Top 5 This Week

Articles similaires

44 millions pour reloger 700 fonctionnaires : vraie revitalisation ou simple conséquence du retour au bureau?

L’administration Martinez Ferrada présente cette location de bureaux comme un geste concret pour l’est du centre-ville. Elle répond aussi, de toute évidence, à une décision qu’elle a elle-même prise il y a quelques mois.

La Ville de Montréal a annoncé jeudi la location, pour une durée de dix ans et au coût de près de 44 millions de dollars, d’espaces de bureaux à la Place Dupuis, sur la rue Sainte-Catherine Est, dans le Village, pour y accueillir près de 700 employés municipaux. Cette décision répond directement aux besoins créés par le retour en présentiel exigé des employés municipaux trois jours par semaine depuis avril, une mesure que le syndicat des cols blancs a d’ailleurs publiquement contestée. Le président du comité exécutif, Claude Pinard, a présenté l’objectif comme celui de redonner de l’élan au Village et au Quartier latin.

L’histoire récente de cet édifice donne un contexte que le communiqué officiel passe sous silence.

Plus tôt cette année, environ 2 500 employés d’Hydro-Québec ont quitté la Place Dupuis pour être relocalisés au siège social de la société d’État, ce qui a causé des impacts majeurs sur les commerçants et l’économie de l’est du centre-ville. Sept cents fonctionnaires municipaux ne représentent donc qu’environ 28 % des effectifs qui occupaient auparavant les lieux — leur présence pourrait néanmoins contribuer à rétablir une partie de l’achalandage commercial perdu, sans pour autant le combler. C’est un pas dans la bonne direction pour un secteur qui, comme ce journal l’a déjà souligné à propos du projet de réaménagement de la rue Sainte-Catherine Est, demeure l’un des plus durement touchés par la vacance commerciale à Montréal. Mais présenter ce geste comme une revitalisation à part entière du quartier serait exagérer sa portée réelle.

Le vrai moteur de cette dépense semble être une politique interne, plus qu’une stratégie de développement économique.

C’est là que la formulation du communiqué mérite d’être questionnée. Le communiqué de la Ville indique que la location vise à la fois à répondre aux besoins découlant du retour en présentiel et à poser un geste pour l’est du centre-ville — les deux motivations sont présentées côte à côte, sans qu’on sache laquelle a réellement précédé l’autre dans la décision. Mais la chronologie est difficile à ignorer : la Ville n’a pas d’abord cherché comment revitaliser le Village, puis décidé d’y installer des bureaux municipaux en conséquence. Elle a d’abord exigé un retour au bureau de ses employés, ce qui a créé un besoin criant d’espace physique supplémentaire — et elle a ensuite choisi, judicieusement, de combler ce besoin dans un secteur qui en avait besoin. C’est une bonne décision immobilière, prise pour de bonnes raisons accessoires, mais ce n’est pas nécessairement la même chose qu’un plan de revitalisation économique délibéré. La nuance compte, parce qu’elle détermine si la Ville continuera à investir activement dans ce secteur une fois que son propre besoin d’espace de bureau aura été comblé — ou si le Village n’aura bénéficié, cette fois-ci, que d’un effet secondaire administratif.

Le moment choisi soulève aussi une question de cohérence budgétaire.

Cette annonce arrive à peine quelques jours après l’entrée en fonction du nouveau directeur général, Alain Dufort, dont le mandat s’articule autour de l’optimisation et de l’efficacité de l’appareil municipal — une démarche qui doit mener, d’ici quatre ans, à une diminution de 1 000 postes dans les services centraux, dans la foulée d’une réorganisation qui a déjà entraîné la réduction de sept postes de cadres de direction. Un engagement locatif de 44 millions de dollars sur dix ans — soit un engagement moyen d’environ 4,4 millions par année — mérite d’être mis en parallèle avec cet objectif de rigueur budgétaire annoncé au sommet de la hiérarchie municipale. Ce n’est pas nécessairement contradictoire : loger des employés dans un immeuble existant plutôt que d’en construire un nouveau peut très bien s’avérer l’option la plus économique à long terme. Mais l’administration devrait le démontrer explicitement, plutôt que de laisser deux messages difficiles à concilier circuler la même semaine : d’un côté, une démarche de compression administrative; de l’autre, un nouvel engagement financier de plusieurs dizaines de millions de dollars.

Ce que Montréal devrait exiger de voir, au-delà du communiqué de presse.

Le geste est défendable et, sur le strict plan immobilier, plutôt bien avisé compte tenu du vide laissé par Hydro-Québec. Mais avant de le célébrer comme une victoire pour l’est du centre-ville, l’administration devrait publier une comparaison transparente entre le coût de cette location de dix ans et les options alternatives qu’elle a écartées, ainsi qu’un engagement clair à accompagner ces 700 fonctionnaires d’investissements réels dans les commerces avoisinants — plutôt que de simplement espérer que leur présence physique suffira, à elle seule, à combler l’écart laissé par le départ de 2 500 employés d’Hydro-Québec.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Populaires