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Luc de Fougerolles, le défenseur qui révisait la psychologie avant de jouer le Mondial pour le Canada

Luc de Fougerolles a un père né à Montréal, une mère née en Iran, et lui est né à Londres. Chelsea l’a essayé à 6 ans — et l’a refusé. Fulham l’a gardé. À 17 ans, il était le meilleur étudiant du club tout en préparant sa première sélection canadienne. À 18 ans, il soufflait ses bougies au Japon en maillot rouge et blanc. À 20 ans, il joue le Mondial. Un choix. Une identité. Une histoire.


par Rezo Montréal | Série Mondial 2026 : Les Lions rouges


Octobre 2023. Luc de Fougerolles pose le pied à Niigata, au Japon, pour la toute première fois avec l’équipe nationale canadienne. Il a 17 ans. Dans quatre jours, il en aura 18.

Son père Jean, né à Montréal, a fait le chemin inverse un jour : il a quitté Montréal pour venir étudier à Londres, s’y est installé, a fondé une famille. Et maintenant son fils — né à Londres, formé à Fulham, avec un passeport canadien et un passeport britannique — est là, dans un hôtel du Japon, à fêter son anniversaire en maillot de l’équipe nationale de ce pays qu’il n’a jamais habité mais qui est dans ses gènes.

Il dit, souriant : « Enfin. Ça faisait longtemps. »

Il avait failli y être deux fois avant. Une fois pour cause de COVID. Une autre fois pour cause d’examens. Ce n’est pas une blague : à 17 ans, Luc de Fougerolles avait refusé de rater ses A-Levels pour aller jouer au soccer. Ses A-Levels. Ces examens britanniques de fin de secondaire que la majorité des sportifs professionnels n’ont jamais passés.

Voilà qui est Luc de Fougerolles.


Londres, Montréal, Téhéran. Dans l’ordre.

Le 12 octobre 2005, Luc de Fougerolles naît à Londres, en Angleterre. Son prénom est français — Luc, prénom classique du Québec autant que de France. Son nom de famille est français aussi — de Fougerolles, qui évoque les fougères, une vieille sonorité aristocratique que les Anglais de Fulham ont du mal à prononcer la première fois.

Son père Jean est né à Montréal, au Québec. Il est venu à Londres pour ses études et y a fait sa vie. Sa mère est née en Iran — et a ensuite grandi en Angleterre. Luc est donc, dans son arbre généalogique immédiat, le point de convergence de Montréal, de Téhéran et de Londres. Trois villes. Trois cultures. Trois histoires.

Il a trois nationalités possibles : britannique par sa naissance en Angleterre, canadienne par son père montréalais, et iranienne par sa mère. Et il a choisi — délibérément, consciemment — de jouer pour le Canada.

La Presse de Montréal, en juillet 2023, avait très bien résumé la chose dans un titre : « Montréalais de seconde génération, espoir de premier plan. » Son lien avec Montréal est indirect mais réel — c’est la ville d’où vient son père, c’est le pays qu’il a choisi pour représenter.


Chelsea à 6 ans. Refusé. Retour à Fulham.

À cinq ans, Luc commence le soccer au BHFC Battersea — un club du sud de Londres, quartier populaire en mutation sur la rive sud de la Tamise, connu aujourd’hui pour sa centrale électrique reconvertie en complexe commercial.

À six ans, il rejoint les équipes de jeunes du Fulham FC — le club aux bords de la Tamise, à Craven Cottage, une des enceintes les plus pittoresques du football anglais. Mais à un moment, Chelsea le fait venir pour un essai. Chelsea, le géant de l’ouest de Londres, au budget illimité, à la machine de développement redoutée.

L’essai ne mène nulle part. Chelsea ne le retient pas.

Il retourne à Fulham. Et dans les vestiaires du Fulham Academy, il passe les dix années suivantes à grimper les échelons tranquillement, régulièrement, sans tambour ni trompette.

Il dira plus tard de Fulham, avec une simplicité désarmante : « J’y ai été toute ma vie, en gros. Je connais les gens là-bas, j’aime ça. »


Scholar of the Year. Psychologie. Business. Et soccer.

Le 20 juin 2023, Fulham FC publie un communiqué. Son contenu est inhabituel pour un club de Premier League : le jeune Luc de Fougerolles, 17 ans, vient d’être nommé Scholar of the Year — étudiant de l’année — par le club. Pas joueur de l’année. Étudiant de l’année.

