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Mondial 2026 : Richie Laryea, le défenseur le plus torontois du Canada a un rituel inattendu

Richie Laryea est né à Toronto, parle une langue africaine appelée le ga, a remplacé Kaká pour ses débuts en MLS, a été voté meilleur trash-talker de la ligue par ses pairs, et arrive au Mondial avec une escorte de police. Portrait du défenseur le plus torontois du Canada.


par Jean Emmanuel Duchemin | Série Mondial 2026


Le jour du match, peu importe où il joue dans le monde, Richie Laryea fait toujours la même chose.

Il appelle sa mère.

Pas un texto. Pas un message vocal. Un vrai appel téléphonique, voix à voix. Et pas un appel de deux minutes pour dire « je t’aime, à ce soir ». Une conversation d’environ une heure.

Il l’expliquait lui-même à MLS Soccer dès 2016, à 21 ans : « Avant les matchs, je dois parler à ma mère pendant un certain temps avant de sortir sur le terrain — c’est presque une heure que je lui parle. Elle me rappelle quel est mon objectif ultime et tout ça, et me dit d’avoir confiance en moi, et que quoi que je fasse, de le faire à fond. »

Une heure. Chaque match. Depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui.

C’est peut-être le rituel pré-match le plus touchant du soccer canadien. Et ça dit tout sur qui est Richie Laryea.


Toronto, Ghana et une langue que presque personne ne parle au Canada

Le 7 janvier 1995, Richmond Mamah Laryea — dit Richie — naît à Toronto, en Ontario. Son nom complet est déjà une histoire en soi : Richmond, prénom anglais, Mamah, prénom du peuple Ga du Ghana, et Laryea, nom de famille Ga lui aussi.

Ses deux parents, Robert et Cynthia, sont nés à Accra, la capitale ghanéenne. Ils ont émigré au Canada et se sont installés à Toronto. Et dans la maison familiale, on parlait le ga — une langue de la famille nigéro-congolaise parlée par environ un million de personnes dans la région d’Accra. Laryea le parle couramment. En dehors des cercles de la diaspora ghanéenne de Toronto, il y a de bonnes chances qu’il soit un des seuls joueurs de la MLS à pouvoir en dire autant.

Le soccer est dans les gènes. Son grand-père maternel a joué professionnellement au Ghana, puis en semi-professionnel aux États-Unis. Son père, lui, « jouait un peu en grandissant, pas de façon très compétitive, mais il jouait aussi. » Le premier souvenir de soccer de Richie : il a six ans, il sort avec son père sur un terrain, ils bottent un ballon, et un ami de son père leur dit : « Mets ce gamin dans une équipe. »

Il rejoint le Club Uruguay Toronto à six ans — un des clubs communautaires les plus populaires de la ville. Puis à huit ans, le Sigma FC, l’académie de référence de la région de Toronto. Il y restera jusqu’à l’université, sept ans.


Akron, puis remplacer Kaká pour ses débuts

Après le secondaire à la Dante Alighieri Academy de Toronto, Laryea part jouer au soccer universitaire à l’Université d’Akron, en Ohio — une des meilleures formations collégiales de soccer des États-Unis, connue pour envoyer régulièrement des joueurs dans la MLS.

Sa deuxième saison avec les Zips en 2015 est remarquable : 11 buts, 7 passes décisives, deuxième meilleur pointeur de l’équipe. L’équipe termine avec un bilan de 18 victoires, 3 défaites et 3 matchs nuls, et atteint les demi-finales du championnat NCAA.

En janvier 2016, Orlando City le sélectionne en 7e position lors de la SuperDraft de la MLS. Le 25 juin 2017, lors d’un match contre le Chicago Fire, il fait ses débuts en MLS en remplacement d’un certain Kaká — le Brésilien, Ballon d’Or 2007, vainqueur de la Ligue des Champions avec le Milan AC. Remplacer une légende mondiale pour ses premiers pas dans le sport professionnel, ça ne s’oublie pas.

Les saisons à Orlando ne sont pas faciles : 21 matchs en deux ans, option de contrat déclinée à la fin 2018. Laryea se retrouve sans club. En janvier 2019, il participe au camp de présaison du Toronto FC — son club de cœur, dans sa ville natale. Il accroche. Il signe.


