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Promise David : il a failli abandonner le soccer professionnel, maintenant il joue le Mondial

Promise David a failli abandonner le soccer professionnel. Il a rebondi en Croatie, en Estonie, à Malte, en Belgique. Il a regardé le but de Davies à la Coupe du monde 2022 dans un bar maltais, le seul Canadien dans la pièce, et s’est dit : « Je veux faire partie de ça. » Deux ans plus tard, il joue le Mondial à la maison. Et après sa carrière ? Il veut ouvrir une garderie.


par Jean Emmanuel Duchemin | Série Mondial 2026


Promise David entre dans le hall de l’hôtel de l’équipe canadienne à Montréal, une semaine avant le coup d’envoi du Mondial 2026. Il vient d’enchaîner plusieurs entrevues. Il s’assoit, répond aux questions pendant une bonne demi-heure en anglais — mais glisse au passage qu’il parle aussi un « français très convenable », appris en quatre ans au secondaire.

À la fin de l’entrevue avec La Presse, il se lève et lâche un grand soupir de soulagement — celui d’un gars épuisé, mais vivant. Et il dit, avant de partir : « Si je ne jouais pas au soccer, je serais probablement éducateur en garderie. »

Puis, comme si la phrase n’était pas assez frappante : « C’est mon objectif après ma carrière. Toby’s Daycare. Même si j’en suis le propriétaire, je veux y travailler. »

Voilà Promise David. 1m95, attaquant, champion de Belgique, joueur de Ligue des Champions. Et futur propriétaire de garderie.


Brampton, le Nigeria, et l’école des durs

Le 3 juillet 2001, Promise David — également surnommé Tobi, diminutif de son deuxième prénom nigérian — naît à Brampton, en Ontario. Ses deux parents sont Nigérians. Et comme beaucoup d’enfants de la diaspora nigériane au Canada, il n’a pas passé toute son enfance à Brampton.

Vers l’âge de trois ans, il part vivre au Nigeria avec ses grands-parents — le temps que ses parents stabilisent leur situation au Canada. Trois ou quatre ans là-bas. Les matchs de rue, la chaleur, la langue yoruba dans les oreilles, les grands-parents. Puis, vers sept ans, retour à Brampton.

Et Brampton — il faut comprendre ce que cette ville représente dans l’histoire du soccer canadien. Dans cet article de La Presse, Promise David l’explique lui-même avec une image inoubliable : « Il y avait beaucoup de talent autour de moi quand j’étais jeune, alors ça m’a forcé à me développer en tant que joueur. Pour nous, les matchs ressemblaient à des finales de Ligue des champions. La seule différence, c’est qu’il y avait des melons d’eau à la mi-temps, et des Timbits après le match ! »

Des melons d’eau et des Timbits. Et des futurs internationaux partout dans les équipes adverses — Cyle Larin, Jonathan Osorio, Tajon Buchanan, Liam Millar, tous de Brampton, tous aujourd’hui au Mondial.


Licencié du Toronto FC à 14 ans. Une bourse partielle à Appalachian State.

À l’âge de huit, neuf ans, il rejoint la pré-académie du Toronto FC. Les espoirs sont là. Il grimpe les échelons.

À 14 ans, le Toronto FC le libère.

La suite est une série de portes fermées. Il rejoint le Vaughan SC, en Ontario. Il continue de jouer, de s’améliorer. Au moment de quitter le secondaire, les options se résument à une : une offre de bourse partielle de la part d’Appalachian State University, en Caroline du Nord — une université de Division I, respectable, mais pas exactement un tremplin vers l’Europe.

Il refuse. Non pas par arrogance — mais parce qu’il croit encore en autre chose. En Europe, peut-être. Il ne sait pas encore comment.

En 2019, un camp d’essai organisé par une équipe croate de deuxième division tient ses séances dans la banlieue d’Oakville, en Ontario. Promise David s’y présente. Il convainc. Et deux semaines plus tard, il s’envole pour la Croatie.

Il a 17 ans. Il n’a jamais vécu hors du Canada, hormis ses années de maternelle au Nigeria.


Zagreb, Malte, l’Estonie — et la pensée d’abandonner

Le club croate, c’est le NK Trnje Zagreb — un club de deuxième division, une ville de 800 000 habitants, une langue incompréhensible, une solitude totale. Ce n’est pas le glamour du soccer européen tel qu’on l’imagine depuis Brampton.

En 2021, il revient brièvement en Amérique du Nord — Tulsa FC, en USL League One, la troisième division américaine. Le soccer de proximité, les terrains synthétiques, les longs trajets en bus entre des villes du Midwest.