Parce que pendant qu’il jouait en Premier League 2 — la ligue des équipes U21 des clubs de Premier League — et commençait à s’entraîner avec la première équipe de Marco Silva, il préparait simultanément :

  • Un BTEC in Sporting Excellence and Performance
  • Un A-Level en Psychologie
  • Un A-Level en Business

Trois formations en parallèle. Plusieurs clubs de développement de jeunes en Angleterre encouragent leurs académiciens à compléter leurs études — mais peu y mettent autant de sérieux. Et peu sont récompensés par le titre officiel de meilleur étudiant de leur promotion.

Ses entraîneurs à Fulham attribuent une partie de ses progrès sportifs à cette rigueur mentale. Ils disent que c’est la solidité mentale qui le distingue des autres jeunes défenseurs de son âge — une capacité à rester calme sous pression, à analyser les situations rapidement, à prendre les bonnes décisions.

Le A-Level en Psychologie n’est peut-être pas une coïncidence.


Le choix du Canada

Quand la question se pose — Angleterre ou Canada ? — il n’y a pas de long débat dans la tête de Luc de Fougerolles.

Les sources du côté anglais indiquaient en 2023 que l’Angleterre suivait son développement. Il était techniquement éligible. Il était né à Londres. Il avait passé toute sa vie dans des académies anglaises.

Mais son père est Montréalais. Et Luc choisit le Canada. Ce n’est pas une décision par défaut — c’est un geste d’identité assumé.

La première fois qu’il aurait pu rejoindre la sélection canadienne U20, en avril 2022, la COVID l’en a empêché. La deuxième fois, ce sont ses examens — ses fameux A-Levels — qui ont pris la priorité. La troisième fois, à l’automne 2023, rien ne vient l’arrêter. Il s’envole pour le Japon avec l’équipe nationale senior.

Et le 12 octobre 2023, il fête ses 18 ans à Niigata, au Japon, entouré de ses coéquipiers canadiens.


De Niigata à la Copa América. En huit mois.

Le 5 octobre 2023, il est convoqué pour la première fois en équipe senior — mais ne joue pas contre le Japon. La nuit de son anniversaire est une nuit d’apprentissage, pas encore une nuit de match.

Cinq mois plus tard, le 23 mars 2024, il honore sa première sélection officielle en entrant en fin de match contre Trinité-et-Tobago à la place d’Ismaël Koné. Le Canada gagne 2-0 et se qualifie pour la Copa América — une première historique.

Et en juin 2024, à 18 ans et demi, Jesse Marsch l’intègre à la liste des 26 joueurs canadiens pour la Copa América aux États-Unis. Il est l’un des joueurs les plus jeunes du tournoi. Le 13 juillet, lors du match pour la troisième place contre l’Uruguay, il est titulaire pour la première fois en sélection senior.


1er novembre 2023. Ipswich. Et la Premier League qui attend.

Entre les deux sélections, Luc de Fougerolles a fait quelque chose d’important : il a disputé son premier match officiel avec la première équipe de Fulham — le 1er novembre 2023, en EFL Cup contre Ipswich Town. Victoire 3-1. Titulaire.

Il a 18 ans. Il joue en Premier League 2 avec les U21, il débute en coupe nationale avec la première équipe, et il vient d’être convoqué en équipe nationale senior.

En juillet 2025, il prolonge son contrat avec Fulham jusqu’en 2029. La confiance est totale dans les deux sens. Et pour lui donner du temps de jeu, Fulham l’envoie en prêt à Dender EH, en Belgique — le même championnat qui a lancé les carrières de Tajon Buchanan, Jonathan David et Ismaël Koné avant lui. Le 2 août 2025, il débute avec Dender contre le Standard de Liège. 76 minutes. Premier match. Première impression.

En décembre 2025, il est nommé Joueur espoir de l’année de Canada Soccer pour 2025.


Ce qu’il faut retenir

Dans cette série de portraits, on a raconté des fuites de guerre, des genoux explosés, des promesses faites à des entraîneurs après une défaite 5-0, des terrains construits dans des cours arrière. Luc de Fougerolles, lui, vient d’un appartement londonien au bord de la Tamise.

Il est le joueur le plus jeune de cette série. Il est peut-être aussi le plus atypique dans son chemin : refusé par Chelsea à 6 ans, meilleur étudiant de Fulham à 17 ans, en équipe nationale senior à 18 ans, titulaire en Copa América à 19 ans, au Mondial à 20 ans.

Son père a quitté Montréal pour Londres un jour, pour étudier, pour vivre. Son fils joue maintenant la Coupe du monde sous le drapeau du pays que son père a quitté.

Les histoires de la diaspora canadienne sont parfois plus belles quand elles font le chemin inverse.

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