Imaginez croiser un voisin en train de démonter, à mains nues, une caméra de sécurité municipale au coin de la rue. Ce n’est plus un acte isolé aux États-Unis : c’est devenu un vrai mouvement.
Plus de 120 000 caméras Flock Safety photographient déjà les plaques d’immatriculation dans 49 États américains, réalisant plus de 20 milliards de scans de véhicules chaque mois. Elles ont été vendues à l’origine comme un simple outil pour retrouver des voitures volées ou des personnes disparues. Mais depuis des mois, des citoyens dans au moins cinq États s’attaquent physiquement à ces caméras, exaspérés par une série de dérives révélées coup sur coup : des données partagées avec des centaines d’organismes fédéraux sans autorisation, des policiers reconnus coupables d’avoir utilisé le système pour espionner des ex-conjoints, et un audit qui a révélé que près du tiers des alertes de « véhicule volé » à Los Angeles étaient tout simplement fausses.
Ce qui alimente particulièrement la colère : selon une enquête, la plateforme aurait aidé au moins 4 000 recherches liées à l’immigration, permettant aux autorités fédérales d’accéder à des données même dans des États qui interdisent explicitement cette collaboration. La Floride a récemment débranché ses propres caméras Flock, invoquant ces mêmes inquiétudes.
Le dossier prend une tournure politique : à deux mois des élections de mi-mandat américaines, la protection de la vie privée s’invite directement dans la campagne, portée par cette colère citoyenne grandissante.
Pourquoi ça vous concerne : la reconnaissance automatisée de plaques existe déjà sous différentes formes au Québec, notamment pour le contrôle du stationnement. Cette révolte américaine soulève une question qui nous concerne directement, ici comme ailleurs : jusqu’où sommes-nous prêts à laisser une caméra « intelligente » suivre nos déplacements au nom de la sécurité ?



