L’arrondissement lance un grand sondage sur sa « vision », la même semaine où plusieurs de ses projets d’infrastructure viennent de disparaître du budget. Les deux exercices méritent d’être lus ensemble.
Depuis mardi et jusqu’au 19 août, la Ville de Montréal invite la population à répondre à un sondage intitulé « Contribuez à façonner une vision pour Verdun ». Sur le principe, difficile de s’y opposer : consulter les citoyens avant de tracer une feuille de route à long terme est une bonne pratique démocratique. Mais le moment choisi tombe mal, ou plutôt tombe très bien pour qui veut comprendre l’écart entre le discours et les chiffres.
Le même mois, la mairesse a dû admettre que plusieurs projets concrets venaient de sauter.
Un peu plus tôt cette année, la mairesse de Verdun, Céline-Audrey Beauregard, a fait le point sur les impacts budgétaires 2026, et le bilan n’avait rien d’une vision inspirante. Le projet de passerelle reliant l’Île-des-Sœurs au reste de Verdun a disparu du financement du programme particulier d’urbanisme, tout comme les aménagements d’espaces publics prévus près du REM dans ce secteur en plein développement résidentiel. Selon la mairesse elle-même, plusieurs programmes de financement de projets d’arrondissement ont été coupés ou reportés, notamment celui du planage et du revêtement des rues locales, réduit de 46 % en 2026, et celui de la forêt urbaine, amputé de 10 %. Une passerelle qui disparaît, des rues qui ne seront pas refaites à la moitié du rythme prévu, une forêt urbaine dont l’entretien recule : ce ne sont pas des détails comptables, ce sont exactement le genre de projets structurants qu’un sondage sur la « vision à long terme » est censé aider à prioriser. Or ils ont été tranchés avant même que le sondage ne soit lancé.
La défense de la mairesse mérite d’être citée — et questionnée.
Face à la grogne prévisible sur la hausse de taxes qui accompagne ce budget resserré, Mme Beauregard s’est appuyée sur un article de La Presse pour comparer deux immeubles de valeur identique à 500 000 $, illustrant qu’à Montréal-Nord, le compte de taxes annuel prévu pour 2026 atteindrait 3 690 $, contre 3 281 $ à Verdun malgré la hausse. L’argument a sa valeur : Verdun demeure, dans cette comparaison précise, moins taxée qu’un autre arrondissement. Mais comparer sa facture à celle du voisin ne répond pas à la question que se posent les résidents de L’Île-des-Sœurs qui attendaient leur passerelle, ou les commerçants de la rue Wellington qui verront leurs rues se dégrader deux fois plus lentement réparées qu’anticipé. Payer un peu moins qu’ailleurs pour des services qui reculent quand même n’est pas exactement une victoire à célébrer.
Ce que Verdun devrait clarifier avant de recueillir un seul commentaire citoyen de plus.
L’arrondissement affichait, en février, des priorités ambitieuses : trouver des solutions concrètes à la crise du logement, mieux communiquer avec la population, assurer la sécurité publique et préparer Verdun aux défis climatiques, tout en maintenant les infrastructures et en faisant atterrir les grands projets. Cinq mois plus tard, deux grands projets concrets — la passerelle et les aménagements publics du secteur REM — ont atterri directement à la poubelle budgétaire, et l’entretien courant (rues, forêt urbaine) a été réduit de façon substantielle. Un sondage citoyen ne peut pas servir de substitut à cette transparence : si des choix ont déjà été faits sous la contrainte budgétaire, il vaut mieux le dire clairement aux Verdunois avant de leur demander leur vision pour 2030, plutôt que de leur laisser croire que tout reste sur la table. La consultation citoyenne perd toute sa valeur le jour où les décisions structurantes sont déjà arrêtées avant que les citoyens n’aient pu se prononcer.