Puis, une escale inattendue : Valletta FC, à Malte. Une des ligues les moins connues d’Europe, dans une île de 500 000 habitants au milieu de la Méditerranée. Promise David joue là, en 2021-2022, et atteint la finale de la Coupe de Malte — perdue contre Floriana FC.

C’est là, dans un bar de La Valette ou des environs, en novembre 2022, qu’il regarde la Coupe du monde du Qatar. Le Canada joue. Alphonso Davies marque. Les buts de Jonathan David — son homonyme, aucun lien de parenté — traversent les écrans.

Et lui est là, dans ce bar, le seul Canadien dans la place.

Il raconte : « Je me souviens d’avoir vu le but de Phonzie au bar. Je voyais des gars avec qui j’avais grandi qui étaient dans cette équipe. J’étais le seul Canadien dans la place. Mais j’étais quand même fier de les voir là-bas. Je me suis dit : « Tu sais quoi ? Je veux faire partie de ça. » »

Et il ajoute, en toute honnêteté, qu’à un certain moment dans ses années de galère, il avait été prêt à abandonner sa carrière de joueur professionnel. Il n’en était plus loin. Mais il n’avait « pas d’autre talent particulier ». Alors il a continué.


L’Union Saint-Gilloise et la renaissance

En 2022, Promise David signe à Oud-Heverlee Leuven, en Belgique — même division que l’Union Saint-Gilloise, même niveau que Jonathan David quand il débutait à La Gantoise. Puis, en 2024, l’Union Saint-Gilloise l’acquiert.

Et là, tout s’emballe.

L’Union Saint-Gilloise est un des clubs les plus excitants de Belgique — montée en flèche dans les années 2020, régulièrement qualifiée en Ligue des Champions, avec un style de jeu attractif et une philosophie de développement des joueurs reconnus. Promise David y devient titulaire, gourmand de buts, déterminant.

En 2024-2025, l’Union Saint-Gilloise remporte le championnat de Belgique — le premier titre de la grande histoire du club. Promise David est champion de Belgique. Il remporte aussi la Supercoupe de Belgique la même année.

En 2025-2026, il fait ses premiers pas en Ligue des Champions : 2 buts en 7 matchs. Un avant-centre de 24 ans, valeur marchande estimée à 17 millions d’euros, produit de Brampton et de Malte et de Zagreb et d’Oakville.


Le One Time Switch et le choix du Canada

Pendant toutes ces années, la fédération nigériane avait les yeux sur lui. Il avait joué pour le Nigeria dans certaines équipes de jeunes — ce qui imposait, pour changer d’association, de signer un One Time Switch, un contrat officiel de renonciation auprès de la FIFA.

Le 21 février 2025, Canada Soccer annonce officiellement que Promise David a complété ce processus. Il est désormais Canadien pour de bon, sur le plan fédéral.

Le 7 juin 2025, lors d’un match amical contre l’Ukraine à Toronto, il est titulaire pour la première fois en sélection senior. Et il marque. Victoire 4-2 du Canada.

Treize mois après avoir regardé ses compatriotes jouer le Mondial dans un bar maltais en étant le seul Canadien dans la pièce.


Le surnom, la blague, et Deadpool

La Presse avait titré son portrait : « Promise David, comme Deadpool ».

Parce que Deadpool — le superhéros Marvel joué par Ryan Reynolds, Canadien lui-même — est connu pour être impossible à tuer, pour revenir de toutes les situations impossibles, et pour ne jamais se prendre au sérieux tout en étant terriblement efficace.

Promise David, lui, correspond à cette description presque trop bien. Il est le gars le plus blagueur du vestiaire — « on entend souvent sa voix avant de le voir », dit La Presse, malgré son 1m95. Il s’appelle Promise — la promesse — et porte ce prénom comme un programme.

Et son projet de garderie, Toby’s Daycare, n’est pas une blague. Il le confirme : « Même si j’en suis le propriétaire, je veux y travailler. »

Un avant-centre de Ligue des Champions qui veut changer des couches après sa carrière.


Ce qu’il faut retenir

Promise David n’aurait pas dû être là. Licencié du Toronto FC à 14 ans, refusé par les universités américaines, passé par la Croatie, Malte, l’Estonie et la troisième division américaine — il était à deux doigts d’abandonner.

C’est un bar à Malte, le soir d’un but d’Alphonso Davies, qui l’a ramené sur le bon chemin. Le seul Canadien dans la pièce, qui regardait ses vieux amis de Brampton jouer le Mondial sur un écran, et qui s’est dit qu’il en voulait.

Deux ans plus tard, il est dans la liste officielle du Canada pour la Coupe du monde 2026.

Et quelque part dans son avenir, il y a une garderie avec son nom dessus. Les enfants ne savent pas encore qu’ils seront gardés par un champion de Belgique.

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