washington.

LeBlanc lui-même le sait. Il dit avoir demandé à son homologue américain comment il envisage de structurer les conversations dans le cadre de la révision annuelle — et n’a pas obtenu de réponse claire. Négocier un accord dont on ne connaît pas encore les règles de procédure, c’est la définition même du contexte inconnu qu’il a évoqué lui-même.

Ce que le Québec risque de perdre dans cet entre-deux

Pour les entreprises et les travailleurs québécois directement exposés aux surtaxes annoncées, l’incertitude des prochaines semaines a un coût concret et immédiat.

Les fabricants de meubles de Lanaudière et du Centre-du-Québec qui exportent aux États-Unis ne peuvent pas mettre leurs carnets de commandes en attente pendant que LeBlanc négocie à Washington. Les producteurs laitiers qui voient leur secteur qualifié de mal traité par les Américains n’ont pas la garantie que la gestion de l’offre sera préservée indéfiniment. Les travailleurs de l’aluminium du Saguenay, dont les produits sont visés par les tarifs sectoriels depuis des mois, attendent depuis longtemps une résolution qui ne vient pas.

Pendant ce temps, la population québécoise en âge de travailler est en déclin depuis 2026 — un fait documenté cette semaine par les projections du Trésor français, qui confirment que la démographie agira comme frein à la croissance jusqu’en 2029 au moins. Dans cet environnement, chaque emploi perdu dans un secteur manufacturier exposé aux tarifs est un emploi qu’on ne remplacera pas facilement.

Ce que vingt-six jours peuvent — et ne peuvent pas — accomplir

Le compte à rebours vers le 20 août est maintenant public, chiffré et inscrit dans les agendas politiques des deux pays. Vingt-six jours séparent ce matin de l’entrée en vigueur des nouvelles surtaxes.

Dans ce délai, Ottawa peut espérer un sursis partiel, une suspension conditionnelle, peut-être un accord de principe sur quelques chapitres techniques. Ce serait déjà substantiel dans les circonstances. Mais les vrais dossiers — l’acier, l’aluminium, l’automobile, les produits laitiers — ne seront pas réglés avant l’élection québécoise. Ils ne seront peut-être pas réglés avant la fin de 2026.

La question centrale que les Canadiens — et les Québécois en particulier — doivent se poser, c’est celle-ci : après dix-huit mois de guerre commerciale, de tarifs, de contre-tarifs, de discours sur les coudes relevés et de diplomatie silencieuse, où en sommes-nous vraiment dans notre relation avec Washington? Et la stratégie du découplage qui s’amorce cette semaine — traiter les tarifs et l’ACEUM séparément — est-elle une avancée tactique intelligente ou un recul déguisé en pragmatisme?

LeBlanc sera à Washington lundi. La réponse commencera à se dessiner avant la fin de la semaine. Et vingt-six jours, dans cette négociation-là, ont l’air à la fois d’une éternité et d’un claquement de doigts.