Toronto, ville natale, deuxième chance — et le Weeknd dans les oreilles

À Toronto, tout change. Laryea devient titulaire, s’installe latéral droit, et performe. Sa philosophie est directe : « Je veux faire partie de quelque chose de meilleur ici. Ça prendra du temps, bien sûr. Mais c’est le début d’un processus pour construire quelque chose. »

Il est nommé joueur de la semaine de la MLS en septembre 2020 après une prestation dominante contre Columbus. Il cumule 83 apparitions toutes compétitions confondues sur trois saisons à Toronto.

Et quand il a les écouteurs dans les oreilles pour se préparer ? Drake, en premier. Puis The Weeknd. Puis Bryson Tiller. « Essentiellement tout ce qui vient de Toronto », dit-il avec la simplicité d’un gars qui n’a jamais eu besoin de chercher son identité bien loin.


Nottingham Forest — le rêve européen et la réalité du banc

En janvier 2022, après trois ans de solide MLS avec Toronto, Laryea signe à Nottingham Forest, en deuxième division anglaise, sur un transfert d’environ un million de dollars et un contrat de trois ans et demi. Son entraîneur Steve Cooper déclare : « Il est avide d’apprendre et de se prouver en Angleterre. »

Sauf que Forest est en plein élan vers la promotion en Premier League et que Laryea ne parvient pas à s’imposer dans la rotation. Il fait seulement cinq apparitions avant d’être prêté à Toronto dès l’été 2022 — un retour au bercail à peine six mois après son départ.

La saison suivante, encore un prêt — cette fois à Vancouver. Puis en février 2024, Toronto le rachète définitivement à Forest pour 750 000 dollars.

Le rêve européen aura duré deux ans sur le papier, quelques mois sur le terrain. Mais Laryea en parle sans amertume. Il a toujours su que Toronto était sa maison.


Le meilleur trash-talker de la MLS. Élu par ses pairs.

Un détail qu’on ne mentionne jamais assez : en 2025, les joueurs de la MLS ont voté dans un sondage anonyme pour élire leurs pairs sur différentes catégories. L’une d’elles : le meilleur trash-talker de la ligue — le joueur qui parle le plus dans le jeu, qui provoque, qui fait monter la pression verbalement.

Le gagnant : Richie Laryea.

Le plus savoureux ? Il a été voté en parlant en anglais. Ce qui veut dire que ses provocations n’ont pas besoin de la barrière de la langue pour faire leur effet. Et pendant toute sa carrière en MLS, avec 35 cartons jaunes à son actif, il n’a jamais reçu un seul carton rouge.

Trash-talker professionnel. Jamais expulsé. Il faut le faire.


Escorte de police pour aller à l’entraînement, et papa dans les tribunes

La semaine du Mondial, en juin 2026, Richie Laryea parle à Toronto Life de ce que ça fait de jouer la Coupe du monde dans sa ville natale. Sa réponse sur la logistique quotidienne est inattendue : « On voyage du centre-ville à notre terrain d’entraînement à Downsview Park en 25 minutes grâce à l’escorte de police. »

Vingt-cinq minutes de downtown Toronto à Downsview. Sans escorte, ça peut prendre le double.

Et dans les tribunes du premier match du Canada contre la Bosnie-Herzégovine à Toronto, le 12 juin, se trouvait quelqu’un de particulier : son fils. Laryea est père de famille, et jouer le Mondial devant ses proches — sa mère à qui il téléphone pendant une heure avant chaque match, ses amis de Toronto, ses enfants — donne à tout ça une dimension différente.

Il confie : « Je traverse ma routine habituelle, mais je sais que le jour du premier match va se sentir très différemment. »


Ce qu’il faut retenir

Richie Laryea n’est pas le joueur le plus spectaculaire de cette équipe. Il ne marquera pas quatre buts en un match ni ne prendra la parole aux Nations Unies. Mais il est peut-être le plus ancré dans ce qu’est vraiment le Canada — une ville immense, multiculturelle, où un gamin d’une famille ghanéenne grandit en parlant le ga à la maison, en écoutant Drake dans ses oreilles, et en rêvant de jouer un jour dans le stade qui est à dix minutes de chez lui.

Il a failli ne jamais revenir après Orlando. Il a failli ne jamais s’imposer après Nottingham Forest. Mais il est là, défenseur titulaire du Canada au Mondial, trash-talker professionnel, fils attentionné qui appelle sa mère pendant presque une heure avant de fouler le terrain.

Toronto pur et dur. Et fier de l’être.

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