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Campement Notre-Dame : le protocole municipal existe, mais personne ne sait encore comment l’appliquer

Dans trois semaines, la Ville devra à nouveau décider du sort du plus grand campement de sans-abri de Montréal. Le nouveau protocole censé clarifier ces décisions n’a, pour l’instant, clarifié à peu près rien.

Les personnes en situation d’itinérance vivant dans le campement de la rue Notre-Dame ont obtenu un nouveau répit, cette fois jusqu’au 27 août. Ce délai n’a rien d’inhabituel : l’ordonnance qui interdit au ministère des Transports et de la Mobilité durable de procéder à son démantèlement a été prolongée à maintes reprises au cours de la dernière année. Ce qui devrait retenir l’attention cette fois, c’est que cette nouvelle échéance arrive après l’adoption d’un outil censé mettre fin à ce cycle de reports judiciaires à répétition.

Un protocole présenté comme une avancée historique, en mai dernier.

Les élus montréalais ont adopté en mai le nouveau protocole de gestion des campements, qui prévoit de les déplacer en dernier recours plutôt que de les démanteler — une première pour la Ville, qui n’avait jamais eu de politique formelle en la matière. La mairesse Soraya Martinez Ferrada a présenté cette mesure comme un engagement tenu de sa campagne électorale, tout en précisant que tous les campements ne seraient pas pour autant tolérés — les tentes collées à une aire de jeux pour enfants, par exemple, ne le seraient pas. Un mois et demi plus tard, le bilan sur le terrain est nettement moins net que l’annonce.

Le flou que La Presse a documenté en visitant les campements eux-mêmes.

Une enquête de La Presse, menée en visitant plusieurs campements montréalais dans les semaines suivant l’adoption du protocole, a révélé qu’un flou important entoure son application, laissant tant les résidents des quartiers concernés que les personnes itinérantes elles-mêmes dans l’incertitude. Le protocole énumère des critères de non-tolérance — l’accumulation de tentes, la proximité d’une voie ferrée, la proximité entre les abris et la présence de feux — mais les arrondissements eux-mêmes peinent à donner des réponses claires aux citoyens qui s’interrogent sur leur application concrète. Un protocole que les fonctionnaires chargés de l’appliquer ne savent pas encore expliquer clairement aux citoyens n’est pas encore un protocole opérationnel — c’est une intention couchée sur papier.

Pendant ce temps, la pression sur le terrain continue de grimper.

Le campement de la rue Notre-Dame a atteint un sommet inédit avec près de 100 tentes recensées. Ce chiffre à lui seul devrait tempérer l’enthousiasme entourant l’adoption du protocole : un outil pensé pour mieux gérer les campements existe désormais, mais le plus grand d’entre eux continue de croître pendant qu’on en peaufine l’application.

La solution structurelle promise avance, mais à une échelle qui reste modeste.

Durant la campagne électorale, la mairesse s’était engagée à livrer au moins 2 000 logements de transition pour les personnes itinérantes, et affirme vouloir s’inspirer d’initiatives comme celle de Gatineau, qui a aménagé l’an dernier un projet de conteneurs résidentiels sur le site d’un ancien aréna. Le premier jalon concret de cet engagement reste néanmoins limité : une cinquantaine de femmes en situation d’itinérance doivent emménager prochainement dans des logements de transition préfabriqués neufs, dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Cinquante-quatre unités, face à un engagement de 2 000 et à un seul campement qui approche lui-même la centaine de tentes : l’écart entre l’ambition annoncée et le rythme de livraison réel demeure considérable.

Ce que Montréal doit livrer avant le 27 août — pas seulement pour le campement Notre-Dame.

La Ville a eu raison de remplacer les démantèlements à répétition par un protocole structuré ; c’est un progrès réel par rapport à l’absence totale de politique qui prévalait avant. Mais un protocole qui laisse les fonctionnaires d’arrondissement incapables de répondre aux questions des citoyens, appliqué à un campement qui vient d’atteindre un sommet historique, ne peut pas se contenter d’exister sur papier. Avant la prochaine échéance judiciaire du 27 août, l’administration Ferrada doit publier des critères d’application clairs et uniformes pour tous les arrondissements — pas seulement rappeler, une fois de plus, qu’un protocole a été adopté en mai.

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